Les aventures absolument tranquilles de Mozzarella (quoiqu'un type a dit : "tout est relatif") entrecoupées d'interludes qui ne sont pas sans contenir une inutilité obscure au profit d'un éphémère et léger divertissement.

vendredi 13 mars 2009

Invité surprise

« Gaston de la Narcolepsie ! Ca alors ! Mais que faites-vous ici ? » Mozzarella le regardait avec des yeux écarquillés. « Si j’avais pu imaginer un instant vous retrouver là, en plein désert ! C’est extraordinaire, vraiment, les grands esprits se rencontrent ! » Gaston de la Narcolepsie descendit de son engin avec quelques difficultés, en râlant contre les phares qui s’éteignaient sans arrêt – bien qu’il fît grand jour – et contre les portes rouillées dans lesquelles du sable s’était incrusté. « A vrai dire, Mozza, j’ai moi-même pris la décision de vous venir en aide. J’ai eu vent de votre détermination quant à la quête de Don Superhéro. Les nouvelles vont vite. Et comme je me suis dit que mon cousin ne pourrait pas assurer jusqu’au bout (il jeta un regard en biais à White Spirit), j’ai pris la décision de vous donner un dernier coup de main. D’autant plus que j’ai trouvé un traitement révolutionnaire contre la narcolepsie, et si je le prends raisonnablement, je peux parvenir à me tenir éveillé jusqu’à cinq heures d’affilée ! N’est-ce pas extraordinaire, ça ? Quel progrès! » Et tandis qu’il affichait un sourire de dents blanches et brillantes, il ouvrait ses grands yeux de professeur intelligent.
White Spirit s’était tu jusqu’ici. Il n’avait, à vrai dire, pas même regardé son cousin dans les yeux. Il avait laissé son regard se perdre dans les creux et les bosses des dunes, et attendait qu’on le sonne. Gaston de la Narcolepsie s’avança jusqu’à lui, frappa dans ses mains pour faire un petit claquement sec, qui fit sursauter White Spirit, puis dit : « Allez, en voiture ! Tout le monde à bord ! Embarquement immédiat ! Les retardataires ne seront pas remboursés ! Merci de bien vouloir signaler au contrôleur tout colis qui vous semblerait suspect ! Ceci n’est pas un entraînement ! » Mozzarella monta énergiquement dans la machine et s’installa sur le siège arrière. Mais White Spirit restait à l’écart, sans bouger. Gaston de la Narcolepsie s’impatientait : « Alors, tu viens, cousin ? Non, ça y est, c’est là que tu deviens casse-pieds ? On va pas encore mettre quinze ans pour embarquer ! La dernière fois que tu m’as fait le coup, tu avais douze ans et tu portais des bretelles ! Ca suffit maintenant, t’as grandi, t’as fait tes preuves, alors monte et dépêche-toi ! » White Spirit marmonnait de manière incompréhensible. Gaston tapait du pied : « Et si tu as quelque chose à dire, parle ! Comme si il ne faisait pas assez chaud ici et que l’air ne nous tapait pas sur le système ! Et puis zut, tiens ! Je m’agace à parler aussi mal ! Quand je pense à mes conférences chez les guindés, où j’articule à m’en décrocher la mâchoire et où je fais preuve d’une certaine force littéraire, il suffit que je me retrouve entre deux pâtés de sable avec mon demeuré de cousin pour que je me mette à m’exprimer comme un poissonnier ! Et même un poissonnier s’en tirerait mieux, nom d’un chien ! Alors, tu cesses de nous impatienter, oui ou non ? » White Spirit faisait des dessins dans le sable avec son pied sans répondre. Mozzarella prit un coup de chaud : « Mais enfin, White Spirit ! Tu n’es même pas content de faire un bout de chemin en voiture ? Gaston de la Narcolepsie est tout de même fort sympathique de s’être donné tout ce mal pour nous retrouver et nous venir en aide ! Tu pourrais au moins le remercier ! Et puis monte, à la fin ! Ca nous reposera un peu. » White Spirit donna alors un grand coup de pied dans le sable en hurlant : « J’AI LE MAL DES TRANSPORTS ! VOILÀ CE QU’IL Y A ! JE NE SUPPORTE PAS, JE VOMIS TOUJOURS ! ET ENCORE PLUS DANS LES ESPÈCES D’ENGINS DIABOLIQUES DE GASTON, SALETÉS, J’AI TOUJOURS ÉTÉ OBLIGÉ D’Y MONTER, PAR LA FORCE DES CHOSES, ET SURTOUT À CAUSE DE SON CARACTÈRE DE COCHON ! JE ME SUIS JURÉ IL Y A BIEN LONGTEMPS DE NE PLUS METTRE UN PIED DANS UNE SEULE DE SES INVENTIONS ! ET PUIS, IL ME PARLE TOUT LE TEMPS MAL, À LA FIN ! JE SUIS PAS SON BOURRICOT ! » Mozzarella hallucinait de la scène. White Spirit essuyait de grosses larmes de rage, et Gaston de la Narcolepsie soupirait avec désespoir en se tapant la tête contre ce qui lui servait de volant. Mozzarella dit : « Ecoutez, les histoires de famille, je propose qu’on les oublie pour le moment. Faites preuve de diplomatie, les enfants. Chacun ses problèmes trans-générationnels. J’ignore quels sont les liens que vous avez tissés étant gosses, mais au pire, consultez en rentrant, et tout s’arrangera. On y va ? » Gaston de la Narcolepsie mit le moteur en marche, et White Spirit , dans un dernier effort, s’avança jusqu’à la machine et se hissa sur le siège, déjà vert.



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