Les aventures absolument tranquilles de Mozzarella (quoiqu'un type a dit : "tout est relatif") entrecoupées d'interludes qui ne sont pas sans contenir une inutilité obscure au profit d'un éphémère et léger divertissement.

vendredi 6 février 2009

Métaphysique de la reprise

Bon, maintenant que les partiels étaient passés, Mozzarella n’avait plus d’excuses. Plus d’excuses pour dire qu’elle n’était pas informée du fait qu’il fallait se mettre au travail tôt et de façon régulière, plus d’excuses pour dire qu’elle était prise par le temps et qu’elle ne pouvait pas mettre par écrit ses petites mésaventures, plus d’excuses pour dire qu’elle n’avait pas eu le temps d’étendre sa lessive. PLUS RIEN ! Elle avait tout à coup fait face au néant de son organisation, et se devait de trouver courage et motivation pour assurer un tant soit peu de stabilité à son existence. Elle avait souffert d’une intoxication aux magazines de filles, les articles qui y étaient publiés avaient achevé de lui plomber le moral (et le cerveau). Les histoires de Marie-José, 45 ans, convertie à la mode par une fantastique expérience de « relooking » impudemment offerte par ses copines du boulot, Bettina, 24 ans, étudiante en art qui se la joue rebelle de la robe trouée, Kristina, 36 ans, chargée de virer ses inférieurs hiérarchiques dans les ressources humaines et passionnée par les vestes en cuir, et Danielle, 39 ans, fan de Gucci et de Ralph Lauren, qui choisit ses amants pour leur look, toutes ces femmes névrosées – et oserons-nous le dire, atteintes ? – valsaient dans la tête de Mozzarella comme des sangliers rôtis dans celle d’Obélix. Mozzarella fit un constat affligeant en réalisant qu’elle se faisait aspirer et massicoter par les pages moisies de la société libérale ; il lui fallait maintenant remettre le pied à l’étrier. Des résolutions à la Bridget Jones s’imposaient. Répartir les choses en deux camps : la poubelle d’un côté, le renouvellement de l’autre. Les Biba, Glamour et autres gerbitudes de ce genre s’empilèrent donc tristement aux ordures, tandis que les derniers bouquins achetés furent époussetés avec vigueur et mis en valeur au premier rang d’une étagère, comme les fayots des bancs de l’école. La chambre de Mozzarella subit aussi de nettes transformations. L’aspirateur se chargea de faire disparaître les dernières traces de nonchalance qui traînaient sur le parquet et un désodorisant chimique élimina pour une longue durée (c’est du moins ce que prétendait son emballage réservé aux illuminés des slogans) les ultimes parfums d’inertie et de flemmardise. Une nouvelle page allait enfin pouvoir être tournée. Il était temps. Des aspirations héroïques de Superman se développaient progressivement. Des aspirations pires qu’une drogue, qui poussaient à la surenchère. D’abord, travailler bien comme il faut. Faire ses petits devoirs en rentrant des cours. Obtenir sa licence avec succès même si l’université s’en fout maintenant qu’elle fait grève. Continuer ses études. Chercher un travail. Sauver le monde. Tuer tous les méchants. Ne jamais livrer le secret de ses superpouvoirs. Ne pas accepter Dark Vador en ami sur Facebook.
Lorsque les perspectives d’avenir finissent par prendre forme, Mozzarella se dit que ça peut être sympa de tenter le coup.



Aucun commentaire: