Les aventures absolument tranquilles de Mozzarella (quoiqu'un type a dit : "tout est relatif") entrecoupées d'interludes qui ne sont pas sans contenir une inutilité obscure au profit d'un éphémère et léger divertissement.

mardi 10 novembre 2009

Savoir se vendre

Il paraît que pour un entretien, il faut "oser" et "se mettre en valeur".



Mozzarella avait fini par se bouger un peu. Ayant compris que les lois de la nature s’apparentaient à une éternelle et terrible lutte pour creuser son trou dans la société pourrie et injuste qu’était la sienne, elle avait choisi de ne plus vraiment faire confiance à l’avenir que lui réservait la fac. « Allons, s’était-elle dit. Ce n’est pas Monsieur Lanterne ni Madame Ampoule, 136 ans à eux deux, profs englués dans leurs locaux universitaires, qui vont pouvoir m’ouvrir les portes de la réussite sociale. Ils ont surtout l’air de s’agripper à leurs postes et de chasser les premiers malheureux qui semblent vouloir leur succéder. Sans-cœurs, rats d’égout ! Je m’en vais frapper chez de nouvelles têtes. »
Et c’est ainsi que, durant de longues heures, l’espoir grandissant, la main fébrile, le cerveau agité, Mozzarella s’était pour une fois astreinte à la discipline ô combien sévère de la rédaction d’un CV. Elle en avait regardés sur internet, des conseils de présentation, elle en avait lues, des techniques stratégiques de mises en page pour séduire l’employeur et faire chavirer son cœur jusqu’à ce qu’embauche s’ensuive. Mais après tout, à quoi tout ça servait-il ? N’était-ce pas plutôt cette suprême rencontre, cette absolue confrontation avec l’individu parfumé et binoclard qui vous scrute de derrière son bureau, qui était décisive ? Les CV, les lettres de motivation… balivernes ! Aujourd’hui, on veut de l’action, de la ferveur, de l’auto-encensement, de la séduction, du culot. Se faire embaucher, c’est jouer un rôle pendant une heure. Il faut se vendre, se vendre ! Quelle angoisse, quand c’est contre-nature. Et si on a le tempérament de celui qui s’excuse de demander pardon ? Et si on n’est jamais que le palot du fond de la classe qui rougit dès qu’on l’interroge ? Et si on est ce qu’on est, ce timide pas à l’aise, on crève sur la paille ? On se fait jeter des cailloux à la tronche, parce qu’on a pas su se vendre ? Reste encore la solution salvatrice, se tartiner la gueule de maquillage blafard, porter des culottes sur des pantalons, superposer trois perruques, se camer et passer à la télé pendant quinze jours, histoire de jouer la bête de cirque pour gagner suffisamment d’argent et vivre peinard pendant dix ans, avant de faire un come-back.
Pfff, quelle vie ! Enfin, pourquoi pas tenter sa chance ? Prendre rendez-vous avec le big boss, gober des anxiolytiques deux jours avant l’échéance, avaler un whisky pour ne pas trembler pendant l’entretien, répéter devant sa glace quarante fois par jours, se faire violence, c’est ça, se faire violence… allez, peut-être qu’une âme charitable finira par prendre Mozza sous son aile ! En avant toute, il est temps de décrocher le téléphone.


lundi 9 novembre 2009

La nuit

Tout moment est propice à la réflexion sur l'avenir.



jeudi 5 novembre 2009

mercredi 4 novembre 2009

Il se trame un truc chez les TCL

C'est fou, depuis pas mal de jours, il n'y a aucun problème de bus sur le réseau TCL, ils passent TOUS, et sont à l'heure.



Méfiance, il va se passer quelque chose, c'est louche tout ça.




A la fac, à la fac, c'est là qu'on s'éclate

Eh oui, quand on se retrouve de nouveau sur les bancs de la fac, et que le coeur est davantage à la déconne qu'à l'effort intellectuel entre deux cours, on part avec ses camarades dans des délires très bizarres, et on finit par scénariser des idées absurdes... Ainsi, ils auraient été aperçus nus chez eux par un voisin un peu trop prude. Au poste !



mardi 3 novembre 2009

On s'était dit rendez-vous dans dix ans

La nuit porte conseil... finalement, peut-être qu'il n'y a pas trente-six mille solutions d'avenir.



lundi 2 novembre 2009

On avance, on avance on avance...

