Les aventures absolument tranquilles de Mozzarella (quoiqu'un type a dit : "tout est relatif") entrecoupées d'interludes qui ne sont pas sans contenir une inutilité obscure au profit d'un éphémère et léger divertissement.

jeudi 9 avril 2009

A jurons déplacés Nutella renversé

Ils s’étaient tous levés au petit matin. Bien sûr, Gaston de la Narcolepsie et l’indic avaient failli s’étriper pour une barre de céréales, dont chacun revendiquait la propriété. Finalement, pour calmer le jeu, le flic avait décrété que la barre lui appartenait, et l’avait mangé sous leurs yeux ahuris. Les Suisses, envahis par un souffle de générosité, avaient alors donné aux deux affamés des compotes Andros et une boîte de Pim’s à la fraise, qu’ils s’étaient empressés d’engloutir sauvagement. Enfin, tout le monde s’était remis en route. Les Suisses suivaient minutieusement leur boussole, qui du reste était quelque peu particulière, parce que très sophistiquée. Ainsi, elle pouvait tour à tour servir de poste radio, de rayon laser, de montre, de réveil, et de talkie-walkie (en admettant qu’il y ait DEUX boussoles, ce qui n’était malheureusement pas le cas, et à fortiori complètement inutile).
Quand le soleil fut au zénith, les Suisses dirent en chœur : « Voilà, nous y sommes presque. » Mozzarella partit dans un grand éclat de rire, parce qu’il n’y avait précisément rien qui puisse signaler une quelconque arrivée. A part les éternelles dunes de sable, qu’elle ne pouvait plus voir en peinture, tout était vide. Les Suisses se tournèrent vers Mozzarella, un peu vexés, et répétèrent en chœur : « Mais si, voilà, nous y sommes presque ! » La Suissesse ajouta : « C’est par ici qu’on vient nous chercher. L’avion doit se poser d’ici une heure. Nous avons tout juste le temps de casser la croûte. » Mozzarella se dit qu’elle s’était vraiment fait rouler dans la farine. Ils avaient quitté la terre de So Easy la veille, et ils se retrouvaient déjà vers l’endroit où ils avaient atterri au début de l’aventure. Elle regarda Don Superhéro et dit avec colère : « Hé dites donc, vous avez intérêt à lire le manuel de vos superpouvoirs dans l’avion, vous, hein ! Sinon vous allez voir, quand on rentrera, de quel bois je me chauffe ! » Don Superhéro, qui ne comprenait pas l’énervement soudain de Mozzarella, secoua la main vers sa tempe en lançant un regard interrogateur à l’indic, qui haussa les épaules. Il semblait davantage préoccupé par le cas de Mlle Huguetta, dont la principale activité du moment était de fredonner des airs de Joe Dassin en se recoiffant devant un miroir de poche.
Ils déjeunèrent en aventuriers – le repas s’était limité à quelques gaufres que l’indic avait volées dans un « point alimentation » de So Easy. Elles étaient un peu molles et Gaston de la Narcolepsie râla pendant plusieurs minutes. Comme il ne se taisait pas, Don Superhéro finit par lui renverser une partie du pot de Nutella sur la tête, acte qui fit bondir les Suisses de rage et de désespoir, offusqués par tant de gaspillage, surtout que c’était tout de même du Nutella, et que le Nutella, ça ne se laisse pas traiter comme ça, et puis quoi, la maîtresse d’école n’avait-elle donc pas enseigné les rudiments des bonnes manières, qu’est-ce que c’était que cette éducation scandaleuse en France, et qui plus est, ces grossièretés étaient nées de la génération précédente, de celle qui se devait de cultiver encore quelque art du raffinement, alors que non, définitivement, non, ces bons vieux quadra, quinqua, s’inscrivaient déjà en marge du système, et nourrissaient et transmettaient des exemples comportementaux absolument scandaleux…
Gaston de la Narcolepsie abdiqua. Don Superhéro aussi. De toute façon, l’avion allait arriver, on entendait le moteur gronder au loin. A moins que ce ne soit un orage. Ah non, tiens, il faisait beau.
Effectivement, ils finirent par apercevoir l’engin dans le ciel. Tous sautillèrent gaiement en faisant de grands signes. Seulement, ils se fatiguèrent vite, car l’avion mit environ trois quarts d’heure à atterrir, suivant un mouvement de spirale infinie. Il fut accueilli dans le sable par des applaudissements rassurés. Tous embarquèrent vite. L’avion décolla comme une fusée. C’était chouette.


Aucun commentaire: