Le vol, qui était sans aucune escale, se passa plutôt bien. De temps à autre, l’avion subissait quelques secousses, et Gaston de la Narcolepsie faillit bien vomir sur l’indic, qui, à cette idée dégoûtante, devint fou de rage. Le policier dut intervenir une nouvelle fois pour calmer le jeu. Mlle Huguetta, qui trouvait tout cela décidément très drôle, rit une bonne partie du voyage à gorge déployée, ce qui finit par user l’indic – par conséquent ce dernier redoubla d’énervement. Don Superhéro et Mozzarella avaient décidé de ne pas se mêler de tout cela et discutaient avec les Suisses de leurs fouilles dans le désert. Mozzarella avait d’ailleurs fini par comprendre qu’en réalité, le couple avait surtout décidé de prendre des vacances en se rendant vers les terres de So Easy, et que ses recherches n’étaient qu’un vague prétexte pour répondre à l’appel du transat. Don Superhéro posa beaucoup de questions quant aux précédentes découvertes des Suisses. Le Suisse raconta qu’ils avaient trouvé il y a deux ans le presse-papier en or massif de Toutankhamon, lorsqu’ils s’étaient jetés à corps perdu dans un tombeau inexploré. Mozzarella se dit que les Suisses étaient décidément des flambeurs, et tourna la tête pour regarder le ciel et les nuages à travers un hublot de l’avion.
Tous finirent par s’endormir. Ce fut l’atterrissage chaotique qui les réveilla. Gaston de la Narcolepsie rejeta toute forme d’athéisme et fit sa dernière prière. L’indic enveloppa Mlle Huguetta de ses bras solides, espérant amortir un choc trop violent. Mozzarella et Don Superhéro s’allongèrent à plat ventre sur le sol. Enfin les Suisses, dans des gestes précis et dynamiques, sortirent tout un attirail de protection, tel que maxi Airbag et masque respiratoire.
Finalement, tout se passa bien. Le commandant de bord avait juste un peu forcé sur le rhum de quinze heures, semblait-il, mais il maîtrisait parfaitement la situation. L’avion s’arrêta tranquillement et tous sortirent sains et saufs de l’engin.
Ils furent alors accueillis par des séries de flashes et d’acclamations délirantes. Des dizaines de journalistes s’étaient rués devant l’escalier pour immortaliser le retour triomphal des baroudeurs du désert. L’un d’entre eux, veste à carreaux et chapeau de feutre, s’avança près d’eux jusqu’à ce qu’il puisse leur glisser son micro sous le nez et leur poser une multitude de questions, que personne ne parvenait à entendre. La plus blonde des hôtesses de l’air le fit reculer péniblement jusqu’à ses petits camarades.
Mozzarella, rouge de rage, lança à Gaston de la Narcolepsie un regard accusateur, auquel il répondit par une tête piquant vers le sol. Mozzarella s’écria: « C’est vous qui avez eut l’idée géniale de prévenir les journalistes ? Au nom de quoi, en plus ? De l’arrivée d’un héros qui n’est même pas capable d’exploiter le moindre de ses pouvoirs, faute d’avoir utilisé son manuel correctement ? Ah, mais elle est belle, la victoire, mon vieux ! C’est moi qui vous le dit, le discours vous revient ! Libre à vous d’expliquer quoi que ce soit au sujet de Don Superhéro de mes fesses, moi, je rentre chez moi ! » Puis elle se tourna vers les journalistes et hurla pour qu’on l’entende : « Messieurs, nous voici de retour d’un beau voyage. Les personnes ici présentes, Gaston de la Narcolepsie, et Don Superhéro, se feront un plaisir de répondre à toutes vos questions. » Tous se ruèrent alors vers les principaux concernés, et Mozzarella se glissa dans la foule pour se frayer un passage. Elle salua de loin les Suisses, l’indic, le policier et Mlle Huguetta, qui lui rendirent son signe. De toute façon, ils s’étaient échangé leurs coordonnées, ils s’appelleraient pour une bouffe. Pour le moment, Mozzarella n’aspirait qu’à une chose, rentrer à la maison. Ah, que la vie était douce maintenant !
Les aventures absolument tranquilles de Mozzarella (quoiqu'un type a dit : "tout est relatif") entrecoupées d'interludes qui ne sont pas sans contenir une inutilité obscure au profit d'un éphémère et léger divertissement.
mardi 21 avril 2009
jeudi 9 avril 2009
A jurons déplacés Nutella renversé
Ils s’étaient tous levés au petit matin. Bien sûr, Gaston de la Narcolepsie et l’indic avaient failli s’étriper pour une barre de céréales, dont chacun revendiquait la propriété. Finalement, pour calmer le jeu, le flic avait décrété que la barre lui appartenait, et l’avait mangé sous leurs yeux ahuris. Les Suisses, envahis par un souffle de générosité, avaient alors donné aux deux affamés des compotes Andros et une boîte de Pim’s à la fraise, qu’ils s’étaient empressés d’engloutir sauvagement. Enfin, tout le monde s’était remis en route. Les Suisses suivaient minutieusement leur boussole, qui du reste était quelque peu particulière, parce que très sophistiquée. Ainsi, elle pouvait tour à tour servir de poste radio, de rayon laser, de montre, de réveil, et de talkie-walkie (en admettant qu’il y ait DEUX boussoles, ce qui n’était malheureusement pas le cas, et à fortiori complètement inutile).
Quand le soleil fut au zénith, les Suisses dirent en chœur : « Voilà, nous y sommes presque. » Mozzarella partit dans un grand éclat de rire, parce qu’il n’y avait précisément rien qui puisse signaler une quelconque arrivée. A part les éternelles dunes de sable, qu’elle ne pouvait plus voir en peinture, tout était vide. Les Suisses se tournèrent vers Mozzarella, un peu vexés, et répétèrent en chœur : « Mais si, voilà, nous y sommes presque ! » La Suissesse ajouta : « C’est par ici qu’on vient nous chercher. L’avion doit se poser d’ici une heure. Nous avons tout juste le temps de casser la croûte. » Mozzarella se dit qu’elle s’était vraiment fait rouler dans la farine. Ils avaient quitté la terre de So Easy la veille, et ils se retrouvaient déjà vers l’endroit où ils avaient atterri au début de l’aventure. Elle regarda Don Superhéro et dit avec colère : « Hé dites donc, vous avez intérêt à lire le manuel de vos superpouvoirs dans l’avion, vous, hein ! Sinon vous allez voir, quand on rentrera, de quel bois je me chauffe ! » Don Superhéro, qui ne comprenait pas l’énervement soudain de Mozzarella, secoua la main vers sa tempe en lançant un regard interrogateur à l’indic, qui haussa les épaules. Il semblait davantage préoccupé par le cas de Mlle Huguetta, dont la principale activité du moment était de fredonner des airs de Joe Dassin en se recoiffant devant un miroir de poche.
Ils déjeunèrent en aventuriers – le repas s’était limité à quelques gaufres que l’indic avait volées dans un « point alimentation » de So Easy. Elles étaient un peu molles et Gaston de la Narcolepsie râla pendant plusieurs minutes. Comme il ne se taisait pas, Don Superhéro finit par lui renverser une partie du pot de Nutella sur la tête, acte qui fit bondir les Suisses de rage et de désespoir, offusqués par tant de gaspillage, surtout que c’était tout de même du Nutella, et que le Nutella, ça ne se laisse pas traiter comme ça, et puis quoi, la maîtresse d’école n’avait-elle donc pas enseigné les rudiments des bonnes manières, qu’est-ce que c’était que cette éducation scandaleuse en France, et qui plus est, ces grossièretés étaient nées de la génération précédente, de celle qui se devait de cultiver encore quelque art du raffinement, alors que non, définitivement, non, ces bons vieux quadra, quinqua, s’inscrivaient déjà en marge du système, et nourrissaient et transmettaient des exemples comportementaux absolument scandaleux…
Gaston de la Narcolepsie abdiqua. Don Superhéro aussi. De toute façon, l’avion allait arriver, on entendait le moteur gronder au loin. A moins que ce ne soit un orage. Ah non, tiens, il faisait beau.
Effectivement, ils finirent par apercevoir l’engin dans le ciel. Tous sautillèrent gaiement en faisant de grands signes. Seulement, ils se fatiguèrent vite, car l’avion mit environ trois quarts d’heure à atterrir, suivant un mouvement de spirale infinie. Il fut accueilli dans le sable par des applaudissements rassurés. Tous embarquèrent vite. L’avion décolla comme une fusée. C’était chouette.
Quand le soleil fut au zénith, les Suisses dirent en chœur : « Voilà, nous y sommes presque. » Mozzarella partit dans un grand éclat de rire, parce qu’il n’y avait précisément rien qui puisse signaler une quelconque arrivée. A part les éternelles dunes de sable, qu’elle ne pouvait plus voir en peinture, tout était vide. Les Suisses se tournèrent vers Mozzarella, un peu vexés, et répétèrent en chœur : « Mais si, voilà, nous y sommes presque ! » La Suissesse ajouta : « C’est par ici qu’on vient nous chercher. L’avion doit se poser d’ici une heure. Nous avons tout juste le temps de casser la croûte. » Mozzarella se dit qu’elle s’était vraiment fait rouler dans la farine. Ils avaient quitté la terre de So Easy la veille, et ils se retrouvaient déjà vers l’endroit où ils avaient atterri au début de l’aventure. Elle regarda Don Superhéro et dit avec colère : « Hé dites donc, vous avez intérêt à lire le manuel de vos superpouvoirs dans l’avion, vous, hein ! Sinon vous allez voir, quand on rentrera, de quel bois je me chauffe ! » Don Superhéro, qui ne comprenait pas l’énervement soudain de Mozzarella, secoua la main vers sa tempe en lançant un regard interrogateur à l’indic, qui haussa les épaules. Il semblait davantage préoccupé par le cas de Mlle Huguetta, dont la principale activité du moment était de fredonner des airs de Joe Dassin en se recoiffant devant un miroir de poche.
Ils déjeunèrent en aventuriers – le repas s’était limité à quelques gaufres que l’indic avait volées dans un « point alimentation » de So Easy. Elles étaient un peu molles et Gaston de la Narcolepsie râla pendant plusieurs minutes. Comme il ne se taisait pas, Don Superhéro finit par lui renverser une partie du pot de Nutella sur la tête, acte qui fit bondir les Suisses de rage et de désespoir, offusqués par tant de gaspillage, surtout que c’était tout de même du Nutella, et que le Nutella, ça ne se laisse pas traiter comme ça, et puis quoi, la maîtresse d’école n’avait-elle donc pas enseigné les rudiments des bonnes manières, qu’est-ce que c’était que cette éducation scandaleuse en France, et qui plus est, ces grossièretés étaient nées de la génération précédente, de celle qui se devait de cultiver encore quelque art du raffinement, alors que non, définitivement, non, ces bons vieux quadra, quinqua, s’inscrivaient déjà en marge du système, et nourrissaient et transmettaient des exemples comportementaux absolument scandaleux…
Gaston de la Narcolepsie abdiqua. Don Superhéro aussi. De toute façon, l’avion allait arriver, on entendait le moteur gronder au loin. A moins que ce ne soit un orage. Ah non, tiens, il faisait beau.
Effectivement, ils finirent par apercevoir l’engin dans le ciel. Tous sautillèrent gaiement en faisant de grands signes. Seulement, ils se fatiguèrent vite, car l’avion mit environ trois quarts d’heure à atterrir, suivant un mouvement de spirale infinie. Il fut accueilli dans le sable par des applaudissements rassurés. Tous embarquèrent vite. L’avion décolla comme une fusée. C’était chouette.
mercredi 1 avril 2009
Baby come back
Finalement, la soirée fut très sympathique. Mlle Huguetta, après quinze cocktails, roulait sous la table ; l’indic en avait d’ailleurs profité pour l’embrasser fougueusement avant qu’elle ne régurgite. Le policier s’était entiché d’une So Easy Girl blonde et pulpeuse, les Suisses avaient joyeusement participé à une farandole, Gaston de la Narcolepsie relançait des culs secs avec White Spirit, et Mozzarella et Don Superhéro avaient inlassablement dansé des rocks argentins. Il était très tard. L’aube arrivait. Tous décidèrent d’aller se reposer quelques heures avant de repartir – à l’exception de White Spirit, titubant, qui cherchait un kebab ouvert, et qui se réjouissait à l’idée de son séjour, et Mlle Huguetta, qui se trouvait dans la totale incapacité de parler.
Tous dormirent chez les Suisses ; ils avaient une très grande hutte jaune, avec des lits superposés un peu partout, ce qui était très pratique. La nuit fut courte. Le lendemain, le policier siffla le réveil, et tout le monde se mit au garde à vous. Seul White Spirit ronflait encore. Il y eut un grand débat pour savoir ce qu’il fallait faire de lui. L’indic conseillait de le laisser dormir. D’un autre côté, il fallait que la hutte soit libérée pour le soleil au zénith, et White Spirit se ferait alors réveiller par des inconnus, ce qui serait désagréable. Mlle Huguetta tenta de le secouer doucement, en lui parlant avec tendresse, chose que l’indic prit très mal. Finalement, le policier et Don Superhéro se mirent d’accord pour porter le soulard jusqu’à la hutte rose. White Spirit grogna un peu dans son sommeil lorsqu’il se fit ballotter dans tous les sens, mais il s’abandonna vite à un coma profond. La Suissesse sortit un carnet de sa poche, et en arracha une feuille. Tous lui écrirent un gentil mot d’au revoir, signèrent, puis fermèrent délicatement la porte.
Le village était encore calme. On sentait monter de la terre l’effervescence d’un nouveau jour, et les Suisses dirent qu’il ne fallait pas tarder. Ils ouvrirent la marche. Gaston de la Narcolepsie suivit, secondé par le policier. L’indic prit le pas un peu plus loin derrière, tenant par la main une Mlle Huguetta nonchalante. Mozzarella se cala sur leur rythme. Don Superhéro ferma la file. A la sortie du village, les Suisses montrèrent la direction à suivre, et tout le monde regarda au loin le vide du désert en hochant la tête sans trop savoir pourquoi. Il faisait déjà très chaud, et Mlle Huguetta se plaignait de vertiges. Elle se tourna une dernière fois vers le village, et dit : « Au revoir, chère terre de So Easy. C’était chouette. Bye bye love… » L’indic eut un tour de sang – puis il réalisa qu’il ne fallait pas être jaloux d’un village, et se calma.
Ils marchèrent d’un pas régulier, un certain temps. Au départ, l’ordre de file fut strictement respecté. Puis Mlle Huguetta recommença à courir de manière aléatoire, comme à son habitude, et brisa la chaîne. L’indic aussi, puisqu’il s’était mis à la poursuivre. Du coup, Gaston de la Narcolepsie s’était arrêté pour attendre Don Superhéro et parler superpouvoirs, ce qui avait poussé Mozzarella à remonter jusqu’aux Suisses et à les questionner sur leurs recherches aux points mentionnés au début de leur rencontre (« Alors, ça a donné quoi, vos fouilles ? »). Le policier s’était, il faut bien le dire, retrouvé tout seul comme un imbécile. Mais il s’en fichait, parce que, rêveur, il repensait à la blonde pulpeuse de la nuit dernière, et repassait en boucle dans sa tête les images de sa chevelure à paillettes qui virevoltait sous les projecteurs et les cocotiers.