Mozzarella se posait beaucoup de questions sur sa vie, son futur. En somme, sur cet avenir incertain, ces projets inaboutis, cette ultime perdition dans les eaux troubles de la jeunesse. Elle réalisait tout à coup qu’elle était à l’aube de son quart de siècle et que rien de sérieux n’était établi. Les esprits efficaces et pragmatiques lui demandaient dans un langage – presque obscur – ce qu’elle avait décidé d’entreprendre pour éclairer sa destinée, et elle ne savait que répondre. Le problème, c’est qu’après tout, elle avait ses rêves, se berçait d’utopies, et que toutes ces bien jolies choses se superposaient en filigrane à la réalité (réalité du reste assez problématique). Les plus énergiques seraient sans doute là pour marteler : « Rhôôô, les désirs, les désirs! Quand on veut, on peut ! » QUI est l’abruti qui a eu l’idée de sortir cette phrase grotesque? C’est le désengagement moral le plus total qui puisse exister face à l'aberration de la société. Non, quand on veut, on ne peut pas toujours. Oui, 100 % des gagnants au loto ont acheté un billet. Et après ? Ca nous fait une belle jambe, tiens. Aujourd’hui, tout le monde veut défendre son bout de gras, mais tout le monde bouffe surtout le gras de l’autre, parce que personne n’a assez de gras pour soi. S’il reste les os, c’est qu’on a de la chance. Les vautours du monde du travail zonent jusqu’à ce que dépression s’ensuive ; ou sinon, ce sont les plus redoutables qui, eux, chassent la charogne avant d’entrer dans la mafia. Enfin, c’est un bon paquet d’emmerdes, tout ça. Dès qu’on croit pousser plein d’espoir le portail du Possible, c’est pour se faire bouffer le mollet par les chiens du jardin. Très sympathique, non merci. « Il faut savoir creuser son trou, Mozza » reprennent en chœur les acharnés du combat. Mais quel est l’intérêt du combat ? Qui est le con qui se jette dans la fosse aux lions ? Qui lui a demandé de faire ça ? Même les gladiateurs devaient être dopés à la coke, quand on y réfléchit bien. La soif de gloire a ses limites.
En attendant, Mozzarella avait décidé de procéder par élimination en ce qui concernait une potentielle profession. Elle avait bien pensé à l’enseignement ; mais enfin, elle ne se sentait ni la robustesse ni l’autorité nécessaires pour mettre un pied dans ce monde. Au pire, elle recevrait des tomates et des œufs pourris à la tronche ; au mieux, elle se verrait chaque matin contrainte d’effacer moult caricatures et grossièretés sur le tableau noir du malheur. Non, vraiment, elle n’était pas faite pour ça. Mais voilà, elle avait déjà coché un premier métier qu’elle n’exercerait pas. Et ça, c’était un petit pas pour le futur, et un grand pas pour Mozza.




Tout de même : l'aube finira carrément par devenir un crépuscule, et ça, c'est emmerdant.



dimanche 1 novembre 2009

Rappel : la fumisterie universelle

Prenez garde, ô romantiques rêveuses.

Celui qui joue la sérénade au balcon le samedi



Est aussi celui qui fait le mort le dimanche.



mercredi 28 octobre 2009

Un jour au musée d'art contemporain


(Enfin déconnons pas il y avait des trucs vachement bien quand même)


mardi 27 octobre 2009

Starmania

Quand on arrive en ville... A chacun son voisin relou.
La barje du quatrième étage est intimement persuadée que les enfants des locataires du premier sont de dangereux truands qui revêtent leur veston de cuir le soir avant d'aller égorger tout Lyon.



lundi 26 octobre 2009

Les vacances

Ah, les vacances...
Et si on allait à Paris faire la Parisienne...



Ah non, c'est vrai, quand on est étudiante, on se contente de regarder les toits, si quelqu'un nous prête sa vue.



dimanche 25 octobre 2009

Changement d'heure



La lose des dimanches où il ne se passe désespérément RIEN.

Attendre...

