Le vol, qui était sans aucune escale, se passa plutôt bien. De temps à autre, l’avion subissait quelques secousses, et Gaston de la Narcolepsie faillit bien vomir sur l’indic, qui, à cette idée dégoûtante, devint fou de rage. Le policier dut intervenir une nouvelle fois pour calmer le jeu. Mlle Huguetta, qui trouvait tout cela décidément très drôle, rit une bonne partie du voyage à gorge déployée, ce qui finit par user l’indic – par conséquent ce dernier redoubla d’énervement. Don Superhéro et Mozzarella avaient décidé de ne pas se mêler de tout cela et discutaient avec les Suisses de leurs fouilles dans le désert. Mozzarella avait d’ailleurs fini par comprendre qu’en réalité, le couple avait surtout décidé de prendre des vacances en se rendant vers les terres de So Easy, et que ses recherches n’étaient qu’un vague prétexte pour répondre à l’appel du transat. Don Superhéro posa beaucoup de questions quant aux précédentes découvertes des Suisses. Le Suisse raconta qu’ils avaient trouvé il y a deux ans le presse-papier en or massif de Toutankhamon, lorsqu’ils s’étaient jetés à corps perdu dans un tombeau inexploré. Mozzarella se dit que les Suisses étaient décidément des flambeurs, et tourna la tête pour regarder le ciel et les nuages à travers un hublot de l’avion.
Tous finirent par s’endormir. Ce fut l’atterrissage chaotique qui les réveilla. Gaston de la Narcolepsie rejeta toute forme d’athéisme et fit sa dernière prière. L’indic enveloppa Mlle Huguetta de ses bras solides, espérant amortir un choc trop violent. Mozzarella et Don Superhéro s’allongèrent à plat ventre sur le sol. Enfin les Suisses, dans des gestes précis et dynamiques, sortirent tout un attirail de protection, tel que maxi Airbag et masque respiratoire.
Finalement, tout se passa bien. Le commandant de bord avait juste un peu forcé sur le rhum de quinze heures, semblait-il, mais il maîtrisait parfaitement la situation. L’avion s’arrêta tranquillement et tous sortirent sains et saufs de l’engin.
Ils furent alors accueillis par des séries de flashes et d’acclamations délirantes. Des dizaines de journalistes s’étaient rués devant l’escalier pour immortaliser le retour triomphal des baroudeurs du désert. L’un d’entre eux, veste à carreaux et chapeau de feutre, s’avança près d’eux jusqu’à ce qu’il puisse leur glisser son micro sous le nez et leur poser une multitude de questions, que personne ne parvenait à entendre. La plus blonde des hôtesses de l’air le fit reculer péniblement jusqu’à ses petits camarades.
Mozzarella, rouge de rage, lança à Gaston de la Narcolepsie un regard accusateur, auquel il répondit par une tête piquant vers le sol. Mozzarella s’écria: « C’est vous qui avez eut l’idée géniale de prévenir les journalistes ? Au nom de quoi, en plus ? De l’arrivée d’un héros qui n’est même pas capable d’exploiter le moindre de ses pouvoirs, faute d’avoir utilisé son manuel correctement ? Ah, mais elle est belle, la victoire, mon vieux ! C’est moi qui vous le dit, le discours vous revient ! Libre à vous d’expliquer quoi que ce soit au sujet de Don Superhéro de mes fesses, moi, je rentre chez moi ! » Puis elle se tourna vers les journalistes et hurla pour qu’on l’entende : « Messieurs, nous voici de retour d’un beau voyage. Les personnes ici présentes, Gaston de la Narcolepsie, et Don Superhéro, se feront un plaisir de répondre à toutes vos questions. » Tous se ruèrent alors vers les principaux concernés, et Mozzarella se glissa dans la foule pour se frayer un passage. Elle salua de loin les Suisses, l’indic, le policier et Mlle Huguetta, qui lui rendirent son signe. De toute façon, ils s’étaient échangé leurs coordonnées, ils s’appelleraient pour une bouffe. Pour le moment, Mozzarella n’aspirait qu’à une chose, rentrer à la maison. Ah, que la vie était douce maintenant !
Les aventures absolument tranquilles de Mozzarella (quoiqu'un type a dit : "tout est relatif") entrecoupées d'interludes qui ne sont pas sans contenir une inutilité obscure au profit d'un éphémère et léger divertissement.
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