Les aventures absolument tranquilles de Mozzarella (quoiqu'un type a dit : "tout est relatif") entrecoupées d'interludes qui ne sont pas sans contenir une inutilité obscure au profit d'un éphémère et léger divertissement.

mardi 24 mars 2009

Rencontre du troisième type

Un type avec une mine de vacancier apparut dans l’encadrement de la porte, les cheveux en bataille et le caleçon de travers. Il avait du reste, plutôt une belle gueule – enfin, c’est ce que Mozzarella pensait en le regardant ; il lui disait presque quelque chose, en fait. White Spirit, un peu décontenancé par la manœuvre d’ouverture de porte, s’était reculé de quelques pas, tandis que Gaston de la Narcolepsie s’était rapproché de la hutte. Ce dernier tendit une main franche et chaleureuse au type en caleçon, et dit avec enthousiasme : « Salut vieille branche ! Tu me reconnais ? Gaston, on s’est croisé il y a quelque temps… Heureux de te retrouver ! » Dans un premier temps, l’homme se gratta la tête et la barbe. Il plissa les yeux d’un air soupçonneux, remit son caleçon correctement ; tout à coup, son visage s’illumina, puis s’assombrit. « Gaston ! Gaston… Oui oui, bien sûr, le mec qui voulait me booster à propos de mes superpouvoirs… J’étais parti à cheval, non ? » Don Superhéro se gratta les fesses en gloussant. « Ah, elle était bien bonne, celle-ci… j’aurais aimé voir votre tête quand vous vous êtes aperçu de ma disparition ! Et dites donc, vous êtes revenu avec votre bande de copains dingos pour me refaire le coup de la responsabilité ? Ecoutez, tous. Ca m’est bien égal qu’un tordu narcissique et solitaire m’ait refilé ses petits pouvoirs. Je n’ai jamais su m’en servir, et ne le souhaite pas. A vrai dire, si je pouvais me fondre dans la masse sans que personne ne me reconnaisse, ça m’irait très bien. Alors, au diable votre acharnement ! Vous ne me laisserez donc pas en paix ? Ne changera-ce donc jamais* ? »
Pendant le monologue du type en caleçon, en qui Mozzarella n’arrivait pas encore à voir Don Superhéro, (qu’elle avait imaginé plein de classe et d’élégance, un peu perdu mais attendrissant), White Spirit s’était attelé à ramasser quelques feuilles de palmiers qui jonchaient le sol. Gaston écoutait l’hurluberlu en s’essuyant le front. Mozzarella, quant à elle, s’en était rapprochée, et le fixait avec des yeux moralisateurs. Du reste, Don Superhéro ne s’en apercevait pas. Il fallut que s’écoule un blanc de plusieurs secondes à la fin de son discours pour qu’il daigne la regarder. Mozzarella avait du mal à se contenir ; sortir de ses gonds n’était pas une habitude chez elle, mais à cet instant T, cela pouvait aisément se produire. Et c’est d’ailleurs ce qu’il se passa : « Hé, le Mal-Embouché. Vous êtes un imposteur ridicule. Quand on a la chance de se voir confier des pouvoirs dignes de ce nom, on en fait profiter les autres correctement. Moi qui ai fait un long trajet pour vous rencontrer, je m’attendais tout de même à me retrouver face à un homme, un vrai, certes un peu dans la lune, mais enfin, qui porterait des principes humains et altruistes à bout de bras ! Et au lieu de ça, je trouve une espèce de crotte de bouc, qui lance des insanités à qui veut bien les applaudir, et qui ne se rend pas compte de la chance qu’il a ! Zut à la fin, on dirait un Français mécontent! »
Don Superhéro ne bougeait pas. Les yeux hagards, il regardait Mozzarella s’agiter face à lui, sans rien comprendre. Il rougit un peu, se gratta encore les fesses, toussota, se moucha. Puis, sans que personne ne puisse envisager ce qui aller se produire, ses yeux s’embuèrent, et il éclata en sanglots. De grosses larmes coulèrent le long de ses joues bronzées tandis qu’on entendait le son de ses pleurs résonner comme ceux d’un enfant. « Je suis désolé, mais je ne m’attendais pas à çaaaaaa…. C’est la première fois que je sens que quelqu’un a autant foi en mooooooiiii… Ma pauvre mère m’avait toujours traité de raté, et me voilà projeté au-devant de grandes missions… C’est trop, c’est trop, mais c’est beaaaaauuuu… » Et tandis qu’il sanglotait encore, il s’appuyait contre l’épaule de Mozzarella et se mouchait dedans.

* NDLR : Notons que Don Superhéro est un fan inconditionnel de Pierre Desproges



BABY DON'T CRY


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