Ô Temps qui suspendis ton vol, appuie sur play, la blague est franchement lourde maintenant.



samedi 24 octobre 2009

Mozza et ses petites contrariétés

L'hiver, c'est vraiment merdique en ce qui concerne la quantité de décharges qu'on se prend à cause de ces p... de pulls en laine et autres matières à la con.



jeudi 22 octobre 2009

Rira bien qui rira le dernier

« Docteur, j’ai fait une découverte qui en étonnera plus d’un : l’absurdité de ce monde est non seulement un puits sans fond, mais un sacré merdier. On n’est pas sortis de l’auberge, croyez-moi. Tenez, rien que le nombre de dingues est exponentiel. Et puis on se fourvoie sur la nature des désirs, on s’extasie sur des trucs bidon, on mélange compote et purée, on massacre le présent en trahissant le passé, on consomme la fuite en avant, on a soif d’éternels voyages, on papillonne, on butine, on abandonne, on jette. Non docteur, ne croyez pas que je me lamente. Je constate, c’est tout. Je la connais, la rengaine du « faut rebondir ma p’tite » et tutti quanti. Et puis, je suis de nature assez optimiste. Mais enfin là, franchement, ça sent le roussi. Je n’ai jamais été aussi découragée par la tournure des évènements. La lutte n’est même pas envisageable. Vous voyez ce que je veux dire ? Tenez, le sentiment est à peu près le même que celui qu’on éprouve quand on fait un gâteau et qu’on sait, dès les cinq premières minutes de cuisson, qu’il sera raté rien qu’en voyant sa gueule ; il y a quelque chose de l’ordre de l’impuissance, c’est terrifiant. Osez imaginer ce que ça donne quand ce sentiment surgit dans la vraie vie, je veux dire non pas face à un gâteau, mais face au monde, à des gens. Pas facile, hein, docteur. Allez gérer la cuisson avec des handicapés de la communication. Tout se dégonfle comme un vieux ballon. Enfin, il reste bien deux ou trois petites choses qui me font marrer. Tenez, par exemple, pas plus tard qu’hier je lisais une nouvelle d’Isaac Singer. Eh bien, vous me croirez si vous voudrez, mais j’ai ri, et pas qu’un peu ! Je me suis dit, dans mon for intérieur : « Tu vois Mozza, tout n’est pas perdu, même si on est rongé par l’absurde, on peut toujours largement pouffer. » De quoi redonner un petit souffle à l’existence, somme toute. Sans aller jusqu’à encenser les types qui se donnent rendez-vous à huit heures du matin sous vos fenêtres pour rire ensemble très fort et sans raison – rapport à un équilibre de vie qu’ils comptent entretenir parce qu’un type bouddhiste a dû leur expliquer que ça assainissait l’organisme de se bidonner – il faut bien reconnaître que la petite douleur abdominale qui fait plier le corps en deux quand la blague est bonne comble aisément le vide de l’existence. Ce que je crains le plus, en vérité, est l’humanisme sirupeux dont font preuve les plus mesquins. Finalement, un bon misanthrope est tout ce qu’il y a de plus fiable. Rapport qualité prix, on n’est jamais déçu. Allez docteur, je m’en retourne vers mes contrées lointaines. Télégraphiez-moi si je vous ai foutu le cafard, on en discutera autour d’une bonne bière. »



mardi 20 octobre 2009

Dans la tête des filles

Si la gente masculine s'interroge sur les discussions de filles... elle découvrira que ces dernières ont l'art de manier les concepts qui naviguent ardemment entre utopie et réalité



24 ans et toujours chez ses parents







Société SOUS-débile de SUR-consommation




lundi 19 octobre 2009

Ne nous laissons pas abattre

Le lundi au soleil ça n'est jamais qu'un coup fumant de la météo cette traîtresse




Evadons-nous vers nos plus beaux horizons intérieurs les enfants



Insomnie



samedi 17 octobre 2009

Les emmerdes sont pas finies

Avant de partir en soirée, on rêve du coup de foudre



Après avoir rejoint la soirée, on se désillusionne



vendredi 16 octobre 2009

Un soir au chinois pour fêter tout ça

Proverbe chinois : "Si ton père est réveillé pour les nems



... c'est qu'il dormira pour la soupe."



Les angoisses Facebook (quand on y est pas)

Parfois, je me demande s'il ne vaudrait pas mieux s'inscrire pour pouvoir contrôler à chaque instant qui a osé "taguer" ma tronche




....... et puis non.


jeudi 15 octobre 2009

Soirées Super-Deezer

Ce qui est top dans la vie, c'est de se retrouver chez les super copains à écouter des super chansons en savourant du super Genepi




mardi 13 octobre 2009

Qui de nous deux...?