A la tombée de la nuit, les Suisses, très organisés, sortirent de leur sac à dos une mini pochette, qu’ils jetèrent au loin, d’un petit coup sec. Aussitôt, une immense tente se déplia – qui ressemblait davantage à un chapiteau qu’à une tente, d’ailleurs. Mozzarella n’en revenait pas : « Mais, mais c’est fantastique, dites donc, votre petite merveille ! C’est comme dans la pub ! Je veux la même, et Mary Poppins comme fournisseuse officielle, et des Bounty aussi ! » Tous s’installèrent avec enthousiasme dans la tente-chapiteau. Tous se souhaitèrent la bonne nuit très gaiement, après avoir avalé une purée de pois cassés. « Bonne nuit, les Suisses. » « Bonne nuit Mozza. » « Bonne nuit, Gaston. » « A vous aussi, l’indic. » « Bonne nuit, le policier. » « Oui, c’est ça, bonne nuit, Don Superhéro. » « J’ai rien dit. » « Heu, je veux dire, le Suisse. » « Ah non, ça ce n’était pas moi. » « Ah, alors bonne nuit, l’indic. » « Quoi ?. » « Quelqu’un se fout de ma gueule ? » « Non, bien sûr que non. Détendez-vous, quoi. » « Bonne nuiiiiiiiit. » « Ca, c’est Mlle Huguetta. » « Non, c’était Mozzarella, je me suis fait piquer par une guêpe. » « Y en a pas. » « Bon, bref, bonne nuit. » « Oui, hein. » « Oui. » « … » « Zzzzzz » « Qui ronfle ? » « Oh, bonne nuit à la fin, vous allez nous casser les pieds jusqu'à quand ?. »
Tous dormirent chez les Suisses ; ils avaient une très grande hutte jaune, avec des lits superposés un peu partout, ce qui était très pratique. La nuit fut courte. Le lendemain, le policier siffla le réveil, et tout le monde se mit au garde à vous. Seul White Spirit ronflait encore. Il y eut un grand débat pour savoir ce qu’il fallait faire de lui. L’indic conseillait de le laisser dormir. D’un autre côté, il fallait que la hutte soit libérée pour le soleil au zénith, et White Spirit se ferait alors réveiller par des inconnus, ce qui serait désagréable. Mlle Huguetta tenta de le secouer doucement, en lui parlant avec tendresse, chose que l’indic prit très mal. Finalement, le policier et Don Superhéro se mirent d’accord pour porter le soulard jusqu’à la hutte rose. White Spirit grogna un peu dans son sommeil lorsqu’il se fit ballotter dans tous les sens, mais il s’abandonna vite à un coma profond. La Suissesse sortit un carnet de sa poche, et en arracha une feuille. Tous lui écrirent un gentil mot d’au revoir, signèrent, puis fermèrent délicatement la porte.
Le village était encore calme. On sentait monter de la terre l’effervescence d’un nouveau jour, et les Suisses dirent qu’il ne fallait pas tarder. Ils ouvrirent la marche. Gaston de la Narcolepsie suivit, secondé par le policier. L’indic prit le pas un peu plus loin derrière, tenant par la main une Mlle Huguetta nonchalante. Mozzarella se cala sur leur rythme. Don Superhéro ferma la file. A la sortie du village, les Suisses montrèrent la direction à suivre, et tout le monde regarda au loin le vide du désert en hochant la tête sans trop savoir pourquoi. Il faisait déjà très chaud, et Mlle Huguetta se plaignait de vertiges. Elle se tourna une dernière fois vers le village, et dit : « Au revoir, chère terre de So Easy. C’était chouette. Bye bye love… » L’indic eut un tour de sang – puis il réalisa qu’il ne fallait pas être jaloux d’un village, et se calma.
Ils marchèrent d’un pas régulier, un certain temps. Au départ, l’ordre de file fut strictement respecté. Puis Mlle Huguetta recommença à courir de manière aléatoire, comme à son habitude, et brisa la chaîne. L’indic aussi, puisqu’il s’était mis à la poursuivre. Du coup, Gaston de la Narcolepsie s’était arrêté pour attendre Don Superhéro et parler superpouvoirs, ce qui avait poussé Mozzarella à remonter jusqu’aux Suisses et à les questionner sur leurs recherches aux points mentionnés au début de leur rencontre (« Alors, ça a donné quoi, vos fouilles ? »). Le policier s’était, il faut bien le dire, retrouvé tout seul comme un imbécile. Mais il s’en fichait, parce que, rêveur, il repensait à la blonde pulpeuse de la nuit dernière, et repassait en boucle dans sa tête les images de sa chevelure à paillettes qui virevoltait sous les projecteurs et les cocotiers.
A la tombée de la nuit, les Suisses, très organisés, sortirent de leur sac à dos une mini pochette, qu’ils jetèrent au loin, d’un petit coup sec. Aussitôt, une immense tente se déplia – qui ressemblait davantage à un chapiteau qu’à une tente, d’ailleurs. Mozzarella n’en revenait pas : « Mais, mais c’est fantastique, dites donc, votre petite merveille ! C’est comme dans la pub ! Je veux la même, et Mary Poppins comme fournisseuse officielle, et des Bounty aussi ! » Tous s’installèrent avec enthousiasme dans la tente-chapiteau. Tous se souhaitèrent la bonne nuit très gaiement, après avoir avalé une purée de pois cassés. « Bonne nuit, les Suisses. » « Bonne nuit Mozza. » « Bonne nuit, Gaston. » « A vous aussi, l’indic. » « Bonne nuit, le policier. » « Oui, c’est ça, bonne nuit, Don Superhéro. » « J’ai rien dit. » « Heu, je veux dire, le Suisse. » « Ah non, ça ce n’était pas moi. » « Ah, alors bonne nuit, l’indic. » « Quoi ?. » « Quelqu’un se fout de ma gueule ? » « Non, bien sûr que non. Détendez-vous, quoi. » « Bonne nuiiiiiiiit. » « Ca, c’est Mlle Huguetta. » « Non, c’était Mozzarella, je me suis fait piquer par une guêpe. » « Y en a pas. » « Bon, bref, bonne nuit. » « Oui, hein. » « Oui. » « … » « Zzzzzz » « Qui ronfle ? » « Oh, bonne nuit à la fin, vous allez nous casser les pieds jusqu'à quand ?. »
lundi 30 mars 2009
Soirav à So Easy
Lorsque Don Superhéro eut fini de se moucher sur l’épaule de Mozzarella, elle le prit fermement par le bras et lui dit : « Bon, maintenant que vous êtes enfin au top de votre prise de conscience, vous allez pouvoir vous atteler à sauver votre petit monde. Alors ciao les vacances, vous pliez bagage et on rentre à la maison. De toute façon, Gaston de la Narcolepsie a hâte de retourner en terre de côte d’Azur pour de nouvelles recherches, et de mon côté, j’avoue que l’idée de retrouver mon chez-moi n’est pas déplaisante. En plus, le facteur a dû déposer une tonne de magazines de fille dans ma boîte, et il ne faut pas que je rate la collection printemps-été 2009. J’avais pris de bonnes résolutions, en jetant mes Biba, mais là, j’ai bien envie de lire les derniers potins sur Britney Spears. Il faut en revanche demander à White Spirit ce qu’il compte faire. J’ai l’impression que votre hutte rose lui plaît… »
Don Superhéro se redressa en reniflant bruyamment, et vit White Spirit qui avait déjà sorti un transat devant la porte. Don Superhéro dit en pleurnichant : « Si vous voulez… snif… vous pouvez rester… snif… c’est très sympa ici… snif… je vous la laisse volontiers, ma hutte… snif… » White Spirit s’étendit sur le transat et mit ses doigts de pieds en éventail. Il dit simplement : « Moi, j’adore. Je crois que je vais rester ici quelques jours. Les voilà, mes vacances. J’ai raté les promos Lastminute, alors autant profiter du cadre. » Mozzarella et Gaston de la Narcolepsie se regardèrent en acquiesçant. Don Superhéro frappa dans ses mains pour se donner un peu d’enthousiasme, et lança : « Bon, hé bien moi, il ne me reste plus qu’à préparer mes affaires. Je vais chercher mon baluchon. » Mozzarella ajouta : « N’oubliez pas votre manuel pour apprendre à faire marcher vos superpouvoirs. Ce serait regrettable que vous rentriez chez vous sans les recettes de cuisine. »
Quand enfin tout fut réglé, et que White Spirit eût pris ses repères, tout le monde décida d’aller boire un verre au So Easy Pub, situé à l’entrée du village. Il faisait nuit, l’ambiance était incroyable. Des lumières multicolores scintillaient sur les huttes et les palmiers. Les cactus fluorescents jetaient des rayons un peu partout, et la foule en délire chantonnait des airs italiens. Mozzarella trouva une petite table sympathique en terrasse, cachée par des feuillages. Ils commandèrent rapidement d’énormes cocktails roses et bleus. Un mexicain habillé en maître nageur vint leur jouer du pipeau, et une serveuse sexy déguisée avec des bouées de sauvetage leur apporta des verres géants et des fraises Tagada.
La soirée battait son plein. Don Superhéro invita Mozzarella à danser un rock argentin et White Spirit et Gaston de la Narcolepsie offrirent leur bras à de charmantes So Easy Girls pour une valse endiablée. C’est alors que Mozzarella, qui s’était assise quelques secondes pour se reposer, crut reconnaître des voix familières à sa gauche. Elle tourna la tête, et découvrit avec surprise ses vieux congénères de voyage attablés, qui semblaient eux aussi profiter pleinement de la soirée. Tous y étaient : Mlle Huguetta, les Suisses, le policier, l’indic, festoyant gaiement. Mozzarella se leva précipitamment pour aller les saluer. « Ca alors, vous ici ! » cria-t-elle avec un large sourire aux lèvres. « Des copains de vol ! Mais comment donc pouvons-nous nous retrouver tous ensemble à So Easy, alors que chacun a pris une direction différente ? » Mlle Huguetta, qui n’avait pas tout de suite reconnut Mozzarella (elle avait, à son regard, bu une dose conséquente d’alcool), s’exclama : « Mais c’est vous, Mlle Mozza ! Alors comme ça, vous avez réussi à l’Ouest, c’est fantastique ! Vous m’épatez, dites donc ! » Mozzarella pensa : « Encore le coup de l’Ouest ! Mais qu’est-ce qu’elle a, celle-là, à la fin, avec l’Ouest ? » L’indic fit du coude à Mlle Huguetta pour la faire taire, et prit la parole : « Ce que Mlle Huguetta essaie de vous dire depuis le début, c’est que vous vous êtes fait bananer sur l’itinéraire. En vérité, si vous étiez partie dans la même direction que l’un d’entre nous, vous seriez arrivée en terre de So Easy il y a bien longtemps. C’est un sacré détour, par l’Ouest. Enfin, vous y êtes. » Mozzarella devint toute rouge. Elle balbutia deux ou trois mots, interloquée, et pour finir, elle se mit à pleurer. « Ca y est ! Moi aussi, je craque ! Faut toujours que ce soit pour moi, la croûte du fromage ! Je veux rentrer à la maisoooooon… » Don Superhéro, triste de voir la pauvre Mozzarella dans un si pathétique état, la prit gentiment dans ses bras. « Keep cool, Mozza, tu vas rentrer chez toi et tout ira bien. Profite de la soirée détente, c’est sympa de retrouver des copains. »
Don Superhéro se redressa en reniflant bruyamment, et vit White Spirit qui avait déjà sorti un transat devant la porte. Don Superhéro dit en pleurnichant : « Si vous voulez… snif… vous pouvez rester… snif… c’est très sympa ici… snif… je vous la laisse volontiers, ma hutte… snif… » White Spirit s’étendit sur le transat et mit ses doigts de pieds en éventail. Il dit simplement : « Moi, j’adore. Je crois que je vais rester ici quelques jours. Les voilà, mes vacances. J’ai raté les promos Lastminute, alors autant profiter du cadre. » Mozzarella et Gaston de la Narcolepsie se regardèrent en acquiesçant. Don Superhéro frappa dans ses mains pour se donner un peu d’enthousiasme, et lança : « Bon, hé bien moi, il ne me reste plus qu’à préparer mes affaires. Je vais chercher mon baluchon. » Mozzarella ajouta : « N’oubliez pas votre manuel pour apprendre à faire marcher vos superpouvoirs. Ce serait regrettable que vous rentriez chez vous sans les recettes de cuisine. »
Quand enfin tout fut réglé, et que White Spirit eût pris ses repères, tout le monde décida d’aller boire un verre au So Easy Pub, situé à l’entrée du village. Il faisait nuit, l’ambiance était incroyable. Des lumières multicolores scintillaient sur les huttes et les palmiers. Les cactus fluorescents jetaient des rayons un peu partout, et la foule en délire chantonnait des airs italiens. Mozzarella trouva une petite table sympathique en terrasse, cachée par des feuillages. Ils commandèrent rapidement d’énormes cocktails roses et bleus. Un mexicain habillé en maître nageur vint leur jouer du pipeau, et une serveuse sexy déguisée avec des bouées de sauvetage leur apporta des verres géants et des fraises Tagada.
La soirée battait son plein. Don Superhéro invita Mozzarella à danser un rock argentin et White Spirit et Gaston de la Narcolepsie offrirent leur bras à de charmantes So Easy Girls pour une valse endiablée. C’est alors que Mozzarella, qui s’était assise quelques secondes pour se reposer, crut reconnaître des voix familières à sa gauche. Elle tourna la tête, et découvrit avec surprise ses vieux congénères de voyage attablés, qui semblaient eux aussi profiter pleinement de la soirée. Tous y étaient : Mlle Huguetta, les Suisses, le policier, l’indic, festoyant gaiement. Mozzarella se leva précipitamment pour aller les saluer. « Ca alors, vous ici ! » cria-t-elle avec un large sourire aux lèvres. « Des copains de vol ! Mais comment donc pouvons-nous nous retrouver tous ensemble à So Easy, alors que chacun a pris une direction différente ? » Mlle Huguetta, qui n’avait pas tout de suite reconnut Mozzarella (elle avait, à son regard, bu une dose conséquente d’alcool), s’exclama : « Mais c’est vous, Mlle Mozza ! Alors comme ça, vous avez réussi à l’Ouest, c’est fantastique ! Vous m’épatez, dites donc ! » Mozzarella pensa : « Encore le coup de l’Ouest ! Mais qu’est-ce qu’elle a, celle-là, à la fin, avec l’Ouest ? » L’indic fit du coude à Mlle Huguetta pour la faire taire, et prit la parole : « Ce que Mlle Huguetta essaie de vous dire depuis le début, c’est que vous vous êtes fait bananer sur l’itinéraire. En vérité, si vous étiez partie dans la même direction que l’un d’entre nous, vous seriez arrivée en terre de So Easy il y a bien longtemps. C’est un sacré détour, par l’Ouest. Enfin, vous y êtes. » Mozzarella devint toute rouge. Elle balbutia deux ou trois mots, interloquée, et pour finir, elle se mit à pleurer. « Ca y est ! Moi aussi, je craque ! Faut toujours que ce soit pour moi, la croûte du fromage ! Je veux rentrer à la maisoooooon… » Don Superhéro, triste de voir la pauvre Mozzarella dans un si pathétique état, la prit gentiment dans ses bras. « Keep cool, Mozza, tu vas rentrer chez toi et tout ira bien. Profite de la soirée détente, c’est sympa de retrouver des copains. »
mardi 24 mars 2009
Rencontre du troisième type
Un type avec une mine de vacancier apparut dans l’encadrement de la porte, les cheveux en bataille et le caleçon de travers. Il avait du reste, plutôt une belle gueule – enfin, c’est ce que Mozzarella pensait en le regardant ; il lui disait presque quelque chose, en fait. White Spirit, un peu décontenancé par la manœuvre d’ouverture de porte, s’était reculé de quelques pas, tandis que Gaston de la Narcolepsie s’était rapproché de la hutte. Ce dernier tendit une main franche et chaleureuse au type en caleçon, et dit avec enthousiasme : « Salut vieille branche ! Tu me reconnais ? Gaston, on s’est croisé il y a quelque temps… Heureux de te retrouver ! » Dans un premier temps, l’homme se gratta la tête et la barbe. Il plissa les yeux d’un air soupçonneux, remit son caleçon correctement ; tout à coup, son visage s’illumina, puis s’assombrit. « Gaston ! Gaston… Oui oui, bien sûr, le mec qui voulait me booster à propos de mes superpouvoirs… J’étais parti à cheval, non ? » Don Superhéro se gratta les fesses en gloussant. « Ah, elle était bien bonne, celle-ci… j’aurais aimé voir votre tête quand vous vous êtes aperçu de ma disparition ! Et dites donc, vous êtes revenu avec votre bande de copains dingos pour me refaire le coup de la responsabilité ? Ecoutez, tous. Ca m’est bien égal qu’un tordu narcissique et solitaire m’ait refilé ses petits pouvoirs. Je n’ai jamais su m’en servir, et ne le souhaite pas. A vrai dire, si je pouvais me fondre dans la masse sans que personne ne me reconnaisse, ça m’irait très bien. Alors, au diable votre acharnement ! Vous ne me laisserez donc pas en paix ? Ne changera-ce donc jamais* ? »
Pendant le monologue du type en caleçon, en qui Mozzarella n’arrivait pas encore à voir Don Superhéro, (qu’elle avait imaginé plein de classe et d’élégance, un peu perdu mais attendrissant), White Spirit s’était attelé à ramasser quelques feuilles de palmiers qui jonchaient le sol. Gaston écoutait l’hurluberlu en s’essuyant le front. Mozzarella, quant à elle, s’en était rapprochée, et le fixait avec des yeux moralisateurs. Du reste, Don Superhéro ne s’en apercevait pas. Il fallut que s’écoule un blanc de plusieurs secondes à la fin de son discours pour qu’il daigne la regarder. Mozzarella avait du mal à se contenir ; sortir de ses gonds n’était pas une habitude chez elle, mais à cet instant T, cela pouvait aisément se produire. Et c’est d’ailleurs ce qu’il se passa : « Hé, le Mal-Embouché. Vous êtes un imposteur ridicule. Quand on a la chance de se voir confier des pouvoirs dignes de ce nom, on en fait profiter les autres correctement. Moi qui ai fait un long trajet pour vous rencontrer, je m’attendais tout de même à me retrouver face à un homme, un vrai, certes un peu dans la lune, mais enfin, qui porterait des principes humains et altruistes à bout de bras ! Et au lieu de ça, je trouve une espèce de crotte de bouc, qui lance des insanités à qui veut bien les applaudir, et qui ne se rend pas compte de la chance qu’il a ! Zut à la fin, on dirait un Français mécontent! »
Don Superhéro ne bougeait pas. Les yeux hagards, il regardait Mozzarella s’agiter face à lui, sans rien comprendre. Il rougit un peu, se gratta encore les fesses, toussota, se moucha. Puis, sans que personne ne puisse envisager ce qui aller se produire, ses yeux s’embuèrent, et il éclata en sanglots. De grosses larmes coulèrent le long de ses joues bronzées tandis qu’on entendait le son de ses pleurs résonner comme ceux d’un enfant. « Je suis désolé, mais je ne m’attendais pas à çaaaaaa…. C’est la première fois que je sens que quelqu’un a autant foi en mooooooiiii… Ma pauvre mère m’avait toujours traité de raté, et me voilà projeté au-devant de grandes missions… C’est trop, c’est trop, mais c’est beaaaaauuuu… » Et tandis qu’il sanglotait encore, il s’appuyait contre l’épaule de Mozzarella et se mouchait dedans.
