Les aventures absolument tranquilles de Mozzarella (quoiqu'un type a dit : "tout est relatif") entrecoupées d'interludes qui ne sont pas sans contenir une inutilité obscure au profit d'un éphémère et léger divertissement.

jeudi 5 mars 2009

Tout près du but à l'Ouest

Mozzarella avait passé une nuit horrible. Certes, sans doute moins douloureuse que celle de White Spirit, qui poussait des hurlements intempestifs à cause des épines de cactus qu’il n’était pas parvenu à retirer entièrement de ses fesses, mais tout de même, ses cris avaient achevé de briser les tympans de Mozzarella. Les premières couleurs de l’aube apparaissaient déjà, et elle se demandait comment ils allaient faire pour reprendre la route alors que ni l’un ni l’autre ne s’était reposé. C’était sans bien sûr compter sur l’admirable courage de White Spirit, qui ne cessait de répéter : « C’est pas parce que Papa a fait l’Indochine que je dois être aussi valeureux que lui, ça finit par être lourd, ces a priori sur l’hérédité ! Je ne vais pas continuer à souffrir en silence comme un soldat rescapé alors que j’ai l’impression qu’on vient de me passer au massicot ! Mission débile, ce Don Superhéro me gonfle, mais alors me gonfle ! » Et tout en sortant péniblement de son sac de couchage, il continuait de bougonner et de jurer. « Et en plus, au top les dunes pour s’allonger ! Soit la tête en bas, soit les pieds ! Ils ont jamais étudié la question des campeurs et la loi de la pesanteur, les ingénieurs des ponts et chaussées ? P = mg ça leur dit rien ? Faut être sacrément tarte pour avoir créé un sol comme ça ! Des acharnés de la conceptualisation ultra moderne, voilà ce que j’en dis moi ! Revendication d’une fibre créatrice, tu parles ! Tous les mêmes, une bande de mégalos pompeux applaudis par des imbéciles ! Ah, mais c’est qu’elle devait être sympa, la cérémonie d’ouverture du désert ! Je les entends encore s’exclamer : C’est incroyable, une bosse ! Oh, et là, un creux ! Tu m’étonnes que les journalistes ont dû prendre leur pied ! A la une : Grandes Pompes en Tongs ! Je me marre, tiens ! »
Mozzarella préparait ses affaires en silence, et laissait White Spirit à ses élucubrations. Elle savait que Don Superhéro était tout près, et qu’il fallait économiser de l’énergie, car le simple fait de le retrouver n’était pas une fin en soi ; le plus important était de le convaincre d’agir pour les gens qui en avaient besoin. Mozzarella fit un léger signe à White Spirit pour le signal du départ, qui lui emboîta le pas tandis qu’il achevait son speech. Elle était déterminée à trouver rapidement Don Superhéro, à présent. Elle ne voulait pas encore subir une journée harassante dans le désert. Son but était de pouvoir rentrer chez elle et écrire ses mémoires. Elle cherchait déjà un titre original : « Souvenirs » ou « Autobiographie » ou encore « Passé ». Tant de mots forts et percutants, que personne n’avait auparavant employés pour raconter sa vie.
Ils marchèrent deux ou trois heures. Alors qu’il commençait à faire très chaud, White Spirit agrippa brusquement la manche de Mozzarella et dit : « Regarde, Mozza. Il y a quelque chose là-bas. » Mozzarella tourna la tête. « Tiens, c’est vrai. Allons voir. » Ils s’avancèrent précipitamment. Un panneau indicateur les attendait, sur lequel une simple formule était gravée : « PAR LÀ ». Selon la carte que Mozzarella avait hâtivement sortie de son sac, il fallait se diriger vers des points dangereux, où étaient signalés des sables mouvants. White Spirit devint blême. Il jeta violemment son sac au sol, s’assit dessus, et se prit la tête dans les mains : « Je craque ! Je n’en peux plus ! C’est fini ! C’est terrible Mozza ! Don Superhéro n’existe pas, voilà le problème ! On nous mène en bateau depuis le début, j’en suis sûr ! » Mais si White Spirit virait au blanc, Mozzarella avait vu rouge, et se mit à hurler : « Ecoute, White Spirit. Nous sommes forts et vaillants. Nous sommes presque arrivés au bout de nos peines. Maintenant que nous sommes tout près du but, nous n’allons pas abandonner. Je commence à comprendre pourquoi il fallait que je me méfie de toi. Rongé par l’incapacité à aller au bout des choses, hein ? Ne me fais pas le coup du névrosé qui renonce quand il va obtenir ce qu’il veut. On y est, on y reste. Après tu auras des tas de choses à raconter à tes petits copains du Coconut Bar, alors prends sur toi une dernière fois. »
C’est alors qu’un bruit de klaxon retentit derrière eux. Ils se tournèrent brusquement, et découvrirent une machine extraordinaire, avec un type encore plus extraordinaire dedans, qui leur faisait de grands signes d’ahuri.


DESERT ROUTE 66


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