Selon les astrologues, les gémeaux ont une double personnalité.



Quel bonheur, du coup c'est carnaval tous les jours.



Les jours d'octobre (allégorie)



Vivement demain qu'on se couche

A chaque jour sa corvée - ou son ennemi, si on est un peu belliqueux. Mozzarella croulait sous les piles de vêtements à laver, et l'aspirateur la narguait en ricanant derrière son placard, parce qu'il savait bien qu'il serait enfin utile en ce jour, l’aspirateur, et Mozzarella en était folle de rage. La tâche ménagère était décidément une besogne harassante de renommée publique que l’inconscient collectif hissait au rang d'horreur quotidienne. Enfin, quoiqu’il en fût, Mozzarella s’était parée pour un grand nettoyage d’automne – parce qu’elle aimait bien se dire qu’elle ne faisait pas tout à fait comme ces autres dingues qui préféraient dépoussiérer leurs armoires au printemps, enfermés au milieu des microbes par une magnifique journée où il fait si bon s’allonger sur la pelouse pour contempler le ciel et la beauté de la nature.
Le salami Herta lui avait pourtant bien dit de se mettre à l’ouvrage au lieu de pousser la chansonnette. En matière de labeur intellectuel, il avait plein de tas de bonnes idées à lui fournir. Mais Mozzarella faisait partie de cette catégorie de personnes angoissées qui préféraient l’inertie à l’échec. Un fou avait formulé l’affirmation suivante – avec cette acuité de cœur qui échappe aux gens ordinaires – : « Lao Tseu l’a dit : il faut trouver la voie. Moi, je l’ai trouvée, il faut donc que vous la trouviez aussi. Je vais d’abord vous couper la tête. Ensuite, vous connaîtrez la vérité. » Peut-être que c’était finalement ce qu’il fallait se résoudre à faire, si l’on en croit cette séduisante métaphore, perdre la boule dans l’immédiat, pour mieux entrevoir les chemins de la transcendance, au lieu de galérer ad vitam aeternam auprès du feu de cheminée, la gamberge ratatinée entre les têtes de cerfs et de sangliers empaillés – souvenirs du siècle dernier que personne ne jette par superstition. Certes, Mozzarella, les pieds sous la couverture, devant le feu chatoyant, aurait pu échapper au pragmatisme qui l’assiégeait. Mais en même temps, il fallait être honnête : elle ne pourrait jamais se payer son voyage en Alaska si elle ne se bougeait pas un peu. Quoique le coup de Lao Tseu ne soit pas vraiment fun. La question se posait définitivement en ces mêmes termes : alors les gars, qu'est-ce qu'on fout là ?



lundi 12 octobre 2009

Vive la rentrée

Perdue dans l'immensité de la rentrée universitaire et des enjeux interpoliticodiplomatoketchup qui se dessinaient dans sa nouvelle vie d'étudiante sérieuse, Mozzarella vagabondait entre tiramisus Auchan et balades en mobylette. Bien sûr, elle comptait sur son cheminement inconscient - et nécessaire - pour trouver un sujet de mémoire avant la fin du mois. Ses petits camarades de classe avaient déjà mis leur cerveau en surchauffe durant tout l'été et s'étaient pointés au mois de septembre parés d'une idée ab-so-lu-ment incroyable qui révolutionnait le système de recherche musicologique (c'est du mois ce qu'ils croyaient, les pauvres). Mesdames et Messieurs les Professeurs, déchargés, avaient applaudi avec ferveur et paternalisme l'intelligence des sujets si précisément définis et tout le monde était très content. Seule Mozzarella s'était égarée dans les méandres de ses recherches. De toute façon, ce mémoire, elle le comprenait à présent, n'était qu'une vaste fumisterie. On encensait en septembre pour mieux lapider en mai. Et Mesdames et Messieurs les Professeurs, dignement assis derrière leurs bureaux, n'hésiteraient pas à décourager un étudiant trop enthousiaste juste avant les épreuves finales. C’est pour cette raison que Mozzarella comptait sur une tactique infaillible quant au choix du sujet ; elle nécessitait une élégante combinaison de lèche-bottisme et d'originalité raisonnable. Il fallait quelque chose de pimenté mais d'accessible, de formel mais de plaisant. Tout résidait en la capacité à séduire les maîtres de mémoire – Mozza s’était tant et si bien fait bananer les années précédentes qu’elle avait tiré une bonne leçon de ses expériences catastrophiques.
Enfin, en attendant, l’inspiration ne venait pas. Mozzarella avait beau se pencher sur les marottes de ses chers et tendres enseignants, parcourir les livres poussiéreux de la bibliothèque, se plonger dans les thèses des ancêtres, surfer sur le web jusqu’à ce que l’ultime idée voit le jour … rien ne venait, tout était flou. « Rhô, et puis flûte ! s’exclama-t-elle par un bel après-midi d’automne. On la connaît, leur rengaine à ceux-là ! Ils vont nous mettre la pression pendant deux mois, et faire la grève pendant les quatre autres ! D’ici à ce qu’ils corrigent ou encouragent nos mémoires… Scandale sur la place publique ! » Et, parce que le retour à l’univers concret des problématiques culinaires peut parfois résoudre ou faire mûrir des interrogations d’ordre existentiel, elle se mit aux fourneaux, résolue à confectionner son premier tiramisu maison.