* NDLR : Notons que Don Superhéro est un fan inconditionnel de Pierre Desproges

BABY DON'T CRY
Pendant le monologue du type en caleçon, en qui Mozzarella n’arrivait pas encore à voir Don Superhéro, (qu’elle avait imaginé plein de classe et d’élégance, un peu perdu mais attendrissant), White Spirit s’était attelé à ramasser quelques feuilles de palmiers qui jonchaient le sol. Gaston écoutait l’hurluberlu en s’essuyant le front. Mozzarella, quant à elle, s’en était rapprochée, et le fixait avec des yeux moralisateurs. Du reste, Don Superhéro ne s’en apercevait pas. Il fallut que s’écoule un blanc de plusieurs secondes à la fin de son discours pour qu’il daigne la regarder. Mozzarella avait du mal à se contenir ; sortir de ses gonds n’était pas une habitude chez elle, mais à cet instant T, cela pouvait aisément se produire. Et c’est d’ailleurs ce qu’il se passa : « Hé, le Mal-Embouché. Vous êtes un imposteur ridicule. Quand on a la chance de se voir confier des pouvoirs dignes de ce nom, on en fait profiter les autres correctement. Moi qui ai fait un long trajet pour vous rencontrer, je m’attendais tout de même à me retrouver face à un homme, un vrai, certes un peu dans la lune, mais enfin, qui porterait des principes humains et altruistes à bout de bras ! Et au lieu de ça, je trouve une espèce de crotte de bouc, qui lance des insanités à qui veut bien les applaudir, et qui ne se rend pas compte de la chance qu’il a ! Zut à la fin, on dirait un Français mécontent! »
Don Superhéro ne bougeait pas. Les yeux hagards, il regardait Mozzarella s’agiter face à lui, sans rien comprendre. Il rougit un peu, se gratta encore les fesses, toussota, se moucha. Puis, sans que personne ne puisse envisager ce qui aller se produire, ses yeux s’embuèrent, et il éclata en sanglots. De grosses larmes coulèrent le long de ses joues bronzées tandis qu’on entendait le son de ses pleurs résonner comme ceux d’un enfant. « Je suis désolé, mais je ne m’attendais pas à çaaaaaa…. C’est la première fois que je sens que quelqu’un a autant foi en mooooooiiii… Ma pauvre mère m’avait toujours traité de raté, et me voilà projeté au-devant de grandes missions… C’est trop, c’est trop, mais c’est beaaaaauuuu… » Et tandis qu’il sanglotait encore, il s’appuyait contre l’épaule de Mozzarella et se mouchait dedans.
* NDLR : Notons que Don Superhéro est un fan inconditionnel de Pierre Desproges
BABY DON'T CRY
jeudi 19 mars 2009
So Easy
Gaston de la Narcolepsie prit ses co-équipiers par les épaules. « Regardez, mes enfants, n’est-ce pas fantastique ? Nous sommes en terre de So Easy, vous y êtes arrivés ! Quelle force intérieure, quel courage, quelle témérité ! Je suis admiratif, vraiment… » Et chose incroyable, tandis qu’il prononçait ces mots tendres, les larmes lui montèrent aux yeux. White Spirit le dévisagea avec un air plein d’affection, et sortit un mouchoir. Enfin, il lui tomba dessus en pleurant. « C’est beau » se dit Mozzarella, toute seule dans son coin. Pour se donner de la contenance, elle se gratta la joue et les pieds.
Le moment d’émotion étant passé, Gaston de la Narcolepsie dit : « Il ne faut pas que nous tardions. Nous avons une bonne partie de l’après-midi devant nous, certes, mais il faut en faire bon usage. Don Superhéro doit encore être dans sa sieste. Nous devons arriver avant qu’il ne se réveille et ne sorte de chez lui. » White Spirit inspira profondément, gonfla le torse et ouvrit la marche. Mozzarella lui emboîta le pas, déterminée, et Gaston suivit. « N’oubliez pas, toujours à l’Ouest » dit-il plein de paternalisme.
En chemin, Mozzarella posa beaucoup de questions : « Mais Gaston, comment allons-nous faire en arrivant ? Que va-t-il se passer ? Et si Don Superhéro s’énerve ? Et s’il ne veut pas ? Et si nous avions fait tout cela pour rien ? Et pourquoi la terre tourne ? Et pourquoi il n’y a plus de dinosaures ? Et pourquoi PPDA s’est barré de TF1 ? » Gaston, plein d’affection et attendri, répondait le plus clairement possible à toutes les interrogations de Mozzarella. Il avait lu Dolto, lui.
White Spirit était de nouveau muet, mais paraissait calme. Il exécutait ses pas de manière régulière, rigoureuse, mesurée, ne se laissait jamais déstabiliser par les caprices du sable, et récitait dans sa tête des poèmes baudelairiens.
Ils marchèrent ainsi pendant une ou deux heures. Le soleil cognait fort, mais rien ne les arrêtait. S’il ne leur restait plus d’eau, la perspective de la rencontre avec Don Superhéro les rassurait. Il devait bien avoir une ou deux canettes de Coca Light à leur offrir. Enfin, ils aperçurent une belle oasis. Des palmiers verdoyants bordés de cactus aux couleurs fluorescentes se dessinaient dans la lumière de l’après-midi. On distinguait plein de petites huttes et de cabanons charmants, et des chansons de Dalida fusaient de toutes parts.
Ils arrivèrent. Le mini-village grouillait de monde. Des jeunes, des vieux, des grands, des petits, des blonds, des bruns, des noirs, des blancs, tous se mélangeaient, en grande conversation les uns avec les autres. Gaston de la Narcolepsie attrapa au vol un chinois rockeur, qui exécutait quelques pas de danse, des écouteurs sur la tête. « S’il-vous-plaît, par hasard, connaîtriez-vous la casa de Don Superhéro ? Nous venons d’arriver et sommes un peu perdus… » Le Chinois sourit largement, et répondit avec un fort accent : « Si si, bien sûr que je la connais. C’est la casa numéro 17. Vous n’aurez pas de mal à la trouver, c’est un peu plus loin sur ce chemin, après le totem de John Lenon. Mais je pense qu’il doit dormir à l’heure qu’il est. Vous savez, ici, on est très peace. C’est So Easy, quoi… » Et il partit dans un grand fou rire.
Mozzarella se dirigea immédiatement vers le chemin indiqué, tandis que White Spirit et Gaston de la Narcolepsie observaient le Chinois comme un extra-terrestre. Elle regarda les numérotations des huttes et des cabanons. Mais, chose étrange, aucune n’était dans l’ordre. « C’est fou qu’ils n’aient pas adopté le coup des pairs et des impairs ! Ca aurait été tellement plus pratique ! Toujours obligés de faire dans l’originalité, ceux-là, c’est gonflant. » Enfin, après moult regards de tous les côtés, elle découvrit une petite hutte rose bonbon, un peu en retrait, sur la droite, qui portait le numéro 17. Une pancarte avait été négligemment accrochée à la porte : I’m sleeping, let me dream, and your life will be cool. « Belle entrée en matière ! » songea Mozzarella. Gaston de la Narcolepsie et White Spirit l’avaient rattrapée. Ils lurent le message. « Je frappe quand même ? » demanda Mozzarella. White Spirit abaissa son chapeau, cachant ses yeux. « Non, je crois que ce n’est pas une bonne idée. Il faut le laisser tranquille, le pauvre. Le sommeil est important et réparateur, c’est la moindre chose que nous puissions respecter… » Mozzarella soupira, lasse. Gaston regardait ses pieds. C’est alors que White Spirit bondit sur la porte, déchaîné : « Bien sûr qu’on frappe, bande d’imbéciles ! Vous croyez qu’on va se regarder dans le blanc des yeux jusqu’à ce que cet animal ouvre un œil ? Pas croyable, des mauviettes pareilles ! » Et il tambourina de toutes ses forces, jusqu’à ce que se fasse entendre un « C’est bon, c’est bon, j’arrive, qui est là, nom d’un boudin ? », et que la porte s’entrouvre.
Le moment d’émotion étant passé, Gaston de la Narcolepsie dit : « Il ne faut pas que nous tardions. Nous avons une bonne partie de l’après-midi devant nous, certes, mais il faut en faire bon usage. Don Superhéro doit encore être dans sa sieste. Nous devons arriver avant qu’il ne se réveille et ne sorte de chez lui. » White Spirit inspira profondément, gonfla le torse et ouvrit la marche. Mozzarella lui emboîta le pas, déterminée, et Gaston suivit. « N’oubliez pas, toujours à l’Ouest » dit-il plein de paternalisme.
En chemin, Mozzarella posa beaucoup de questions : « Mais Gaston, comment allons-nous faire en arrivant ? Que va-t-il se passer ? Et si Don Superhéro s’énerve ? Et s’il ne veut pas ? Et si nous avions fait tout cela pour rien ? Et pourquoi la terre tourne ? Et pourquoi il n’y a plus de dinosaures ? Et pourquoi PPDA s’est barré de TF1 ? » Gaston, plein d’affection et attendri, répondait le plus clairement possible à toutes les interrogations de Mozzarella. Il avait lu Dolto, lui.
White Spirit était de nouveau muet, mais paraissait calme. Il exécutait ses pas de manière régulière, rigoureuse, mesurée, ne se laissait jamais déstabiliser par les caprices du sable, et récitait dans sa tête des poèmes baudelairiens.
Ils marchèrent ainsi pendant une ou deux heures. Le soleil cognait fort, mais rien ne les arrêtait. S’il ne leur restait plus d’eau, la perspective de la rencontre avec Don Superhéro les rassurait. Il devait bien avoir une ou deux canettes de Coca Light à leur offrir. Enfin, ils aperçurent une belle oasis. Des palmiers verdoyants bordés de cactus aux couleurs fluorescentes se dessinaient dans la lumière de l’après-midi. On distinguait plein de petites huttes et de cabanons charmants, et des chansons de Dalida fusaient de toutes parts.
Ils arrivèrent. Le mini-village grouillait de monde. Des jeunes, des vieux, des grands, des petits, des blonds, des bruns, des noirs, des blancs, tous se mélangeaient, en grande conversation les uns avec les autres. Gaston de la Narcolepsie attrapa au vol un chinois rockeur, qui exécutait quelques pas de danse, des écouteurs sur la tête. « S’il-vous-plaît, par hasard, connaîtriez-vous la casa de Don Superhéro ? Nous venons d’arriver et sommes un peu perdus… » Le Chinois sourit largement, et répondit avec un fort accent : « Si si, bien sûr que je la connais. C’est la casa numéro 17. Vous n’aurez pas de mal à la trouver, c’est un peu plus loin sur ce chemin, après le totem de John Lenon. Mais je pense qu’il doit dormir à l’heure qu’il est. Vous savez, ici, on est très peace. C’est So Easy, quoi… » Et il partit dans un grand fou rire.
Mozzarella se dirigea immédiatement vers le chemin indiqué, tandis que White Spirit et Gaston de la Narcolepsie observaient le Chinois comme un extra-terrestre. Elle regarda les numérotations des huttes et des cabanons. Mais, chose étrange, aucune n’était dans l’ordre. « C’est fou qu’ils n’aient pas adopté le coup des pairs et des impairs ! Ca aurait été tellement plus pratique ! Toujours obligés de faire dans l’originalité, ceux-là, c’est gonflant. » Enfin, après moult regards de tous les côtés, elle découvrit une petite hutte rose bonbon, un peu en retrait, sur la droite, qui portait le numéro 17. Une pancarte avait été négligemment accrochée à la porte : I’m sleeping, let me dream, and your life will be cool. « Belle entrée en matière ! » songea Mozzarella. Gaston de la Narcolepsie et White Spirit l’avaient rattrapée. Ils lurent le message. « Je frappe quand même ? » demanda Mozzarella. White Spirit abaissa son chapeau, cachant ses yeux. « Non, je crois que ce n’est pas une bonne idée. Il faut le laisser tranquille, le pauvre. Le sommeil est important et réparateur, c’est la moindre chose que nous puissions respecter… » Mozzarella soupira, lasse. Gaston regardait ses pieds. C’est alors que White Spirit bondit sur la porte, déchaîné : « Bien sûr qu’on frappe, bande d’imbéciles ! Vous croyez qu’on va se regarder dans le blanc des yeux jusqu’à ce que cet animal ouvre un œil ? Pas croyable, des mauviettes pareilles ! » Et il tambourina de toutes ses forces, jusqu’à ce que se fasse entendre un « C’est bon, c’est bon, j’arrive, qui est là, nom d’un boudin ? », et que la porte s’entrouvre.
mardi 17 mars 2009
Et vogue la marelle
Gaston de la Narcolepsie était en phase d’hallucination. « Une marelle ? Mais que voulez-vous qu’on fasse avec une marelle ? Vous avez vraiment de drôles d’idées, vous ! » Fixed Satellite les regardait tous avec ses yeux translucides, qui pétillaient presque, à présent. « Ecoutez, voilà ce que nous allons faire. Tracez une marelle dans le sable. Si le dénommé White Spirit parvient à faire toute la marelle – j’entends un aller complet jusqu’à la case ciel, puis un retour complet jusqu’à la case terre – sans une faute, vous pouvez passer tout de suite. Sinon, on trouvera un autre jeu. » White Spirit fusilla Fixed Satellite du regard. A cet instant précis, il aurait aimé faire partie d’un réseau de trafic de bazookas. Et puis il repensa à son père et à l’Indochine, et se dit que les Bounty étaient décidément plus sympathiques. Finalement, quelque part, il se sentait investi d’une lourde responsabilité, que son cousin Gaston ne pouvait que lui envier. C’était une sorte de remake d’Indiana Jones, cette marelle. Sauf qu’il n’y avait pas de pièges, et pas de manifestations surnaturelles autour de ça. C’était juste une marelle pour une marelle, histoire de tuer le temps avec un no-life. Tout de suite, cela perdait un peu de son charme aventurier. Mais dans le fond, pourquoi pas ?
