Après que l’assemblée de cow-boys ait encouragé Mozzarella à retrouver au plus vite Superhéro, elle avait rapidement quitté les lieux, suivie de près par White Spirit. Thomas Hawk leur avait donné des vivres pour tenir encore quelques jours et une grande carte du désert. Mozzarella se réjouissait de voir son sac à nouveau rempli de gâteaux et de chips, et s’était fait une raison au sujet de White Spirit – « Si ce type doit m’accompagner, autant que ça se passe bien, je n’ai pas envie d’un pugilat au milieu de deux cactus. » D’ailleurs, White Spirit n’avait pas l’air si méchant que ça. Il bougonnait simplement toutes les cinq minutes et réclamait avec insistance sa bouteille de Coca Light dès qu’une goutte de sueur dégoulinait dans son cou. Mis à part ce comportement bizarre, White Spirit était du genre sympa et racontait des blagues assez drôles. Et puis, il en connaissait un rayon. White Spirit n’avait pas toujours été cow-boy. Il travaillait dans la finance, en Europe, et avait tout plaqué pour venir dans ces lieux reculés, garder les vaches et régler régulièrement ses comptes avec une carabine, comme l’exige le fonctionnement des gens d’ici. Il était très caractériel auparavant – son père avait fait la guerre d’Indochine et l’avait élevé à coups de crosse et de manuels de droit fiscal – mais il avait appris à se modérer et se mesurer avec le temps. Il était abonné à Marianne et l’Express ; malheureusement les services de la poste avaient récemment abandonné toute idée de continuer à livrer colis et lettres dans le coin, parce que le patron du Coconut Bar, toujours saoul, les accueillait par des coups de feu depuis le paillasson du pub. C’était du reste le cosmonaute qui le raisonnait perpétuellement et qui finissait par le coucher tous les jours en milieu d’après-midi. White Spirit vivait dans une bicoque à quelques centaines de mètres du Coconut Bar, à la lisière de la palmeraie ; il n’avait ramené qu’une seule chose de sa vie d’avant, c’était sa platine de vinyles ; il écoutait en boucle Elvis Presley, Nancy Sinatra et aussi Britney Spears, à qui il vouait une profonde admiration. White Spirit avait lu tout Proust, compris Nietzsche et Kant très jeune, et joué cinquante-sept fois dans sa vie à l’Euromillions. Enfin, il était arrivé gagnant de la compétition de Trimini en remportant successivement les victoires en baby-foot, mini-golf et ping-pong.
Mozzarella était de plus en plus impressionnée par tout ce qu’elle découvrait chez son acolyte. Cela faisait des heures et des heures qu’ils marchaient sans qu’elle se soit aperçue que le temps s’était écoulé. Le soleil était en train de se coucher et White Spirit décréta qu’il était temps de faire du feu. Il dit : « Demain, nous devrons nous lever à l’aube, Mozza. Nous sommes tout proches de Superhéro. Il va nous en faire voir de toutes les couleurs, avec son caractère bidon, et il faudra lui remettre les idées en place pour sauver les gens sur notre planète. D’autant plus que j’ai un cousin qui, en ce moment même, se fait martyriser par son poisson rouge, le pauvre l’a ramené de terre de côte d’Azur sans savoir que la bestiole, d’un bon mètre maintenant, venait tout droit du Pacifique et grandirait jusqu’à qu’il lui pousse des crocs et des épines. Pauvre Gaston, c’est terrifiant d’en arriver là, tout ça pour un article débile sur la pollution ! »
Mozzarella n’en croyait pas ses oreilles. Interloquée, elle finit par balbutier : « Mais vous êtes le cousin de Gaston de la Narcolepsie ? C’est incroyable, c’est lui-même qui m’a appris l’existence de Don Superhéro ! C’est fantastique, comme le monde est petit, et les destinées grandes ! »
White Spirit alluma une cigarette. Il voulut prendre une pause de cow-bad-boy (qu’un vieil oncle Clint lui avait apprise pour jouer les blasés congénitaux) en s’adossant sur ce qu’il croyait être un mur (sans apparemment se souvenir qu’il n’y en avait pas, de murs, dans le désert) et réalisa, au moment même où il laissait s’alourdir son corps, qu’il était juste parvenu à se planter le verso dans un cactus.
2 commentaires:
Pour être abonné à Marianne, ton cow boy doit vraiement atteint...probablement le soleil!
Enfin, amusant Gaston de la Narcolepsie..! mais ou donc es tu allé chercher ton inspiration!
Bien à toi
Perry
Sans doute parvient-t-on le plus souvent à créer des personnages et des histoires avec les rocambolesques résidus de contes, bandes dessinées et mondes imaginaires de l'enfance! Mais à la relecture, je m'interroge tout de même, peut-être serait-il bon d'aller consulter...!?!
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