dimanche 11 octobre 2009

Mise en garde de Mozzarella


Si vous réunissez les critères suivants :

- facilement impressionnable
- aimant se lancer des défis inutiles
- ayant le goût pour la vie nocturne
- (célibataire)

alors il est inutile de regarder seul des films d'horreur


vendredi 7 août 2009

Viveuh les vacanceuh, c'est bien plus rigolo

Ca y est. Le compte à rebours était lancé. Désormais, Mozzarella pouvait joyeusement se focaliser sur la perspective des dernières heures. Rien ne pouvait la rendre plus satisfaite. Elle avait bouclé son sac après y avoir entassé quantités de choses inutiles - il était en phase ultime d'explosion. Dans peu de temps, elle serait dans ce train magique pour le Sud, là où l'eau est toute turquoise et où les goélands viennent taper dans le saucisson à midi.
Mozzarella était songeuse : c'était une page de l'été qui se terminait, ce boulot. A présent, d'autres futurs plus ou moins proches se dessinaient. Elle était tout de même bien embêtée à l'idée de partir alors que Gaston de la Narcolepsie se trouvait dans un état pitoyable. Elle était allée, la veille, sonner chez lui. Il n'avait pas ouvert, mais elle l'entendait faire des incantations lumineuses depuis sa salle de bain - à en croire le bruit de la douche, à moins qu'il n'eût branché un tuyau sur le robinet de la cuisine, auquel cas l'appartement devait être, à l'heure actuelle, une épave.
Mozzarella culpabilisait un peu, car elle s'en était allée au bout d'une heure trente seulement de sonnette intempestive, mais dans le fond, elle pouvait toujours envoyer Don Superhéro en mission commando - ce serait le baptême de ses superpouvoirs. Plus elle réfléchissait, plus elle trouvait Don Superhéro sacrément culotté, tout de même, le saligaud, de ne pas faire davantage cas de la délicate situation de Gaston. La théorie de la relativité avait des limites. Il fallait aussi puiser un peu dans son humanité, à un moment donné. Laisser faire les choses autour de soi, c'est bien beau, mais on finit par devenir pire que crétin quand cette ligne de conduite est poussée à l'extrême, et que la seule chose qui susbiste est une part hallucinante d'égoïsme.
Mozzarella songeait à écrire au Dalaï Lama pour protester contre le manque d'altruisme de ses congénères, et demander des petits conseils bien pratiques. Mais elle savait qu'il était très occupé avec des affaires autrement importantes que ses états d'âme, alors elle laissa tomber. De toute façon, avec les vacances, le courrier mettait toujours trop de temps à arriver. D'ici un ou deux mois, on ne savait pas ce qu'il pouvait se passer. Peut-être que Mickey et Minnie annonceraient publiquement leur divorce dans la presse people, ou alors que le scandale de la paëlla Marie éclaterait au grand jour, rapport à son concentré de bouffe dégueulasse.
Allez, les vacances étaient proches! Ils suffisait d'entrebailler à peine la porte pour voir les pâtés de sable s'aligner sur la plage, les pins parasols se courber sous le vent, les vagues heurter gentiment la coque des bateaux, le soleil se coucher derrière les dunes, les soixantenaires frippés se faire norcir les fesses et le DJ du village brailler dans son micro jusqu'à plus de voix. Tout était un seul et même décor, qu'il fallait prendre entier, sans réfléchir. C'était ça, les vacances. Youpi!