White Spirit traça minutieusement une jolie marelle dans le sable. Puis il roula son foulard en boule, et commença à jouer. Gaston et Mozzarella s’étaient mis en retrait, afin d’assister à la scène sans perturber le joueur. Quant à Fixed Satellite, il était toujours sur ses cagettes, mais on pouvait remarquer que son buste était légèrement penché en avant, et qu’il observait le déroulement des opérations avec l’acuité d’un arbitre. En fait, il jubilait. C’était tellement agréable d’avoir trois personnes tributaires de son bon vouloir. Enfin une petite satisfaction dans ce job pourri.
White Spirit avançait progressivement, avec une méthode prudente, calculant le moindre geste, se concentrant pour le moindre coup. A tout moment, il pouvait échouer et se retrouver à jouer à la bataille navale ou au strip-poker. Cette idée le motivait d’autant plus pour réussir du premier coup. Il fallait être malin ; l’épreuve n’était pas si évidente. Le sable se mouvait assez facilement, et y sauter à cloche-pied n’était pas une partie de plaisir. Sans compter le fait que le foulard pouvait à tout moment atterrir sur une autre case, et ça, ce serait terrible.
Les minutes s’écoulaient dans une sorte d’insoutenable suspense. Gaston de la Narcolepsie s’abandonna à quelques vers en chuchotant : « Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices ! Suspendez votre cours… » Mozzarella lui écrasa le pied pour le faire taire. « C’est pas le moment, à la fin ! » White Spirit était arrivé au bout de la marelle. Il fallait faire le retour, à présent. De grosses gouttes de sueur coulaient le long de son front, mais il ne lâchait pas prise, il avançait, courageusement, il sentait que le cours des heures suivantes reposait lourdement sur ses épaules, et qu’il se devait de réussir. Fixed Satellite ne cillait plus ; il étudiait la partie dans une sorte de délire hypnotique. La fin du jeu approchait lentement, comme une chose inéluctable. Le foulard allait se poser avec précision sur la case 4, puis 3, puis 2… White Spirit sautait dans des efforts de plus en plus pénibles. Il ne restait qu’une seule case. Un dernier élan de concentration, et il gagnait. Gaston de la Narcolepsie prit la main de Mozzarella et la serra très fort en priant : « Faites que cet imbécile ne perde pas maintenant, faites qu’il ait un semblant d’intelligence jusqu’au bout… » Mozzarella lui écrasa le pied une seconde fois. Mais White Spirit venait d’exécuter avec succès le dernier saut. Fier et épuisé, il se jeta à corps perdu dans le sable en hurlant sa victoire. Mozzarella applaudit énergiquement. Gaston de la Narcolespie n’en revenait pas. Fixed Satellite faisait la tête.
Au bout de quelques instants cependant, ce dernier se redressa majestueusement dans des poses Jules Césaresques, et se racla encore la gorge. Il dit : « C’est bon, ça va, vous avez gagné. Allez-y, passez, de toute façon je vois bien que vous vous ennuyez avec moi. Enfin, c’était tout de même sympa, ce petit moment en collectivité. » Gaston de la Narcolepsie le remercia avec beaucoup de respect ; Mozzarella et White Spirit le saluèrent avec un peu moins de considération et passèrent le cap avec un grand sourire. Fixed Satellite ne se retourna pas. Il scrutait de nouveau l’horizon, tandis que les trois équipiers se trouvaient un peu plus loin nez à nez avec le panneau WELCOME TO SO EASY.

DESERT 66 ROUTE IS SO FUNKY
White Spirit traça minutieusement une jolie marelle dans le sable. Puis il roula son foulard en boule, et commença à jouer. Gaston et Mozzarella s’étaient mis en retrait, afin d’assister à la scène sans perturber le joueur. Quant à Fixed Satellite, il était toujours sur ses cagettes, mais on pouvait remarquer que son buste était légèrement penché en avant, et qu’il observait le déroulement des opérations avec l’acuité d’un arbitre. En fait, il jubilait. C’était tellement agréable d’avoir trois personnes tributaires de son bon vouloir. Enfin une petite satisfaction dans ce job pourri.
White Spirit avançait progressivement, avec une méthode prudente, calculant le moindre geste, se concentrant pour le moindre coup. A tout moment, il pouvait échouer et se retrouver à jouer à la bataille navale ou au strip-poker. Cette idée le motivait d’autant plus pour réussir du premier coup. Il fallait être malin ; l’épreuve n’était pas si évidente. Le sable se mouvait assez facilement, et y sauter à cloche-pied n’était pas une partie de plaisir. Sans compter le fait que le foulard pouvait à tout moment atterrir sur une autre case, et ça, ce serait terrible.
Les minutes s’écoulaient dans une sorte d’insoutenable suspense. Gaston de la Narcolepsie s’abandonna à quelques vers en chuchotant : « Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices ! Suspendez votre cours… » Mozzarella lui écrasa le pied pour le faire taire. « C’est pas le moment, à la fin ! » White Spirit était arrivé au bout de la marelle. Il fallait faire le retour, à présent. De grosses gouttes de sueur coulaient le long de son front, mais il ne lâchait pas prise, il avançait, courageusement, il sentait que le cours des heures suivantes reposait lourdement sur ses épaules, et qu’il se devait de réussir. Fixed Satellite ne cillait plus ; il étudiait la partie dans une sorte de délire hypnotique. La fin du jeu approchait lentement, comme une chose inéluctable. Le foulard allait se poser avec précision sur la case 4, puis 3, puis 2… White Spirit sautait dans des efforts de plus en plus pénibles. Il ne restait qu’une seule case. Un dernier élan de concentration, et il gagnait. Gaston de la Narcolepsie prit la main de Mozzarella et la serra très fort en priant : « Faites que cet imbécile ne perde pas maintenant, faites qu’il ait un semblant d’intelligence jusqu’au bout… » Mozzarella lui écrasa le pied une seconde fois. Mais White Spirit venait d’exécuter avec succès le dernier saut. Fier et épuisé, il se jeta à corps perdu dans le sable en hurlant sa victoire. Mozzarella applaudit énergiquement. Gaston de la Narcolespie n’en revenait pas. Fixed Satellite faisait la tête.
Au bout de quelques instants cependant, ce dernier se redressa majestueusement dans des poses Jules Césaresques, et se racla encore la gorge. Il dit : « C’est bon, ça va, vous avez gagné. Allez-y, passez, de toute façon je vois bien que vous vous ennuyez avec moi. Enfin, c’était tout de même sympa, ce petit moment en collectivité. » Gaston de la Narcolepsie le remercia avec beaucoup de respect ; Mozzarella et White Spirit le saluèrent avec un peu moins de considération et passèrent le cap avec un grand sourire. Fixed Satellite ne se retourna pas. Il scrutait de nouveau l’horizon, tandis que les trois équipiers se trouvaient un peu plus loin nez à nez avec le panneau WELCOME TO SO EASY.
DESERT 66 ROUTE IS SO FUNKY
lundi 16 mars 2009
Fixed Satellite
Pendant que White Spirit vomissait ses tripes à l’arrière de la machine, Gaston de la Narcolepsie chantait à tue-tête sur Aerosmith. Mozzarella regardait au loin avec curiosité, dans l’espoir de voir apparaître quelque chose. Quoi, elle ne savait pas vraiment. Elle guettait. Au bout d’une demi-heure de route, Gaston de la Narcolepsie pointa du doigt un palmier qui se glissait seul dans le décor, avec un petit monticule à son pied, sur lequel semblait se dresser une forme humaine. Mozzarella sentit son pouls s’accélérer. Elle tira énergiquement sur la manche de White Spirit – « c’est le moment, c’est lui ! » pensait-elle – , dont la tête s’était quasiment abandonnée à l’extérieur de la voiture. Gaston de la Narcolepsie baissa le son et murmura solennellement : « Nous y voilà ».
En quelques minutes à peine, ils arrivèrent au point sus indiqué. Au bas du palmier se tenait un homme drapé de bleu, sur un minutieux empilage de cagettes à légumes. Le palmier lui faisait un peu d’ombre, mais pas assez pour qu’il soit complètement abrité du soleil. On ne voyait que ses yeux et son nez. Mozzarella pensa qu’il devait mourir de chaud dans son accoutrement – « Il n’y a jamais quelqu’un qui lui a expliqué le coup de la saharienne ? Ils sont pas cool, entre péquenots du désert ! ».
Gaston de la Narcolepsie descendit de la machine en rageant autant que la précédente fois. Il donna un coup de pied sur la portière - et des vis et des ressorts roulèrent sur le sable - , puis il s’avança à pas réguliers vers l’homme en bleu, qui fixait la fine équipe d’un regard translucide. Arrivé près de lui, Gaston s’inclina légèrement et dit : « Oh Grand Prêtre des Sables, je suis honoré de te retrouver. Voici mes co-équipiers, Mozzarella et White Spirit, qui ont fait un long voyage pour remettre les idées en place à un élu du hasard. » L’homme en bleu ne bougea pas, ni ne répondit. Gaston se tourna alors vers Mozzarella et White Spirit, qui regardaient l’homme d’un air incrédule. « Co-équipiers – et White Spirit marmonna quelque chose comme flambeur ! dans sa barbe – voici le Grand Prêtre des Sables, plus couramment nommé Fixed Satellite, car il ne bouge jamais. C’est le douanier du désert. Il va décider de notre passage en terre de So Easy, où se trouve Don Superhéro – il n’a vraiment pas perdu l’Ouest celui-là, d’ailleurs, tout de même ! Quelle judicieuse idée d’être parti en vacances dans ce coin, on ne peut pas être plus peinard ! » Gaston se tourna à nouveau vers Fixed Satellite, et ajouta : « Grand Prêtre des Sables, mon visa a expiré il y a deux mois. Je n’ai pas eu le temps de le faire renouveler, car il m’a fallu partir précipitamment. Tu sais à quel point il est important pour moi de passer aujourd’hui. Mes co-équipiers n’ont pas non plus de papiers ; plusieurs jours se sont écoulés depuis qu’ils sont partis, ils s’orientent sur les dunes à l’aveuglette et sont usés, et Thomas Hawk du Coconut Bar ne leur a rien dit pour les formalités administratives. Je suis sûr qu’il avait encore refait des intraveineuses de morphine. Je t’en prie, ô grand Fixed Satellite, serais-tu prêt à nous faire l’infini honneur de nous laisser passer ? »
Fixed Satellite ne répondit rien. Il bougea juste ses yeux translucides en diagonale, puis cligna, répéta deux fois son tic. Il inspira fortement, remua le nez, éternua. On entendit un raclement de gorge. Enfin, une bouche sembla articuler derrière le tissu qui couvrait le bas de son visage. « Nothing to declare ? » White Spirit partit dans un grand éclat de rire. « Si, mon vieux. Trois paires de chaussettes sales, un quart de Bounty et un cousin mégalo ! Sans blague, il est drôle, lui, non ? » Gaston de la Narcolepsie se prit la tête entre les mains, et Mozzarella s’arracha les cheveux. Fixed Satellite, qui était déjà bien bronzé, vira au rouge. « Ecoutez, les mecs. Vingt ans que je me prends la tête à réfléchir tout seul sur mes cagettes. Un vieil ancêtre qui m’a refilé ce job, dans l’esprit descendance oblige. Et une place en or, qu’il disait, le salaud ! Que je serais payé à rien faire, que c’était un boulot au calme, sans problèmes de hiérarchie et de type mal embouché à qui rendre des comptes, tu parles ! J’ai un cocotier débile à qui parler toute la journée, et qui en deux décennies a jamais été fichu de me dire bonjour ! Je croise tous les trente-six du mois un tondu et trois pelés qui ont tous la même rengaine, j’ai pas mon visa, c’est pas ma faute, allez soyez sympa, et moi, toujours, je me fais avoir ! Je me dis allez, c’est bon, pour cette fois. Mais aujourd’hui, il y en a marre ! Je vais pas vous laisser passer comme ça, alors qu’à Kennedy Airport il y a deux heures d’attente à la douane ! » Gaston de la Narcolepsie perdit son air détendu. Il regarda Fixed Stallite avec inquiétude, et dit : « Mais alors, qu’est-ce qu’on fait ? » Les yeux de Fixed Satellite se plissèrent, comme s’il souriait. « Une marelle. »
En quelques minutes à peine, ils arrivèrent au point sus indiqué. Au bas du palmier se tenait un homme drapé de bleu, sur un minutieux empilage de cagettes à légumes. Le palmier lui faisait un peu d’ombre, mais pas assez pour qu’il soit complètement abrité du soleil. On ne voyait que ses yeux et son nez. Mozzarella pensa qu’il devait mourir de chaud dans son accoutrement – « Il n’y a jamais quelqu’un qui lui a expliqué le coup de la saharienne ? Ils sont pas cool, entre péquenots du désert ! ».
