Les aventures absolument tranquilles de Mozzarella (quoiqu'un type a dit : "tout est relatif") entrecoupées d'interludes qui ne sont pas sans contenir une inutilité obscure au profit d'un éphémère et léger divertissement.

mercredi 1 avril 2009

Baby come back

Finalement, la soirée fut très sympathique. Mlle Huguetta, après quinze cocktails, roulait sous la table ; l’indic en avait d’ailleurs profité pour l’embrasser fougueusement avant qu’elle ne régurgite. Le policier s’était entiché d’une So Easy Girl blonde et pulpeuse, les Suisses avaient joyeusement participé à une farandole, Gaston de la Narcolepsie relançait des culs secs avec White Spirit, et Mozzarella et Don Superhéro avaient inlassablement dansé des rocks argentins. Il était très tard. L’aube arrivait. Tous décidèrent d’aller se reposer quelques heures avant de repartir – à l’exception de White Spirit, titubant, qui cherchait un kebab ouvert, et qui se réjouissait à l’idée de son séjour, et Mlle Huguetta, qui se trouvait dans la totale incapacité de parler.
Tous dormirent chez les Suisses ; ils avaient une très grande hutte jaune, avec des lits superposés un peu partout, ce qui était très pratique. La nuit fut courte. Le lendemain, le policier siffla le réveil, et tout le monde se mit au garde à vous. Seul White Spirit ronflait encore. Il y eut un grand débat pour savoir ce qu’il fallait faire de lui. L’indic conseillait de le laisser dormir. D’un autre côté, il fallait que la hutte soit libérée pour le soleil au zénith, et White Spirit se ferait alors réveiller par des inconnus, ce qui serait désagréable. Mlle Huguetta tenta de le secouer doucement, en lui parlant avec tendresse, chose que l’indic prit très mal. Finalement, le policier et Don Superhéro se mirent d’accord pour porter le soulard jusqu’à la hutte rose. White Spirit grogna un peu dans son sommeil lorsqu’il se fit ballotter dans tous les sens, mais il s’abandonna vite à un coma profond. La Suissesse sortit un carnet de sa poche, et en arracha une feuille. Tous lui écrirent un gentil mot d’au revoir, signèrent, puis fermèrent délicatement la porte.
Le village était encore calme. On sentait monter de la terre l’effervescence d’un nouveau jour, et les Suisses dirent qu’il ne fallait pas tarder. Ils ouvrirent la marche. Gaston de la Narcolepsie suivit, secondé par le policier. L’indic prit le pas un peu plus loin derrière, tenant par la main une Mlle Huguetta nonchalante. Mozzarella se cala sur leur rythme. Don Superhéro ferma la file. A la sortie du village, les Suisses montrèrent la direction à suivre, et tout le monde regarda au loin le vide du désert en hochant la tête sans trop savoir pourquoi. Il faisait déjà très chaud, et Mlle Huguetta se plaignait de vertiges. Elle se tourna une dernière fois vers le village, et dit : « Au revoir, chère terre de So Easy. C’était chouette. Bye bye love… » L’indic eut un tour de sang – puis il réalisa qu’il ne fallait pas être jaloux d’un village, et se calma.
Ils marchèrent d’un pas régulier, un certain temps. Au départ, l’ordre de file fut strictement respecté. Puis Mlle Huguetta recommença à courir de manière aléatoire, comme à son habitude, et brisa la chaîne. L’indic aussi, puisqu’il s’était mis à la poursuivre. Du coup, Gaston de la Narcolepsie s’était arrêté pour attendre Don Superhéro et parler superpouvoirs, ce qui avait poussé Mozzarella à remonter jusqu’aux Suisses et à les questionner sur leurs recherches aux points mentionnés au début de leur rencontre (« Alors, ça a donné quoi, vos fouilles ? »). Le policier s’était, il faut bien le dire, retrouvé tout seul comme un imbécile. Mais il s’en fichait, parce que, rêveur, il repensait à la blonde pulpeuse de la nuit dernière, et repassait en boucle dans sa tête les images de sa chevelure à paillettes qui virevoltait sous les projecteurs et les cocotiers.
A la tombée de la nuit, les Suisses, très organisés, sortirent de leur sac à dos une mini pochette, qu’ils jetèrent au loin, d’un petit coup sec. Aussitôt, une immense tente se déplia – qui ressemblait davantage à un chapiteau qu’à une tente, d’ailleurs. Mozzarella n’en revenait pas : « Mais, mais c’est fantastique, dites donc, votre petite merveille ! C’est comme dans la pub ! Je veux la même, et Mary Poppins comme fournisseuse officielle, et des Bounty aussi ! » Tous s’installèrent avec enthousiasme dans la tente-chapiteau. Tous se souhaitèrent la bonne nuit très gaiement, après avoir avalé une purée de pois cassés. « Bonne nuit, les Suisses. » « Bonne nuit Mozza. » « Bonne nuit, Gaston. » « A vous aussi, l’indic. » « Bonne nuit, le policier. » « Oui, c’est ça, bonne nuit, Don Superhéro. » « J’ai rien dit. » « Heu, je veux dire, le Suisse. » « Ah non, ça ce n’était pas moi. » « Ah, alors bonne nuit, l’indic. » « Quoi ?. » « Quelqu’un se fout de ma gueule ? » « Non, bien sûr que non. Détendez-vous, quoi. » « Bonne nuiiiiiiiit. » « Ca, c’est Mlle Huguetta. » « Non, c’était Mozzarella, je me suis fait piquer par une guêpe. » « Y en a pas. » « Bon, bref, bonne nuit. » « Oui, hein. » « Oui. » « … » « Zzzzzz » « Qui ronfle ? » « Oh, bonne nuit à la fin, vous allez nous casser les pieds jusqu'à quand ?. »


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