jeudi 6 août 2009

Citrouille mécanique

Mozzarella avait la tête creuse, comme une citrouille évidée. On aurait pu y mettre plein de choses, dans sa tête, et secouer très fort pour que ça se remue un peu, là-dedans, qu'il y ait quelque chose qui s'émousse, mais rien. Le néant absolu. Tout glissait sur son esprit comme un canoë sur un lac paisible, et encore, d'après toutes ces histoires de physique qu'on nous pond au bahut, le canoë devait sentir une certaine résistance sur l'eau, qui le freinait légèrement dans sa course.
Mozzarella prit son téléphone. Elle pensait appeler Don Superhéro, mais se ravisa au dernier moment et composa en premier lieu le numéro de Gaston de la Narcolepsie. Ca sonna longtemps ; Mozzarella allait raccrocher quand une voix furibonde se fit entendre:
" - Oui, allô? Qu'est-ce qu'il y a encore? Qui est mort? C'est vraiment une heure pour appeler les gens vous croyez, ça! 15 heures de l'après-midi! Aucun sens de l'éducation! 'Vous enverrais en tôle pour moins que ça tiens! Tapage diurne, comme motif! Irrécupérable ! Alors, quoi? C'est pour me faire de la pub pour des sushis que vous appelez? Ou pour me vendre des rouleaux de p-cul à prix d'usine? Je vous vois venir, avec vos slogans débiles! Mais je cède pas, moi! Je suis conscient de cette société pourrie dans laquelle croupissent les naïfs! Vous verrez, vous verrez, allez-y, demandez-moi n'importe quoi, dites-moi un seul mot, un seul, et je vous moucherai comme un môme!"
Mozzarella, abasourdie par tant d'excitation, tenta timidement quelques mots :
" - Gaston? C'est moi, Mozzarella... je vous dérange, peut-être?"
Il y eut un long silence au bout du fil. Puis la voix se râcla la gorge, et dit :
" - Ah, Mozza, excusez-moi, je suis un peu à cran en ce moment. On n'arrête pas de me téléphoner depuis que je ne suis plus sur liste rouge, c'est infernal tous ces types qui démarchent. Et puis, je prends un médicament révolutionnaire contre le sommeil, qui me met bien la pêche...je n'ai pas dormi depuis trois jours. Enfin, ce truc est incroyable, je pète le feu! Je fais des tas de choses, à toute heure du jour et de la nuit! C'est fan-tas-tique! D'ailleurs, je suis tellement dynamique que je vais devoir vous laisser, il faut que je fonce m'en acheter! Au revoir!"
Tut, tut... Mozzarella fronça les sourcils. Elle n'avait jamais connu Gaston de la Narcolepsie dans cet état. "Mais qu'est-ce qu'il peut bien prendre? Il faut que j'appelle Don Superhéro, sans doute m'éclairera-t-il davantage..."
Aussitôt dit, aussitôt fait. Ca sonna à peine deux secondes, et un Don Superhéro morne décrocha :
" -Allôôôôô?
- Rha, Don Superhéro, ça alors, qu'est-ce que je suis contente de vous entendre! Figurez-vous que...
- Ah Mozza, c'est terrible, terrible, je n'en peux plus. Je suis plongé dans le manuel de superpouvoirs H24, et je n'en suis qu'au 2e chapitre sur 58, ça n'en finit plus. Je crois que je vais mouriiiiir...
- Enfin, Don Superhéro, ne dites pas de bêtises. Vous êtes un garçon en parfaite santé, d'une intelligence tout à fait louable, alors, un peu de cran! Regardez tout ce voyage que j'ai fait pour vous retrouver et vous ramenez à la réalité! Prenez-en de la graine, mon vieux!
- Je sais, je sais...
- Dites-moi, vous avez eu Gaston récemment au téléphone? Il a l'air de ne pas tourner bien rond, comme dit l'autre..."
Don Superhéro soupira.
"- Ah, vous avez remarqué. D'un côté, c'est vrai qu'il faut pas être sorti de Saint-Cyr pour s'en apercevoir... Ce dingue prend de l'exta.
- Je vous demande pardon?
- Il trouve ça révolutionnaire. Il me téléphone deux cents fois par jour et raccroche invariablement au bout de 10 secondes de communication. Il me fatigue.
- Et c'est tout l'effet que ça vous fait?
- Non, croyez-moi Mozza, je suis épuisé par son attitude et...
- J'entends bien. Mais lui? Vous y avez pensé, un peu? Vous ne vous rendez pas compte! C'est très grave!
- Eh bien, docteur, allez le voir, si vous pensez pouvoir faire quelque chose. Moi, je m'en retourne à mon manuel.
- Et comment que je vais le voir! Vous êtes encore plus fou que lui!"
Mozzarella raccrocha précipitamment, et sortit de chez elle en courant.
Don Superhéro soupira, et se remit à sa lecture, chapitre 2, paragraphe 45, ligne 12. Ce soir, il irait manger une pizza pour se consoler.