Gaston de la Narcolepsie descendit de la machine en rageant autant que la précédente fois. Il donna un coup de pied sur la portière - et des vis et des ressorts roulèrent sur le sable - , puis il s’avança à pas réguliers vers l’homme en bleu, qui fixait la fine équipe d’un regard translucide. Arrivé près de lui, Gaston s’inclina légèrement et dit : « Oh Grand Prêtre des Sables, je suis honoré de te retrouver. Voici mes co-équipiers, Mozzarella et White Spirit, qui ont fait un long voyage pour remettre les idées en place à un élu du hasard. » L’homme en bleu ne bougea pas, ni ne répondit. Gaston se tourna alors vers Mozzarella et White Spirit, qui regardaient l’homme d’un air incrédule. « Co-équipiers – et White Spirit marmonna quelque chose comme flambeur ! dans sa barbe – voici le Grand Prêtre des Sables, plus couramment nommé Fixed Satellite, car il ne bouge jamais. C’est le douanier du désert. Il va décider de notre passage en terre de So Easy, où se trouve Don Superhéro – il n’a vraiment pas perdu l’Ouest celui-là, d’ailleurs, tout de même ! Quelle judicieuse idée d’être parti en vacances dans ce coin, on ne peut pas être plus peinard ! » Gaston se tourna à nouveau vers Fixed Satellite, et ajouta : « Grand Prêtre des Sables, mon visa a expiré il y a deux mois. Je n’ai pas eu le temps de le faire renouveler, car il m’a fallu partir précipitamment. Tu sais à quel point il est important pour moi de passer aujourd’hui. Mes co-équipiers n’ont pas non plus de papiers ; plusieurs jours se sont écoulés depuis qu’ils sont partis, ils s’orientent sur les dunes à l’aveuglette et sont usés, et Thomas Hawk du Coconut Bar ne leur a rien dit pour les formalités administratives. Je suis sûr qu’il avait encore refait des intraveineuses de morphine. Je t’en prie, ô grand Fixed Satellite, serais-tu prêt à nous faire l’infini honneur de nous laisser passer ? »
Fixed Satellite ne répondit rien. Il bougea juste ses yeux translucides en diagonale, puis cligna, répéta deux fois son tic. Il inspira fortement, remua le nez, éternua. On entendit un raclement de gorge. Enfin, une bouche sembla articuler derrière le tissu qui couvrait le bas de son visage. « Nothing to declare ? » White Spirit partit dans un grand éclat de rire. « Si, mon vieux. Trois paires de chaussettes sales, un quart de Bounty et un cousin mégalo ! Sans blague, il est drôle, lui, non ? » Gaston de la Narcolepsie se prit la tête entre les mains, et Mozzarella s’arracha les cheveux. Fixed Satellite, qui était déjà bien bronzé, vira au rouge. « Ecoutez, les mecs. Vingt ans que je me prends la tête à réfléchir tout seul sur mes cagettes. Un vieil ancêtre qui m’a refilé ce job, dans l’esprit descendance oblige. Et une place en or, qu’il disait, le salaud ! Que je serais payé à rien faire, que c’était un boulot au calme, sans problèmes de hiérarchie et de type mal embouché à qui rendre des comptes, tu parles ! J’ai un cocotier débile à qui parler toute la journée, et qui en deux décennies a jamais été fichu de me dire bonjour ! Je croise tous les trente-six du mois un tondu et trois pelés qui ont tous la même rengaine, j’ai pas mon visa, c’est pas ma faute, allez soyez sympa, et moi, toujours, je me fais avoir ! Je me dis allez, c’est bon, pour cette fois. Mais aujourd’hui, il y en a marre ! Je vais pas vous laisser passer comme ça, alors qu’à Kennedy Airport il y a deux heures d’attente à la douane ! » Gaston de la Narcolepsie perdit son air détendu. Il regarda Fixed Stallite avec inquiétude, et dit : « Mais alors, qu’est-ce qu’on fait ? » Les yeux de Fixed Satellite se plissèrent, comme s’il souriait. « Une marelle. »
vendredi 13 mars 2009
Invité surprise
« Gaston de la Narcolepsie ! Ca alors ! Mais que faites-vous ici ? » Mozzarella le regardait avec des yeux écarquillés. « Si j’avais pu imaginer un instant vous retrouver là, en plein désert ! C’est extraordinaire, vraiment, les grands esprits se rencontrent ! » Gaston de la Narcolepsie descendit de son engin avec quelques difficultés, en râlant contre les phares qui s’éteignaient sans arrêt – bien qu’il fît grand jour – et contre les portes rouillées dans lesquelles du sable s’était incrusté. « A vrai dire, Mozza, j’ai moi-même pris la décision de vous venir en aide. J’ai eu vent de votre détermination quant à la quête de Don Superhéro. Les nouvelles vont vite. Et comme je me suis dit que mon cousin ne pourrait pas assurer jusqu’au bout (il jeta un regard en biais à White Spirit), j’ai pris la décision de vous donner un dernier coup de main. D’autant plus que j’ai trouvé un traitement révolutionnaire contre la narcolepsie, et si je le prends raisonnablement, je peux parvenir à me tenir éveillé jusqu’à cinq heures d’affilée ! N’est-ce pas extraordinaire, ça ? Quel progrès! » Et tandis qu’il affichait un sourire de dents blanches et brillantes, il ouvrait ses grands yeux de professeur intelligent.
White Spirit s’était tu jusqu’ici. Il n’avait, à vrai dire, pas même regardé son cousin dans les yeux. Il avait laissé son regard se perdre dans les creux et les bosses des dunes, et attendait qu’on le sonne. Gaston de la Narcolepsie s’avança jusqu’à lui, frappa dans ses mains pour faire un petit claquement sec, qui fit sursauter White Spirit, puis dit : « Allez, en voiture ! Tout le monde à bord ! Embarquement immédiat ! Les retardataires ne seront pas remboursés ! Merci de bien vouloir signaler au contrôleur tout colis qui vous semblerait suspect ! Ceci n’est pas un entraînement ! » Mozzarella monta énergiquement dans la machine et s’installa sur le siège arrière. Mais White Spirit restait à l’écart, sans bouger. Gaston de la Narcolepsie s’impatientait : « Alors, tu viens, cousin ? Non, ça y est, c’est là que tu deviens casse-pieds ? On va pas encore mettre quinze ans pour embarquer ! La dernière fois que tu m’as fait le coup, tu avais douze ans et tu portais des bretelles ! Ca suffit maintenant, t’as grandi, t’as fait tes preuves, alors monte et dépêche-toi ! » White Spirit marmonnait de manière incompréhensible. Gaston tapait du pied : « Et si tu as quelque chose à dire, parle ! Comme si il ne faisait pas assez chaud ici et que l’air ne nous tapait pas sur le système ! Et puis zut, tiens ! Je m’agace à parler aussi mal ! Quand je pense à mes conférences chez les guindés, où j’articule à m’en décrocher la mâchoire et où je fais preuve d’une certaine force littéraire, il suffit que je me retrouve entre deux pâtés de sable avec mon demeuré de cousin pour que je me mette à m’exprimer comme un poissonnier ! Et même un poissonnier s’en tirerait mieux, nom d’un chien ! Alors, tu cesses de nous impatienter, oui ou non ? » White Spirit faisait des dessins dans le sable avec son pied sans répondre. Mozzarella prit un coup de chaud : « Mais enfin, White Spirit ! Tu n’es même pas content de faire un bout de chemin en voiture ? Gaston de la Narcolepsie est tout de même fort sympathique de s’être donné tout ce mal pour nous retrouver et nous venir en aide ! Tu pourrais au moins le remercier ! Et puis monte, à la fin ! Ca nous reposera un peu. » White Spirit donna alors un grand coup de pied dans le sable en hurlant : « J’AI LE MAL DES TRANSPORTS ! VOILÀ CE QU’IL Y A ! JE NE SUPPORTE PAS, JE VOMIS TOUJOURS ! ET ENCORE PLUS DANS LES ESPÈCES D’ENGINS DIABOLIQUES DE GASTON, SALETÉS, J’AI TOUJOURS ÉTÉ OBLIGÉ D’Y MONTER, PAR LA FORCE DES CHOSES, ET SURTOUT À CAUSE DE SON CARACTÈRE DE COCHON ! JE ME SUIS JURÉ IL Y A BIEN LONGTEMPS DE NE PLUS METTRE UN PIED DANS UNE SEULE DE SES INVENTIONS ! ET PUIS, IL ME PARLE TOUT LE TEMPS MAL, À LA FIN ! JE SUIS PAS SON BOURRICOT ! » Mozzarella hallucinait de la scène. White Spirit essuyait de grosses larmes de rage, et Gaston de la Narcolepsie soupirait avec désespoir en se tapant la tête contre ce qui lui servait de volant. Mozzarella dit : « Ecoutez, les histoires de famille, je propose qu’on les oublie pour le moment. Faites preuve de diplomatie, les enfants. Chacun ses problèmes trans-générationnels. J’ignore quels sont les liens que vous avez tissés étant gosses, mais au pire, consultez en rentrant, et tout s’arrangera. On y va ? » Gaston de la Narcolepsie mit le moteur en marche, et White Spirit , dans un dernier effort, s’avança jusqu’à la machine et se hissa sur le siège, déjà vert.
White Spirit s’était tu jusqu’ici. Il n’avait, à vrai dire, pas même regardé son cousin dans les yeux. Il avait laissé son regard se perdre dans les creux et les bosses des dunes, et attendait qu’on le sonne. Gaston de la Narcolepsie s’avança jusqu’à lui, frappa dans ses mains pour faire un petit claquement sec, qui fit sursauter White Spirit, puis dit : « Allez, en voiture ! Tout le monde à bord ! Embarquement immédiat ! Les retardataires ne seront pas remboursés ! Merci de bien vouloir signaler au contrôleur tout colis qui vous semblerait suspect ! Ceci n’est pas un entraînement ! » Mozzarella monta énergiquement dans la machine et s’installa sur le siège arrière. Mais White Spirit restait à l’écart, sans bouger. Gaston de la Narcolepsie s’impatientait : « Alors, tu viens, cousin ? Non, ça y est, c’est là que tu deviens casse-pieds ? On va pas encore mettre quinze ans pour embarquer ! La dernière fois que tu m’as fait le coup, tu avais douze ans et tu portais des bretelles ! Ca suffit maintenant, t’as grandi, t’as fait tes preuves, alors monte et dépêche-toi ! » White Spirit marmonnait de manière incompréhensible. Gaston tapait du pied : « Et si tu as quelque chose à dire, parle ! Comme si il ne faisait pas assez chaud ici et que l’air ne nous tapait pas sur le système ! Et puis zut, tiens ! Je m’agace à parler aussi mal ! Quand je pense à mes conférences chez les guindés, où j’articule à m’en décrocher la mâchoire et où je fais preuve d’une certaine force littéraire, il suffit que je me retrouve entre deux pâtés de sable avec mon demeuré de cousin pour que je me mette à m’exprimer comme un poissonnier ! Et même un poissonnier s’en tirerait mieux, nom d’un chien ! Alors, tu cesses de nous impatienter, oui ou non ? » White Spirit faisait des dessins dans le sable avec son pied sans répondre. Mozzarella prit un coup de chaud : « Mais enfin, White Spirit ! Tu n’es même pas content de faire un bout de chemin en voiture ? Gaston de la Narcolepsie est tout de même fort sympathique de s’être donné tout ce mal pour nous retrouver et nous venir en aide ! Tu pourrais au moins le remercier ! Et puis monte, à la fin ! Ca nous reposera un peu. » White Spirit donna alors un grand coup de pied dans le sable en hurlant : « J’AI LE MAL DES TRANSPORTS ! VOILÀ CE QU’IL Y A ! JE NE SUPPORTE PAS, JE VOMIS TOUJOURS ! ET ENCORE PLUS DANS LES ESPÈCES D’ENGINS DIABOLIQUES DE GASTON, SALETÉS, J’AI TOUJOURS ÉTÉ OBLIGÉ D’Y MONTER, PAR LA FORCE DES CHOSES, ET SURTOUT À CAUSE DE SON CARACTÈRE DE COCHON ! JE ME SUIS JURÉ IL Y A BIEN LONGTEMPS DE NE PLUS METTRE UN PIED DANS UNE SEULE DE SES INVENTIONS ! ET PUIS, IL ME PARLE TOUT LE TEMPS MAL, À LA FIN ! JE SUIS PAS SON BOURRICOT ! » Mozzarella hallucinait de la scène. White Spirit essuyait de grosses larmes de rage, et Gaston de la Narcolepsie soupirait avec désespoir en se tapant la tête contre ce qui lui servait de volant. Mozzarella dit : « Ecoutez, les histoires de famille, je propose qu’on les oublie pour le moment. Faites preuve de diplomatie, les enfants. Chacun ses problèmes trans-générationnels. J’ignore quels sont les liens que vous avez tissés étant gosses, mais au pire, consultez en rentrant, et tout s’arrangera. On y va ? » Gaston de la Narcolepsie mit le moteur en marche, et White Spirit , dans un dernier effort, s’avança jusqu’à la machine et se hissa sur le siège, déjà vert.
jeudi 12 mars 2009
Interlude / Tut tudu tut
- Entre nous, Germaine, tu crois vraiment que si on avait vécu à cette époque, et traversé la crise, Pharaon aurait pris de bonnes décisions pour le peuple ? Parfois, je me dis que Sarkozy a moins la folie des grandeurs. Rien que le coup des pyramides, c’était gonflant…
- Je n’en sais rien, Claudette. Peut-être que Sarko n’est pas fan des triangles, mais il mériterait qu’on lui fasse la tête au carré.
- Ah ah.
- Je savais qu’elle faisait toujours rire celle-ci.
- T’as pas changé Germaine. Même en repro, t’es toujours aussi tordante.
- J’étais quand même accusée de délit de sale gueule, avant.
- On t’a retrouvée où, toi ?
- Dans le tombeau d’un de ces fous, je ne te raconte pas, c’était Beyrouth, complètement coincée entre une Isis en or et un Osiris en terre cuite, je voulais consulter un ostéo en sortant mais pas le temps de dire ouf, il a fallu tout de suite se rendre au centre de moulage.
- T’as pas de chance. Moi, on m’a retrouvée au Louvre. Des types avec des cagoules noires et des lampes torches. Ils m’ont découverte dans une vitrine. C’est là où remonte mon dernier souvenir, je suis sûre qu’ils m’ont droguée pour que j’oublie, ces enfoirés.
- T’en fais pas, Claudette. On finira bien par avoir le fin mot de l’histoire. Dors, maintenant, il faut que nous reprenions des forces.
- Pourquoi faire ?
- Ah oui c’est vrai. Non, pour rien.
- Bonne fin de matinée, Germaine.
- Oui, à toi aussi, Claudette.
jeudi 5 mars 2009
Tout près du but à l'Ouest
Mozzarella avait passé une nuit horrible. Certes, sans doute moins douloureuse que celle de White Spirit, qui poussait des hurlements intempestifs à cause des épines de cactus qu’il n’était pas parvenu à retirer entièrement de ses fesses, mais tout de même, ses cris avaient achevé de briser les tympans de Mozzarella. Les premières couleurs de l’aube apparaissaient déjà, et elle se demandait comment ils allaient faire pour reprendre la route alors que ni l’un ni l’autre ne s’était reposé. C’était sans bien sûr compter sur l’admirable courage de White Spirit, qui ne cessait de répéter : « C’est pas parce que Papa a fait l’Indochine que je dois être aussi valeureux que lui, ça finit par être lourd, ces a priori sur l’hérédité ! Je ne vais pas continuer à souffrir en silence comme un soldat rescapé alors que j’ai l’impression qu’on vient de me passer au massicot ! Mission débile, ce Don Superhéro me gonfle, mais alors me gonfle ! » Et tout en sortant péniblement de son sac de couchage, il continuait de bougonner et de jurer. « Et en plus, au top les dunes pour s’allonger ! Soit la tête en bas, soit les pieds ! Ils ont jamais étudié la question des campeurs et la loi de la pesanteur, les ingénieurs des ponts et chaussées ? P = mg ça leur dit rien ? Faut être sacrément tarte pour avoir créé un sol comme ça ! Des acharnés de la conceptualisation ultra moderne, voilà ce que j’en dis moi ! Revendication d’une fibre créatrice, tu parles ! Tous les mêmes, une bande de mégalos pompeux applaudis par des imbéciles ! Ah, mais c’est qu’elle devait être sympa, la cérémonie d’ouverture du désert ! Je les entends encore s’exclamer : C’est incroyable, une bosse ! Oh, et là, un creux ! Tu m’étonnes que les journalistes ont dû prendre leur pied ! A la une : Grandes Pompes en Tongs ! Je me marre, tiens ! »
Mozzarella préparait ses affaires en silence, et laissait White Spirit à ses élucubrations. Elle savait que Don Superhéro était tout près, et qu’il fallait économiser de l’énergie, car le simple fait de le retrouver n’était pas une fin en soi ; le plus important était de le convaincre d’agir pour les gens qui en avaient besoin. Mozzarella fit un léger signe à White Spirit pour le signal du départ, qui lui emboîta le pas tandis qu’il achevait son speech. Elle était déterminée à trouver rapidement Don Superhéro, à présent. Elle ne voulait pas encore subir une journée harassante dans le désert. Son but était de pouvoir rentrer chez elle et écrire ses mémoires. Elle cherchait déjà un titre original : « Souvenirs » ou « Autobiographie » ou encore « Passé ». Tant de mots forts et percutants, que personne n’avait auparavant employés pour raconter sa vie.
