Les aventures absolument tranquilles de Mozzarella (quoiqu'un type a dit : "tout est relatif") entrecoupées d'interludes qui ne sont pas sans contenir une inutilité obscure au profit d'un éphémère et léger divertissement.

jeudi 19 mars 2009

So Easy

Gaston de la Narcolepsie prit ses co-équipiers par les épaules. « Regardez, mes enfants, n’est-ce pas fantastique ? Nous sommes en terre de So Easy, vous y êtes arrivés ! Quelle force intérieure, quel courage, quelle témérité ! Je suis admiratif, vraiment… » Et chose incroyable, tandis qu’il prononçait ces mots tendres, les larmes lui montèrent aux yeux. White Spirit le dévisagea avec un air plein d’affection, et sortit un mouchoir. Enfin, il lui tomba dessus en pleurant. « C’est beau » se dit Mozzarella, toute seule dans son coin. Pour se donner de la contenance, elle se gratta la joue et les pieds.
Le moment d’émotion étant passé, Gaston de la Narcolepsie dit : « Il ne faut pas que nous tardions. Nous avons une bonne partie de l’après-midi devant nous, certes, mais il faut en faire bon usage. Don Superhéro doit encore être dans sa sieste. Nous devons arriver avant qu’il ne se réveille et ne sorte de chez lui. » White Spirit inspira profondément, gonfla le torse et ouvrit la marche. Mozzarella lui emboîta le pas, déterminée, et Gaston suivit. « N’oubliez pas, toujours à l’Ouest » dit-il plein de paternalisme.
En chemin, Mozzarella posa beaucoup de questions : « Mais Gaston, comment allons-nous faire en arrivant ? Que va-t-il se passer ? Et si Don Superhéro s’énerve ? Et s’il ne veut pas ? Et si nous avions fait tout cela pour rien ? Et pourquoi la terre tourne ? Et pourquoi il n’y a plus de dinosaures ? Et pourquoi PPDA s’est barré de TF1 ? » Gaston, plein d’affection et attendri, répondait le plus clairement possible à toutes les interrogations de Mozzarella. Il avait lu Dolto, lui.
White Spirit était de nouveau muet, mais paraissait calme. Il exécutait ses pas de manière régulière, rigoureuse, mesurée, ne se laissait jamais déstabiliser par les caprices du sable, et récitait dans sa tête des poèmes baudelairiens.
Ils marchèrent ainsi pendant une ou deux heures. Le soleil cognait fort, mais rien ne les arrêtait. S’il ne leur restait plus d’eau, la perspective de la rencontre avec Don Superhéro les rassurait. Il devait bien avoir une ou deux canettes de Coca Light à leur offrir. Enfin, ils aperçurent une belle oasis. Des palmiers verdoyants bordés de cactus aux couleurs fluorescentes se dessinaient dans la lumière de l’après-midi. On distinguait plein de petites huttes et de cabanons charmants, et des chansons de Dalida fusaient de toutes parts.
Ils arrivèrent. Le mini-village grouillait de monde. Des jeunes, des vieux, des grands, des petits, des blonds, des bruns, des noirs, des blancs, tous se mélangeaient, en grande conversation les uns avec les autres. Gaston de la Narcolepsie attrapa au vol un chinois rockeur, qui exécutait quelques pas de danse, des écouteurs sur la tête. « S’il-vous-plaît, par hasard, connaîtriez-vous la casa de Don Superhéro ? Nous venons d’arriver et sommes un peu perdus… » Le Chinois sourit largement, et répondit avec un fort accent : « Si si, bien sûr que je la connais. C’est la casa numéro 17. Vous n’aurez pas de mal à la trouver, c’est un peu plus loin sur ce chemin, après le totem de John Lenon. Mais je pense qu’il doit dormir à l’heure qu’il est. Vous savez, ici, on est très peace. C’est So Easy, quoi… » Et il partit dans un grand fou rire.
Mozzarella se dirigea immédiatement vers le chemin indiqué, tandis que White Spirit et Gaston de la Narcolepsie observaient le Chinois comme un extra-terrestre. Elle regarda les numérotations des huttes et des cabanons. Mais, chose étrange, aucune n’était dans l’ordre. « C’est fou qu’ils n’aient pas adopté le coup des pairs et des impairs ! Ca aurait été tellement plus pratique ! Toujours obligés de faire dans l’originalité, ceux-là, c’est gonflant. » Enfin, après moult regards de tous les côtés, elle découvrit une petite hutte rose bonbon, un peu en retrait, sur la droite, qui portait le numéro 17. Une pancarte avait été négligemment accrochée à la porte : I’m sleeping, let me dream, and your life will be cool. « Belle entrée en matière ! » songea Mozzarella. Gaston de la Narcolepsie et White Spirit l’avaient rattrapée. Ils lurent le message. « Je frappe quand même ? » demanda Mozzarella. White Spirit abaissa son chapeau, cachant ses yeux. « Non, je crois que ce n’est pas une bonne idée. Il faut le laisser tranquille, le pauvre. Le sommeil est important et réparateur, c’est la moindre chose que nous puissions respecter… » Mozzarella soupira, lasse. Gaston regardait ses pieds. C’est alors que White Spirit bondit sur la porte, déchaîné : « Bien sûr qu’on frappe, bande d’imbéciles ! Vous croyez qu’on va se regarder dans le blanc des yeux jusqu’à ce que cet animal ouvre un œil ? Pas croyable, des mauviettes pareilles ! » Et il tambourina de toutes ses forces, jusqu’à ce que se fasse entendre un « C’est bon, c’est bon, j’arrive, qui est là, nom d’un boudin ? », et que la porte s’entrouvre.



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