Don Superhéro se redressa en reniflant bruyamment, et vit White Spirit qui avait déjà sorti un transat devant la porte. Don Superhéro dit en pleurnichant : « Si vous voulez… snif… vous pouvez rester… snif… c’est très sympa ici… snif… je vous la laisse volontiers, ma hutte… snif… » White Spirit s’étendit sur le transat et mit ses doigts de pieds en éventail. Il dit simplement : « Moi, j’adore. Je crois que je vais rester ici quelques jours. Les voilà, mes vacances. J’ai raté les promos Lastminute, alors autant profiter du cadre. » Mozzarella et Gaston de la Narcolepsie se regardèrent en acquiesçant. Don Superhéro frappa dans ses mains pour se donner un peu d’enthousiasme, et lança : « Bon, hé bien moi, il ne me reste plus qu’à préparer mes affaires. Je vais chercher mon baluchon. » Mozzarella ajouta : « N’oubliez pas votre manuel pour apprendre à faire marcher vos superpouvoirs. Ce serait regrettable que vous rentriez chez vous sans les recettes de cuisine. »
Quand enfin tout fut réglé, et que White Spirit eût pris ses repères, tout le monde décida d’aller boire un verre au So Easy Pub, situé à l’entrée du village. Il faisait nuit, l’ambiance était incroyable. Des lumières multicolores scintillaient sur les huttes et les palmiers. Les cactus fluorescents jetaient des rayons un peu partout, et la foule en délire chantonnait des airs italiens. Mozzarella trouva une petite table sympathique en terrasse, cachée par des feuillages. Ils commandèrent rapidement d’énormes cocktails roses et bleus. Un mexicain habillé en maître nageur vint leur jouer du pipeau, et une serveuse sexy déguisée avec des bouées de sauvetage leur apporta des verres géants et des fraises Tagada.
La soirée battait son plein. Don Superhéro invita Mozzarella à danser un rock argentin et White Spirit et Gaston de la Narcolepsie offrirent leur bras à de charmantes So Easy Girls pour une valse endiablée. C’est alors que Mozzarella, qui s’était assise quelques secondes pour se reposer, crut reconnaître des voix familières à sa gauche. Elle tourna la tête, et découvrit avec surprise ses vieux congénères de voyage attablés, qui semblaient eux aussi profiter pleinement de la soirée. Tous y étaient : Mlle Huguetta, les Suisses, le policier, l’indic, festoyant gaiement. Mozzarella se leva précipitamment pour aller les saluer. « Ca alors, vous ici ! » cria-t-elle avec un large sourire aux lèvres. « Des copains de vol ! Mais comment donc pouvons-nous nous retrouver tous ensemble à So Easy, alors que chacun a pris une direction différente ? » Mlle Huguetta, qui n’avait pas tout de suite reconnut Mozzarella (elle avait, à son regard, bu une dose conséquente d’alcool), s’exclama : « Mais c’est vous, Mlle Mozza ! Alors comme ça, vous avez réussi à l’Ouest, c’est fantastique ! Vous m’épatez, dites donc ! » Mozzarella pensa : « Encore le coup de l’Ouest ! Mais qu’est-ce qu’elle a, celle-là, à la fin, avec l’Ouest ? » L’indic fit du coude à Mlle Huguetta pour la faire taire, et prit la parole : « Ce que Mlle Huguetta essaie de vous dire depuis le début, c’est que vous vous êtes fait bananer sur l’itinéraire. En vérité, si vous étiez partie dans la même direction que l’un d’entre nous, vous seriez arrivée en terre de So Easy il y a bien longtemps. C’est un sacré détour, par l’Ouest. Enfin, vous y êtes. » Mozzarella devint toute rouge. Elle balbutia deux ou trois mots, interloquée, et pour finir, elle se mit à pleurer. « Ca y est ! Moi aussi, je craque ! Faut toujours que ce soit pour moi, la croûte du fromage ! Je veux rentrer à la maisoooooon… » Don Superhéro, triste de voir la pauvre Mozzarella dans un si pathétique état, la prit gentiment dans ses bras. « Keep cool, Mozza, tu vas rentrer chez toi et tout ira bien. Profite de la soirée détente, c’est sympa de retrouver des copains. »

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