Ils marchèrent deux ou trois heures. Alors qu’il commençait à faire très chaud, White Spirit agrippa brusquement la manche de Mozzarella et dit : « Regarde, Mozza. Il y a quelque chose là-bas. » Mozzarella tourna la tête. « Tiens, c’est vrai. Allons voir. » Ils s’avancèrent précipitamment. Un panneau indicateur les attendait, sur lequel une simple formule était gravée : « PAR LÀ ». Selon la carte que Mozzarella avait hâtivement sortie de son sac, il fallait se diriger vers des points dangereux, où étaient signalés des sables mouvants. White Spirit devint blême. Il jeta violemment son sac au sol, s’assit dessus, et se prit la tête dans les mains : « Je craque ! Je n’en peux plus ! C’est fini ! C’est terrible Mozza ! Don Superhéro n’existe pas, voilà le problème ! On nous mène en bateau depuis le début, j’en suis sûr ! » Mais si White Spirit virait au blanc, Mozzarella avait vu rouge, et se mit à hurler : « Ecoute, White Spirit. Nous sommes forts et vaillants. Nous sommes presque arrivés au bout de nos peines. Maintenant que nous sommes tout près du but, nous n’allons pas abandonner. Je commence à comprendre pourquoi il fallait que je me méfie de toi. Rongé par l’incapacité à aller au bout des choses, hein ? Ne me fais pas le coup du névrosé qui renonce quand il va obtenir ce qu’il veut. On y est, on y reste. Après tu auras des tas de choses à raconter à tes petits copains du Coconut Bar, alors prends sur toi une dernière fois. »
C’est alors qu’un bruit de klaxon retentit derrière eux. Ils se tournèrent brusquement, et découvrirent une machine extraordinaire, avec un type encore plus extraordinaire dedans, qui leur faisait de grands signes d’ahuri.

DESERT ROUTE 66
Mozzarella préparait ses affaires en silence, et laissait White Spirit à ses élucubrations. Elle savait que Don Superhéro était tout près, et qu’il fallait économiser de l’énergie, car le simple fait de le retrouver n’était pas une fin en soi ; le plus important était de le convaincre d’agir pour les gens qui en avaient besoin. Mozzarella fit un léger signe à White Spirit pour le signal du départ, qui lui emboîta le pas tandis qu’il achevait son speech. Elle était déterminée à trouver rapidement Don Superhéro, à présent. Elle ne voulait pas encore subir une journée harassante dans le désert. Son but était de pouvoir rentrer chez elle et écrire ses mémoires. Elle cherchait déjà un titre original : « Souvenirs » ou « Autobiographie » ou encore « Passé ». Tant de mots forts et percutants, que personne n’avait auparavant employés pour raconter sa vie.
Ils marchèrent deux ou trois heures. Alors qu’il commençait à faire très chaud, White Spirit agrippa brusquement la manche de Mozzarella et dit : « Regarde, Mozza. Il y a quelque chose là-bas. » Mozzarella tourna la tête. « Tiens, c’est vrai. Allons voir. » Ils s’avancèrent précipitamment. Un panneau indicateur les attendait, sur lequel une simple formule était gravée : « PAR LÀ ». Selon la carte que Mozzarella avait hâtivement sortie de son sac, il fallait se diriger vers des points dangereux, où étaient signalés des sables mouvants. White Spirit devint blême. Il jeta violemment son sac au sol, s’assit dessus, et se prit la tête dans les mains : « Je craque ! Je n’en peux plus ! C’est fini ! C’est terrible Mozza ! Don Superhéro n’existe pas, voilà le problème ! On nous mène en bateau depuis le début, j’en suis sûr ! » Mais si White Spirit virait au blanc, Mozzarella avait vu rouge, et se mit à hurler : « Ecoute, White Spirit. Nous sommes forts et vaillants. Nous sommes presque arrivés au bout de nos peines. Maintenant que nous sommes tout près du but, nous n’allons pas abandonner. Je commence à comprendre pourquoi il fallait que je me méfie de toi. Rongé par l’incapacité à aller au bout des choses, hein ? Ne me fais pas le coup du névrosé qui renonce quand il va obtenir ce qu’il veut. On y est, on y reste. Après tu auras des tas de choses à raconter à tes petits copains du Coconut Bar, alors prends sur toi une dernière fois. »
C’est alors qu’un bruit de klaxon retentit derrière eux. Ils se tournèrent brusquement, et découvrirent une machine extraordinaire, avec un type encore plus extraordinaire dedans, qui leur faisait de grands signes d’ahuri.
DESERT ROUTE 66
mardi 17 février 2009
In the mood for White Spirit
Après que l’assemblée de cow-boys ait encouragé Mozzarella à retrouver au plus vite Superhéro, elle avait rapidement quitté les lieux, suivie de près par White Spirit. Thomas Hawk leur avait donné des vivres pour tenir encore quelques jours et une grande carte du désert. Mozzarella se réjouissait de voir son sac à nouveau rempli de gâteaux et de chips, et s’était fait une raison au sujet de White Spirit – « Si ce type doit m’accompagner, autant que ça se passe bien, je n’ai pas envie d’un pugilat au milieu de deux cactus. » D’ailleurs, White Spirit n’avait pas l’air si méchant que ça. Il bougonnait simplement toutes les cinq minutes et réclamait avec insistance sa bouteille de Coca Light dès qu’une goutte de sueur dégoulinait dans son cou. Mis à part ce comportement bizarre, White Spirit était du genre sympa et racontait des blagues assez drôles. Et puis, il en connaissait un rayon. White Spirit n’avait pas toujours été cow-boy. Il travaillait dans la finance, en Europe, et avait tout plaqué pour venir dans ces lieux reculés, garder les vaches et régler régulièrement ses comptes avec une carabine, comme l’exige le fonctionnement des gens d’ici. Il était très caractériel auparavant – son père avait fait la guerre d’Indochine et l’avait élevé à coups de crosse et de manuels de droit fiscal – mais il avait appris à se modérer et se mesurer avec le temps. Il était abonné à Marianne et l’Express ; malheureusement les services de la poste avaient récemment abandonné toute idée de continuer à livrer colis et lettres dans le coin, parce que le patron du Coconut Bar, toujours saoul, les accueillait par des coups de feu depuis le paillasson du pub. C’était du reste le cosmonaute qui le raisonnait perpétuellement et qui finissait par le coucher tous les jours en milieu d’après-midi. White Spirit vivait dans une bicoque à quelques centaines de mètres du Coconut Bar, à la lisière de la palmeraie ; il n’avait ramené qu’une seule chose de sa vie d’avant, c’était sa platine de vinyles ; il écoutait en boucle Elvis Presley, Nancy Sinatra et aussi Britney Spears, à qui il vouait une profonde admiration. White Spirit avait lu tout Proust, compris Nietzsche et Kant très jeune, et joué cinquante-sept fois dans sa vie à l’Euromillions. Enfin, il était arrivé gagnant de la compétition de Trimini en remportant successivement les victoires en baby-foot, mini-golf et ping-pong.
Mozzarella était de plus en plus impressionnée par tout ce qu’elle découvrait chez son acolyte. Cela faisait des heures et des heures qu’ils marchaient sans qu’elle se soit aperçue que le temps s’était écoulé. Le soleil était en train de se coucher et White Spirit décréta qu’il était temps de faire du feu. Il dit : « Demain, nous devrons nous lever à l’aube, Mozza. Nous sommes tout proches de Superhéro. Il va nous en faire voir de toutes les couleurs, avec son caractère bidon, et il faudra lui remettre les idées en place pour sauver les gens sur notre planète. D’autant plus que j’ai un cousin qui, en ce moment même, se fait martyriser par son poisson rouge, le pauvre l’a ramené de terre de côte d’Azur sans savoir que la bestiole, d’un bon mètre maintenant, venait tout droit du Pacifique et grandirait jusqu’à qu’il lui pousse des crocs et des épines. Pauvre Gaston, c’est terrifiant d’en arriver là, tout ça pour un article débile sur la pollution ! »
Mozzarella n’en croyait pas ses oreilles. Interloquée, elle finit par balbutier : « Mais vous êtes le cousin de Gaston de la Narcolepsie ? C’est incroyable, c’est lui-même qui m’a appris l’existence de Don Superhéro ! C’est fantastique, comme le monde est petit, et les destinées grandes ! »
White Spirit alluma une cigarette. Il voulut prendre une pause de cow-bad-boy (qu’un vieil oncle Clint lui avait apprise pour jouer les blasés congénitaux) en s’adossant sur ce qu’il croyait être un mur (sans apparemment se souvenir qu’il n’y en avait pas, de murs, dans le désert) et réalisa, au moment même où il laissait s’alourdir son corps, qu’il était juste parvenu à se planter le verso dans un cactus.
Mozzarella était de plus en plus impressionnée par tout ce qu’elle découvrait chez son acolyte. Cela faisait des heures et des heures qu’ils marchaient sans qu’elle se soit aperçue que le temps s’était écoulé. Le soleil était en train de se coucher et White Spirit décréta qu’il était temps de faire du feu. Il dit : « Demain, nous devrons nous lever à l’aube, Mozza. Nous sommes tout proches de Superhéro. Il va nous en faire voir de toutes les couleurs, avec son caractère bidon, et il faudra lui remettre les idées en place pour sauver les gens sur notre planète. D’autant plus que j’ai un cousin qui, en ce moment même, se fait martyriser par son poisson rouge, le pauvre l’a ramené de terre de côte d’Azur sans savoir que la bestiole, d’un bon mètre maintenant, venait tout droit du Pacifique et grandirait jusqu’à qu’il lui pousse des crocs et des épines. Pauvre Gaston, c’est terrifiant d’en arriver là, tout ça pour un article débile sur la pollution ! »
Mozzarella n’en croyait pas ses oreilles. Interloquée, elle finit par balbutier : « Mais vous êtes le cousin de Gaston de la Narcolepsie ? C’est incroyable, c’est lui-même qui m’a appris l’existence de Don Superhéro ! C’est fantastique, comme le monde est petit, et les destinées grandes ! »
White Spirit alluma une cigarette. Il voulut prendre une pause de cow-bad-boy (qu’un vieil oncle Clint lui avait apprise pour jouer les blasés congénitaux) en s’adossant sur ce qu’il croyait être un mur (sans apparemment se souvenir qu’il n’y en avait pas, de murs, dans le désert) et réalisa, au moment même où il laissait s’alourdir son corps, qu’il était juste parvenu à se planter le verso dans un cactus.
samedi 14 février 2009
Un peu plus à l'Ouest
C’est en fin de journée, un peu plus à l’Ouest, alors que le soleil se couchait, que Mozzarella, épuisée et sans ravitaillement, aperçut un alignement de palmiers, tout au bout du désert. Alors qu’elle avait eu quelques doutes tout au long de la journée et qu’elle avait même réussi à s’emporter contre l’auteur inconnu du bout de papier – franchement, un peu plus à l’Ouest ! Tout le monde peut aller un peu plus à l’Ouest, mais comment distinguer le « un peu plus » du « un peu trop » ? Société de fous, même en plein désert ils trouvent encore le moyen de rendre les gens dingues avec leurs indications à la noix ! C’est pas comme si je réclamais un plan détaillé de Paris ! Pardon, pour aller à la station Carcasse-Cactus, il vaut mieux que je monte à Dune-Est ou Oasis-Plage? – elle voyait enfin les premiers signes de vie réapparaître, et, si elle tendait bien l’oreille, elle pouvait même percevoir un fond de musique.
Mozzarella courut presque jusqu’à la palmeraie – ce qui n’était pas pratique, car, comme tout le monde le sait, courir dans le sable est une performance technique, et son marathon ressemblait davantage à une poursuite avec une jambe cassée dans Jurassic Park qu’à une véritable scène de péplum – et lorsqu’elle arriva à la hauteur du premier palmier, elle s’écroula de fatigue sur le sol. La musique était maintenant très forte ; on distinguait à travers les feuillages l’enseigne rose et verte d’un grand Pub, le Coconut Bar. Mozzarella trouva que c’était très original pour un nom de pub dans le désert, et suite à cette hasardeuse réflexion, elle se mit énergiquement debout, épousseta ses vêtements, et s’avança promptement jusqu’au pub.
A l’entrée, un cosmonaute surveillait la porte. Dès qu’il vit Mozzarella, il dit : « Ah, vous devez être Mozza, suivez-moi, on vous attend. » Et sans que Mozzarella ait eu besoin de dire le moindre mot, il la prit par la main et l’emmena à l’intérieur.
Le pub était noir de monde. Mozzarella essaya de distinguer des visages, mais il faisait trop sombre. Le cosmonaute la conduisit jusqu’à une porte au bout d’un couloir, où était écrit : QG. Il frappa deux petits coups secs, puis, sans un mot, il s’en retourna surveiller l’entrée.
La porte s’ouvrit peu de temps après. Mozzarella découvrit une assemblée de cow-boys autour d’une immense table rectangulaire. La plupart étaient assis nonchalamment, les pieds sur la table, l’harmonica et la cigarette au bec. Mozzarella aperçut tout de suite le chapeau blanc ; il se trouvait sur la tête d’un cow-boy assis tout au bout. Un Indien surgit devant elle : « Venez prendre place dans l’assemblée, Mozza, nous allons vous expliquer le plan. » Mozzarella sentit tout à coup la moutarde lui monter au nez. Le plan ? Quel plan ? Celui des psychotiques de l’aventure, qui s’amusent à laisser des indices à trois heures du matin dans le désert, à côté d’un sac de couchage ? Celui des cosmonautes dépressifs, qui finissent videurs à l’entrée des pubs de palmeraie parce qu’ils ne percevaient pas leurs RTT sur Mars ? Celui des eunuques à l’harmonica, qui zonent dans le premier bar venu parce qu’ils se sont fait jeter par le pasteur de la congrégation de la paternité ? Non, vraiment, c’en était trop. Mozzarella se disait qu’elle n’avait pas pu faire toute la traversée du désert pour cela.
Elle regarda l’Indien qui lui tendait chaleureusement la main ; il dit simplement : « Ne vous inquiétez pas, vous êtes près du but. Nous allons tout vous expliquer. Mon nom est Thomas Hawk. » Mozzarella pensa que si c’était une blague, elle n’était pas drôle, mais elle ne dit rien et se contenta de s’asseoir sur le siège qu’on lui présentait. Il poursuivit : « Cette nuit, vous quitterez le QG pour retrouver Don Superhéro. C’est peut-être lui qui a des pouvoirs, mais vous avez été désignée pour lui mettre des coups de pieds aux fesses, qu’il se bouge un peu, ce fainéant. Vous n’êtes pas loin de le trouver. Pour que vous vous sentiez moins seule dans cette mission, White Spirit vous accompagnera. » Le sang de Mozzarella se glaça : Thomas Hawk venait de désigner le cow-boy au chapeau blanc.
Mozzarella courut presque jusqu’à la palmeraie – ce qui n’était pas pratique, car, comme tout le monde le sait, courir dans le sable est une performance technique, et son marathon ressemblait davantage à une poursuite avec une jambe cassée dans Jurassic Park qu’à une véritable scène de péplum – et lorsqu’elle arriva à la hauteur du premier palmier, elle s’écroula de fatigue sur le sol. La musique était maintenant très forte ; on distinguait à travers les feuillages l’enseigne rose et verte d’un grand Pub, le Coconut Bar. Mozzarella trouva que c’était très original pour un nom de pub dans le désert, et suite à cette hasardeuse réflexion, elle se mit énergiquement debout, épousseta ses vêtements, et s’avança promptement jusqu’au pub.
A l’entrée, un cosmonaute surveillait la porte. Dès qu’il vit Mozzarella, il dit : « Ah, vous devez être Mozza, suivez-moi, on vous attend. » Et sans que Mozzarella ait eu besoin de dire le moindre mot, il la prit par la main et l’emmena à l’intérieur.
Le pub était noir de monde. Mozzarella essaya de distinguer des visages, mais il faisait trop sombre. Le cosmonaute la conduisit jusqu’à une porte au bout d’un couloir, où était écrit : QG. Il frappa deux petits coups secs, puis, sans un mot, il s’en retourna surveiller l’entrée.
La porte s’ouvrit peu de temps après. Mozzarella découvrit une assemblée de cow-boys autour d’une immense table rectangulaire. La plupart étaient assis nonchalamment, les pieds sur la table, l’harmonica et la cigarette au bec. Mozzarella aperçut tout de suite le chapeau blanc ; il se trouvait sur la tête d’un cow-boy assis tout au bout. Un Indien surgit devant elle : « Venez prendre place dans l’assemblée, Mozza, nous allons vous expliquer le plan. » Mozzarella sentit tout à coup la moutarde lui monter au nez. Le plan ? Quel plan ? Celui des psychotiques de l’aventure, qui s’amusent à laisser des indices à trois heures du matin dans le désert, à côté d’un sac de couchage ? Celui des cosmonautes dépressifs, qui finissent videurs à l’entrée des pubs de palmeraie parce qu’ils ne percevaient pas leurs RTT sur Mars ? Celui des eunuques à l’harmonica, qui zonent dans le premier bar venu parce qu’ils se sont fait jeter par le pasteur de la congrégation de la paternité ? Non, vraiment, c’en était trop. Mozzarella se disait qu’elle n’avait pas pu faire toute la traversée du désert pour cela.
Elle regarda l’Indien qui lui tendait chaleureusement la main ; il dit simplement : « Ne vous inquiétez pas, vous êtes près du but. Nous allons tout vous expliquer. Mon nom est Thomas Hawk. » Mozzarella pensa que si c’était une blague, elle n’était pas drôle, mais elle ne dit rien et se contenta de s’asseoir sur le siège qu’on lui présentait. Il poursuivit : « Cette nuit, vous quitterez le QG pour retrouver Don Superhéro. C’est peut-être lui qui a des pouvoirs, mais vous avez été désignée pour lui mettre des coups de pieds aux fesses, qu’il se bouge un peu, ce fainéant. Vous n’êtes pas loin de le trouver. Pour que vous vous sentiez moins seule dans cette mission, White Spirit vous accompagnera. » Le sang de Mozzarella se glaça : Thomas Hawk venait de désigner le cow-boy au chapeau blanc.
vendredi 13 février 2009
A l'Ouest
Cela faisait plusieurs jours que Mozzarella marchait à travers le désert. Du reste, elle ne savait pas bien lequel. Elle s’était rendue à l’aéroport, avait demandé le premier avion pour les étendues de sable. La marchande de billets s’était contentée de lui dire : « Voilà, Mozzarella. Vous partez dans une heure. Pensez à faire enregistrer vos bagages, bon voyage. » Il y avait eu seize heures de vol et cinq escales. Pour ceux qui n’étaient pas contents, car leurs habitations ou leurs points de rendez-vous se trouvaient toujours entre deux escales, on les parachutait, à leur demande, au-dessus de leur maison ou au-dessus d’un champ. Mozzarella était impressionnée par la tranquillité de ces gens, qui semblaient être habitués à ce système de débarquement.
Après un atterrissage chaotique, Mozzarella fut lâchée dans le désert avec cinq autres touristes, dont un couple de Suisses qui désiraient faire des fouilles entre le point [X ; 14 ; br32 ; XII] et le point [Y ; 56 ; nh67 ; VII], un policier de la brigade des stupéfiants en vacances, son indic, et une belle femme d’une quarantaine d’années, Mlle Huguetta, qui s’était très vite révélée être complètement dégénérée. Les six personnes s’étaient rapidement divisées pour emprunter quatre directions différentes ; ainsi les Suisses étaient-ils partis au Nord, le policier et son indic à l’Est, Mlle Huguetta au Sud, et Mozzarella à l’Ouest, puisque c’était finalement la seule direction que personne n’avait choisie. Mlle Huguetta avait d’ailleurs fait à ce sujet, une étrange remarque : « Ah, alors c’est vous qui partez à l’Ouest… Ouh la la, vous êtes bien courageuse, Mademoiselle… » Mozzarella aurait bien aimé comprendre ce que Mlle Huguetta sous-entendait, mais cette dernière s’était alors mise à chanter sous le soleil de plomb en exécutant la danse de la pluie. L’indic, qui était médecin dans des temps anciens, avait enregistré des notes au sujet de cette transe : « Dimanche, désert, 16h37, la foldingue réitère après une accalmie pendant le vol, agitation frénétique des membres inférieurs et supérieurs, troubles de la paroles, incantations mystiques, dégénérescence apparemment congénitale, son âge ne dépassant pas les 43 ans. » Puis il avait rangé son petit magnétophone et s’était mis en route, suivant de près le policier. Les Suisses, quant à eux, avaient quitté le petit groupe sur-le-champ, prétextant qu’ils devaient être arrivés avant la tombée de la nuit au premier point [Z ; 98 ; hd45 ; XI], et que la route étaient longue (Mozzarella les soupçonnait en vérité d’être torturés par la faim et de ne pas vouloir faire partager à leurs petits camarades de vol les barres Kinder Bueno qu’elle avait vu dépasser de leur sac en grande quantité).
Tout le monde s’était éloigné ; même Mlle Huguetta avait réussi à faire ses premiers pas vers le Sud en continuant sa danse. Il ne restait plus que des traces de pas sur le sable. Mozzarella avait soupiré, englouti un Bounty et s’était mise en route.
Et voilà, à présent, des jours et des jours que Mozzarella se traînait entre les arbustes morts et les dunes, et toujours rien, pas le moindre indice, pas la moindre trace de Don Superhéro, qui commençait à lui casser sérieusement les pieds, celui-là. Elle continuait, mais avec lassitude, toujours à l’Ouest, sans dévier, et attendait un signe. Il ne lui restait plus qu’un seul Bounty. A la tombée de la nuit, Mozzarella s’était emmitouflée dans son duvet et s’était endormie pleine d'inquiétude.
C’est à son réveil, tandis qu’un coq venu de nulle part s’était mis à lui « Cocorico » plein les oreilles, qu’elle découvrit un petit papier à côté de sa tête où était simplement noté : « Dans douze heures, un peu plus à l’Ouest, QG du Pub, méfiez-vous du chapeau blanc. » Et c’est ainsi que Mozzarella pleine d’espoir, reprit hâtivement sa route, un peu plus à l’Ouest.
Après un atterrissage chaotique, Mozzarella fut lâchée dans le désert avec cinq autres touristes, dont un couple de Suisses qui désiraient faire des fouilles entre le point [X ; 14 ; br32 ; XII] et le point [Y ; 56 ; nh67 ; VII], un policier de la brigade des stupéfiants en vacances, son indic, et une belle femme d’une quarantaine d’années, Mlle Huguetta, qui s’était très vite révélée être complètement dégénérée. Les six personnes s’étaient rapidement divisées pour emprunter quatre directions différentes ; ainsi les Suisses étaient-ils partis au Nord, le policier et son indic à l’Est, Mlle Huguetta au Sud, et Mozzarella à l’Ouest, puisque c’était finalement la seule direction que personne n’avait choisie. Mlle Huguetta avait d’ailleurs fait à ce sujet, une étrange remarque : « Ah, alors c’est vous qui partez à l’Ouest… Ouh la la, vous êtes bien courageuse, Mademoiselle… » Mozzarella aurait bien aimé comprendre ce que Mlle Huguetta sous-entendait, mais cette dernière s’était alors mise à chanter sous le soleil de plomb en exécutant la danse de la pluie. L’indic, qui était médecin dans des temps anciens, avait enregistré des notes au sujet de cette transe : « Dimanche, désert, 16h37, la foldingue réitère après une accalmie pendant le vol, agitation frénétique des membres inférieurs et supérieurs, troubles de la paroles, incantations mystiques, dégénérescence apparemment congénitale, son âge ne dépassant pas les 43 ans. » Puis il avait rangé son petit magnétophone et s’était mis en route, suivant de près le policier. Les Suisses, quant à eux, avaient quitté le petit groupe sur-le-champ, prétextant qu’ils devaient être arrivés avant la tombée de la nuit au premier point [Z ; 98 ; hd45 ; XI], et que la route étaient longue (Mozzarella les soupçonnait en vérité d’être torturés par la faim et de ne pas vouloir faire partager à leurs petits camarades de vol les barres Kinder Bueno qu’elle avait vu dépasser de leur sac en grande quantité).
Tout le monde s’était éloigné ; même Mlle Huguetta avait réussi à faire ses premiers pas vers le Sud en continuant sa danse. Il ne restait plus que des traces de pas sur le sable. Mozzarella avait soupiré, englouti un Bounty et s’était mise en route.
Et voilà, à présent, des jours et des jours que Mozzarella se traînait entre les arbustes morts et les dunes, et toujours rien, pas le moindre indice, pas la moindre trace de Don Superhéro, qui commençait à lui casser sérieusement les pieds, celui-là. Elle continuait, mais avec lassitude, toujours à l’Ouest, sans dévier, et attendait un signe. Il ne lui restait plus qu’un seul Bounty. A la tombée de la nuit, Mozzarella s’était emmitouflée dans son duvet et s’était endormie pleine d'inquiétude.
C’est à son réveil, tandis qu’un coq venu de nulle part s’était mis à lui « Cocorico » plein les oreilles, qu’elle découvrit un petit papier à côté de sa tête où était simplement noté : « Dans douze heures, un peu plus à l’Ouest, QG du Pub, méfiez-vous du chapeau blanc. » Et c’est ainsi que Mozzarella pleine d’espoir, reprit hâtivement sa route, un peu plus à l’Ouest.
jeudi 12 février 2009
Et pendant ce temps-là, au ranch...
Il fallait bien que la nature prenne le pas sur le reste. En ce jeudi 12 février 2009, le climat se rapprochait étrangement de la période des glaces. Mozzarella aurait aimé que tout cela soit une fiction, que la congélation instantanée n’existe que dans les dessins animés, où un certain mammifère imbécile court désespérément après une noisette qu’il ne pourra jamais manger. Malheureusement, le thermomètre indiquait un chiffre qui se situait dans les « moins quelque chose ».
Et pendant ce temps-là, au ranch, Don Superhéro jouait du banjo en fumant un cigarillo. Le soleil cognait, le train sifflait, et Pepe faisait un somme. Don Superhéro avait été doté de superpouvoirs par un pauvre cow-boy solitaire, désireux, à sa retraite, d’avoir quelqu’un de confiance pour prendre la suite de ses exploits. Il n’avait cependant pas pu les faire fonctionner, ayant perdu le manuel d’utilisation dès son acquisition. Et comme les journées étaient très fatigantes, à cause de la chaleur, il avait vite fini par abandonner toute idée de pratique.
Mozzarella avait entendu parler de Don Superhéro par un explorateur lors d’un récent voyage dans un pays très très lointain (peut-être en terre de côte d’Azur ou quelque chose de ce genre, le savant faisait des fouilles près des baraques à frites et préparait un article sur la pollution). Un certain Gaston de la Narcolepsie. Entre deux sommes, il avait confié à Mozzarella des informations précieuses au sujet de Don Superhéro, qui selon lui, était sur la mauvaise pente et avait besoin d’une bonne prise en main pour assurer ses superpouvoirs. Gaston avait bien essayé de secouer Don Superhéro, lorsqu’il l’avait rencontré. Malheureusement, il avait piqué du nez en pleine leçon moralisatrice, et à son réveil, Don Superhéro avait levé le camp pour se prendre des vacances à cheval. Gaston de la Narcolepsie avait vraiment eu l’air désespéré : « Il faut quelqu’un de plus énergique que moi, Mozza. Je n’arrive déjà pas à écrire mon article sur le scandale des baraques à frites, le sommeil venant de façon trop régulière, alors comment voulez-vous que je puisse aider un type qui a besoin d’un lavage de cerveau intensif pendant un après-midi entier ? Je peux juste vous donner ses coordonnées, si vous voulez ; vous irez lui sonner les cloches mieux que moi. Et puis, il pourra peut-être faire quelque chose contre ces enfoirés de taxidermistes. Vous empailleriez des goélands, vous ? Baraques à frites et taxidermistes, même combat ! » Mozzarella s’était dit qu’elle rencontrait décidément des gens très curieux. Elle avait sorti de sa poche un crayon et un carnet pour noter l’adresse de Don Superhéro, mais Gaston de la Narcolepsie s’était déjà mis à ronfler dans son transat.
Mozzarella buvait son café froid dans la cuisine, et repensait à Gaston. « Chic type, quand même. Il a raison, il faut que je retrouve Don Superhéro » Et c’est ainsi qu’elle décida de partir à l’aventure.
Et pendant ce temps-là, au ranch, Don Superhéro jouait du banjo en fumant un cigarillo. Le soleil cognait, le train sifflait, et Pepe faisait un somme. Don Superhéro avait été doté de superpouvoirs par un pauvre cow-boy solitaire, désireux, à sa retraite, d’avoir quelqu’un de confiance pour prendre la suite de ses exploits. Il n’avait cependant pas pu les faire fonctionner, ayant perdu le manuel d’utilisation dès son acquisition. Et comme les journées étaient très fatigantes, à cause de la chaleur, il avait vite fini par abandonner toute idée de pratique.
Mozzarella avait entendu parler de Don Superhéro par un explorateur lors d’un récent voyage dans un pays très très lointain (peut-être en terre de côte d’Azur ou quelque chose de ce genre, le savant faisait des fouilles près des baraques à frites et préparait un article sur la pollution). Un certain Gaston de la Narcolepsie. Entre deux sommes, il avait confié à Mozzarella des informations précieuses au sujet de Don Superhéro, qui selon lui, était sur la mauvaise pente et avait besoin d’une bonne prise en main pour assurer ses superpouvoirs. Gaston avait bien essayé de secouer Don Superhéro, lorsqu’il l’avait rencontré. Malheureusement, il avait piqué du nez en pleine leçon moralisatrice, et à son réveil, Don Superhéro avait levé le camp pour se prendre des vacances à cheval. Gaston de la Narcolepsie avait vraiment eu l’air désespéré : « Il faut quelqu’un de plus énergique que moi, Mozza. Je n’arrive déjà pas à écrire mon article sur le scandale des baraques à frites, le sommeil venant de façon trop régulière, alors comment voulez-vous que je puisse aider un type qui a besoin d’un lavage de cerveau intensif pendant un après-midi entier ? Je peux juste vous donner ses coordonnées, si vous voulez ; vous irez lui sonner les cloches mieux que moi. Et puis, il pourra peut-être faire quelque chose contre ces enfoirés de taxidermistes. Vous empailleriez des goélands, vous ? Baraques à frites et taxidermistes, même combat ! » Mozzarella s’était dit qu’elle rencontrait décidément des gens très curieux. Elle avait sorti de sa poche un crayon et un carnet pour noter l’adresse de Don Superhéro, mais Gaston de la Narcolepsie s’était déjà mis à ronfler dans son transat.
Mozzarella buvait son café froid dans la cuisine, et repensait à Gaston. « Chic type, quand même. Il a raison, il faut que je retrouve Don Superhéro » Et c’est ainsi qu’elle décida de partir à l’aventure.
mardi 10 février 2009
Grand beau
Mozzarella regardait béatement par la fenêtre. Il faisait beau, pour une fois. La petite madame de la météo, qu’elle aurait insultée la veille pour incitation à la dépression nerveuse (cela faisait une semaine qu’elle annonçait toujours de la pluie), fut chassée de son esprit par les rayons de soleil qui entraient par la fenêtre. Il faisait doux, il n’y avait pas de vent ; c’était décidément bien un temps à aller se promener. D’ailleurs, ça tombait bien : une petite manifestation nationale contre une vague réforme des universités était annoncée pour l’après-midi. Au programme : condamnation d’un président dingue pour délit de sale gueule et de mauvaise foi, apprentissage de l’art et la manière de taper du poing sur la table, première expérience d’agoraphobe en terrain inquiétant – quoi de plus intéressant que de vivre son ultime traumatisme au milieu d’une manifestation de cinglés hargneux et hystériques ? Non pas que ce soit la cause défendue qui heurte Mozzarella, bien au contraire, mais c’est cet engouement hostile pour le cri sauvage et la violence du poing levé ; après tout, on avait bien fini par connaître l’issue de 1789 et mai 68 – tous des excités.
Mozzarella fut rattrapée par la morale : même si l’idée de la manifestation l’angoissait, en ce qu’elle contenait d’inconstant et d’imprévisible, elle se dit qu’elle agirait pour la bonne cause et qu’elle pourrait avoir l’occasion d’y déverser ses rages contenues depuis plusieurs jours, en considérant le lieu de l’action comme un parfait défouloir. Elle pourrait y cracher des gros mots, des injures, des insanités, on n’y verrait que du feu. Au pire, on penserait que c’est pour insulter le Président de la République, et elle finirait portée par les bras vigoureux des plus militants et des plus acides, adulée par une foule en délire : « Elle a osé ! Elle a osé ! Elle l’a dit ! » Puis, des journalistes se l’arracheraient au JT de 20 heures, où elle devrait expliquer ce qui l’avait conduite à se débarrasser de toute inquiétude, à se libérer de tout interdit concernant le petit Nicolas. Après tout, on était encore en démocratie, elle pouvait bien se mettre un entonnoir sur la tête et raconter avec la plus grande gravité comment elle avait fait le choix de se lancer à corps et à cris dans ce combat révolutionnaire par l’insulte. A l’image des types qui se rendaient plein de bière et de rage à un match de foot, Mozzarella allait finir par prôner le concept du rassemblement de foules pour lâcher ses fureurs. Elle eut soudain un cas de conscience : manif ou exutoire?
Mozzarella fut rattrapée par la morale : même si l’idée de la manifestation l’angoissait, en ce qu’elle contenait d’inconstant et d’imprévisible, elle se dit qu’elle agirait pour la bonne cause et qu’elle pourrait avoir l’occasion d’y déverser ses rages contenues depuis plusieurs jours, en considérant le lieu de l’action comme un parfait défouloir. Elle pourrait y cracher des gros mots, des injures, des insanités, on n’y verrait que du feu. Au pire, on penserait que c’est pour insulter le Président de la République, et elle finirait portée par les bras vigoureux des plus militants et des plus acides, adulée par une foule en délire : « Elle a osé ! Elle a osé ! Elle l’a dit ! » Puis, des journalistes se l’arracheraient au JT de 20 heures, où elle devrait expliquer ce qui l’avait conduite à se débarrasser de toute inquiétude, à se libérer de tout interdit concernant le petit Nicolas. Après tout, on était encore en démocratie, elle pouvait bien se mettre un entonnoir sur la tête et raconter avec la plus grande gravité comment elle avait fait le choix de se lancer à corps et à cris dans ce combat révolutionnaire par l’insulte. A l’image des types qui se rendaient plein de bière et de rage à un match de foot, Mozzarella allait finir par prôner le concept du rassemblement de foules pour lâcher ses fureurs. Elle eut soudain un cas de conscience : manif ou exutoire?
lundi 9 février 2009
Amorce du second semestre
Rentrée de week-end, Mozzarella se retrouva face à la blancheur éclatante de sa page Word, et se dit qu’il fallait qu’elle change la luminosité de son ordinateur pour échapper à cette terrible agressivité, celle qui allait jusqu’au fin fond de son esprit, et qui lui rappelait avec panache : « Alors Mozza, alors Mozza, écris quelque chose ! ». Et puis elle se dit que ce n’était pas la solution. Mozzarella s’inventait des mondes avec les contes de la rue Broca, ceux qui avaient bercé son enfance et qui lui avaient fait croire qu’on pouvait marier des chaussures, chose qu’elle avait un jour joyeusement répétée à sa maîtresse d’école, pleine d’entrain et de naïveté : « Maîtresse, Maîtresse, j’ai lu dans un livre que même les chaussures pouvaient se marier ! ». Et la maîtresse, l’imbécile, soucieuse d’entretenir un imaginaire bécasson chez les gosses, lui avait répondu : « Mais bien sûr ma petite fille, tout le monde peut se marier ! ». C’est ainsi que Mozzarella s’était bercée d’illusions sur l’idée de l’union, et s’était engagée dans des combats idéologiques dont elle ne saisissait pas vraiment le sens, finalement. Combats idéologiques qui, d’ailleurs, étaient très vite allés bien au-delà de tout ce qui pouvait concerner le mariage : combat pour la réinsertion des triples tranches de lard dans le menu Royal Bacon, combat pour la liberté d’expression face aux types mal embouchés comme le BBB (big bad boss), combat pour le maintien des concours de construction en épingles à nourrice dans le Limousin. Les chevaliers de l’an mille au lac de Paladru se sentaient lésés : « Mais enfin, le combat le plus nul, c’est pour nous normalement ! Nous devons rester dans la mémoire collective ! Nous sommes l’objet obsessionnel d’un thésard inintéressant, c’est nous, la crème chantilly des combat inutiles ! » Et Mozzarella, en les entendant râler, se réjouissait de ses coups fortiches.
Le docteur Glückenstein, quant à lui, avait émergé. Maintenant qu’il s’était fait une réputation, il avait décrété qu’il prendrait en charge la pauvre Mozza. Il en avait parlé du reste à son collègue le docteur Hämbourger, spécialisé dans les délires chroniques de persécution, et qui avait pris un malin plaisir à le mettre en garde : « Be careful, little genious. Mozzarella peut être une illusion de votre esprit pour mieux foncer dans le néant. Vous voyez ce que je veux dire ? » A priori, non, pas du tout. Le docteur Glückenstein voyait juste un cas à traiter parmi ses nouveaux patients, qui alourdirait un peu plus son tiroir-caisse. Mais le docteur Hämbourger ne travaillait pas pour l’argent. A l’instar du chercheur confirmé, il dégotait impudemment des cas qui accroîtraient sa renommée, et non pas son compte en banque. Le docteur Glückenstein avait voulu lui dire que l’un n’allait pas sans l’autre, puis s’était tu, prenant le parti de la fermer pour mieux argumenter dans des temps futurs.
Ainsi démarre le deuxième semestre de la licence universitaire de Mozzarella : dans le chaos.
Le docteur Glückenstein, quant à lui, avait émergé. Maintenant qu’il s’était fait une réputation, il avait décrété qu’il prendrait en charge la pauvre Mozza. Il en avait parlé du reste à son collègue le docteur Hämbourger, spécialisé dans les délires chroniques de persécution, et qui avait pris un malin plaisir à le mettre en garde : « Be careful, little genious. Mozzarella peut être une illusion de votre esprit pour mieux foncer dans le néant. Vous voyez ce que je veux dire ? » A priori, non, pas du tout. Le docteur Glückenstein voyait juste un cas à traiter parmi ses nouveaux patients, qui alourdirait un peu plus son tiroir-caisse. Mais le docteur Hämbourger ne travaillait pas pour l’argent. A l’instar du chercheur confirmé, il dégotait impudemment des cas qui accroîtraient sa renommée, et non pas son compte en banque. Le docteur Glückenstein avait voulu lui dire que l’un n’allait pas sans l’autre, puis s’était tu, prenant le parti de la fermer pour mieux argumenter dans des temps futurs.
Ainsi démarre le deuxième semestre de la licence universitaire de Mozzarella : dans le chaos.
vendredi 6 février 2009
Métaphysique de la reprise
Bon, maintenant que les partiels étaient passés, Mozzarella n’avait plus d’excuses. Plus d’excuses pour dire qu’elle n’était pas informée du fait qu’il fallait se mettre au travail tôt et de façon régulière, plus d’excuses pour dire qu’elle était prise par le temps et qu’elle ne pouvait pas mettre par écrit ses petites mésaventures, plus d’excuses pour dire qu’elle n’avait pas eu le temps d’étendre sa lessive. PLUS RIEN ! Elle avait tout à coup fait face au néant de son organisation, et se devait de trouver courage et motivation pour assurer un tant soit peu de stabilité à son existence. Elle avait souffert d’une intoxication aux magazines de filles, les articles qui y étaient publiés avaient achevé de lui plomber le moral (et le cerveau). Les histoires de Marie-José, 45 ans, convertie à la mode par une fantastique expérience de « relooking » impudemment offerte par ses copines du boulot, Bettina, 24 ans, étudiante en art qui se la joue rebelle de la robe trouée, Kristina, 36 ans, chargée de virer ses inférieurs hiérarchiques dans les ressources humaines et passionnée par les vestes en cuir, et Danielle, 39 ans, fan de Gucci et de Ralph Lauren, qui choisit ses amants pour leur look, toutes ces femmes névrosées – et oserons-nous le dire, atteintes ? – valsaient dans la tête de Mozzarella comme des sangliers rôtis dans celle d’Obélix. Mozzarella fit un constat affligeant en réalisant qu’elle se faisait aspirer et massicoter par les pages moisies de la société libérale ; il lui fallait maintenant remettre le pied à l’étrier. Des résolutions à la Bridget Jones s’imposaient. Répartir les choses en deux camps : la poubelle d’un côté, le renouvellement de l’autre. Les Biba, Glamour et autres gerbitudes de ce genre s’empilèrent donc tristement aux ordures, tandis que les derniers bouquins achetés furent époussetés avec vigueur et mis en valeur au premier rang d’une étagère, comme les fayots des bancs de l’école. La chambre de Mozzarella subit aussi de nettes transformations. L’aspirateur se chargea de faire disparaître les dernières traces de nonchalance qui traînaient sur le parquet et un désodorisant chimique élimina pour une longue durée (c’est du moins ce que prétendait son emballage réservé aux illuminés des slogans) les ultimes parfums d’inertie et de flemmardise. Une nouvelle page allait enfin pouvoir être tournée. Il était temps. Des aspirations héroïques de Superman se développaient progressivement. Des aspirations pires qu’une drogue, qui poussaient à la surenchère. D’abord, travailler bien comme il faut. Faire ses petits devoirs en rentrant des cours. Obtenir sa licence avec succès même si l’université s’en fout maintenant qu’elle fait grève. Continuer ses études. Chercher un travail. Sauver le monde. Tuer tous les méchants. Ne jamais livrer le secret de ses superpouvoirs. Ne pas accepter Dark Vador en ami sur Facebook.
Lorsque les perspectives d’avenir finissent par prendre forme, Mozzarella se dit que ça peut être sympa de tenter le coup.
Lorsque les perspectives d’avenir finissent par prendre forme, Mozzarella se dit que ça peut être sympa de tenter le coup.
jeudi 5 février 2009
Le retour de Mozzarella
Non bien sûr, ce n’est pas que les péripéties de Mozzarella s’étaient évanouies en plein vol pour s’écraser lamentablement sur le bitume. Ce n’est pas non plus que Mozzarella n’était pas capable, ou désireuse, de rendre compte au quotidien de ces mêmes péripéties. C’est simplement qu’elle s’est retrouvée coincée dans un monde étrange, où elle passait librement son boss à la moulinette avec du persil, où elle faisait de plein droit une réclamation contre les emplois du temps trop chargés, où elle attaquait la sncf (Salopards de Nigauds des Couilles Formidables) pour abus de prix sur carte 12-25, où elle dénonçait la croissance exponentielle et intolérable des casse-pieds, et où elle soulevait la VRAIE question concernant la disparition de Lady Di : « Pourquoi n’avait-elle pas un chauffeur un peu moins dingue, et une belle-mère un peu plus fiable ? ». Pas de doute : c’était bien en République de Disneyland qu’elle avait atterri. Intéressante assemblée de fous, d’ailleurs, là-bas. Un monde tout à fait binaire. Dans son inestimable bonté, Mickey l’avait avertie à l’entrée, quand elle avait fait l’heureuse acquisition d’un ticket gratuit pour la semaine (à moins qu’on ne se fie à la courbe de l’espace-temps modifiable-échangeable-remboursable sous quinze jours n’oubliez pas le ticket de caisse mereuhci-aurevoireuh-chère-cliente-cher-client-fidélité), en chuchotant derrière son nœud papillon : « Fi attention, ici ci tout blanc ou tout noir. Si ti contente, ti restes, si ti pas contente, ti t’en vas, ci tout, on s’en fout, fi gaffe au capitaine Crochet, lui ci un raté, complexe d’infirioté, traumatisme di l’enfance, difficulti di communication avec l’entourage et perte de mimoire à court terme rapport à « qui ci qui michant li crocodile ou Pitir Pan ? »). Du reste, Mozzarella se souvient avoir interrogé Mickey le Naïf sur son incompréhensible accent, suite à quoi il avait confessé nourrir des désirs d’exotisme (« marre di faire le guignol pour ine bande di mondialisés ») ; mais devant le regard de Mozzarella, il avait aussi soupiré et dit : « C’est bon, je laisse tomber, je reparle normalement, de toute façon c’était pénible ces « i », je finissais pas avoir des crampes aux maxillaires. Et puis avec les conventions collectives, je peux pas lâcher mon job à l'accueil avant six mois. »
Cependant, même si Disneyland semble a priori plus sympathique que méprisable, une question reste sans réponse dans l’esprit de Mozzarella : ce monde, où Blanche-Neige et Cendrillon se retrouvent pour de grandes fêtes VIP, ne serait-il pas un paradis fiscal ? Lui aurait-on donc menti ? Mais que fait la police ?
Vivement le retour parmi les VRAIS fous de la VRAIE démocratie française (rha ben bonne la choucroute ce matin Germaine !).
Cependant, même si Disneyland semble a priori plus sympathique que méprisable, une question reste sans réponse dans l’esprit de Mozzarella : ce monde, où Blanche-Neige et Cendrillon se retrouvent pour de grandes fêtes VIP, ne serait-il pas un paradis fiscal ? Lui aurait-on donc menti ? Mais que fait la police ?
Vivement le retour parmi les VRAIS fous de la VRAIE démocratie française (rha ben bonne la choucroute ce matin Germaine !).
vendredi 23 janvier 2009
Pétage de plombs
Il y a des matins comme ça, où Mozzarella aurait envie de tout casser. De lancer un avis de recherche contre cet imbécile de faux père Noël qui fait croire aux petits enfants qu’il a le temps de se farcir la corvée des cadeaux en 24h sur un périmètre de 40 000 kilomètres. D’emplâtrer dans le mur la tête de crétins qui finissent par la gonfler sérieusement avec leurs attitudes immatures. De remballer une bonne fois pour toutes le type qui n’arrête pas de la relancer sur un projet dont elle ne veut même pas entendre parler, parce qu’il est très lourd, ce type. De mettre une bombe dans sa propre chambre pour se débarrasser enfin de tout ce qui pollue l’espace, entre les fringues et les vieux mouchoirs.
Mozzarella consulte son dictionnaire. « Péter les plombs » : sens figuré. Expression décrivant une attitude à devenir complètement dingue et à perdre totalement le contrôle de soi, entraînant ainsi des réactions d’ordre pulsionnel, névrotique et psychotique (faut consulter d’urgence les gars). Sous cet angle, on est bien avancé. Autant raconter la traversée de l’Atlantique par Lindbergh. D’ailleurs, même si ce type s’est gravement monté le bourrichon par la suite, il avait au moins entrepris de faire quelque chose de concret qui le dispensait de tout acharnement intellectuel entre New York et Paris. Certes, il était certainement très fort en ce qui concernait l’aéronautique et tout le bazar. Mais il devait prendre un malin plaisir à manger son sandwich en survolant l’Irlande, et n’avait pas besoin d’emporter un dictionnaire avec lui pour lire des définitions abracadabrantesques (qui ne l’auraient pas plus avancé sur ses positions longitudinales que sur ses positions d’ingénieur).
Le docteur Glückenstein est résolument très intéressant. Aux pulsions meurtrières que développe Mozzarella, il répond avec audace et intelligence: « Faites-lui un café sans plomb et donnez-lui du chocolat. » Cette prescription inattendue crée un bon résultat, car c’est par la déstabilisation même qu’elle engendre que la guérison survient. Quelle incroyable finesse que de s’en tenir à un traitement dont la simplicité suggère au malade le peu d’inquiétude qu’il faut porter à ses troubles ! Mozzarella se sent apaisée à présent. Il ne lui reste plus qu’à regarder Michel Drucker et tout rentrera complètement dans l’ordre. Bienheureux celui qui consulte le docteur Glückenstein, et bienheureux celui qui croit à ses prescriptions. L’effet Placebo est en marche, les enfants. Rien n’arrête les illusions de l’esprit. C’est beau.
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