mercredi 5 août 2009

Si par une nuit d'été un cambrioleur

Mozzarella était sur le point de faire une tachycardie aigue. Comment c'était arrivé, elle n'en savait trop rien. Un type louche était venu tambouriner à sa porte ; elle n'osait pas ouvrir. Elle était allée chercher le fusil de tonton Jacob, planqué dans le placard des toilettes, et s'était postée à un endroit stratégique, de telle sorte qu'en admettant que le foldingo puisse s'introduire chez elle, elle pouvait le menacer par surprise en pointant l'arme à très exactement 50 cm de son menton. Là, il lèverait les mains en l'air, et dirait certainement que c'était juste une blague, qu'il ne comptait pas faire quoique ce soit d'illégal, qu'il faisait partie du groupe de sécurité qui testait les moyens défensifs des locataires. "Tss tss", ferait Mozzarella. Comme dirait Donald : "Et mon cul, c'est du poulet." Elle décrocherait alors le téléphone pour prévenir la police, le fusil toujours pointé sur le bougre, et quelques minutes plus tard, il partirait menotté tandis que le lieutenant-chef de la Policeuh Municipaleuh lui témoignerait sa plus grande admiration - rapport à l'efficacité de sa démarche.
Cependant, il se produisit un schéma scénique dont la différence avec celui sus-donné réside en un petit incident fatal pour le déroulement du plan. Tandis que Mozzarella attendait en tremblant avec son fusil, elle vit tout à coup la porte s'entrouvrir, puis une main apparaître, et enfin une tête. Mozzarella remercia le hasard que cette tête fût tournée de l'autre côté et ne la vît pas. Elle se leva alors brusquement, et cria, avec le peu de courage qui lui restait : "Halte là, mon vieux! On ne passe pas!". Le type louche sursauta, et se retourna. Mozzarella pointait fièrement son fusil sur lui. Tout aurait pu marcher correctement, si elle n'avait eu envie d'éternuer à ce moment-là, incroyable manque de bol qui permit au voleur de s'éclipser et de fuir les lieux en dévalant la cage d'escaliers.
Mozzarella hurlait : "Au voleur, à l'assassin!" , mais personne ne semblait faire cas de ses appels incessants. Elle finit par aller se coucher, puisqu'il était près de deux heures du matin, et s'endormit, le fusil de tonton Jacob blotti contre elle.

Le clairon fut sonné beaucoup trop tôt, le lendemain. Encore un cambrioleur qui avait dû dérégler le parfait système d'alarmes que Mozzarella avait mis en place, et qui consistait ni plus ni moins en la méthodique succession de trois sonneries différentes, à heures-clés. Mozzarella ronchonna : "Si je retrouve l'imbécile qui a monté ce coup fumant, je lui fais gober sa lampe frontale."
Tout se préparant, elle réfléchissait. Gaston de la Narcolepsie n'avait pas donné de nouvelles, et Don Superhéro devait projeter de s'enterrer quelque part entre le Pakistan et les Etats-Unis. La France avait l'air de trop le déranger pour qu'il puisse y rester davantage. "Je suis sûre qu'il est en train de se faire la malle. Il faut que je lui passe un coup de fil, il est peut-être encore temps."
Elle rangea le fusil de tonton Jacob aux chiottes, et claqua la porte en partant.


mardi 4 août 2009

Ôde à Murphy... Mozzacata

Mozzarella rentra chez elle. A force de rester assise toute la journée, elle sentait ses jambes se traîner lourdement comme deux merguez pas cuites. Bien sûr, il aurait été d'une fine intelligence de pratiquer quelque activité sportive, mais il était 18 heures, et Mozzarella se sentait d'humeur flemmarde ; elle haussa les épaules et ouvrit le frigo. Triste décor : à part une carotte moisie et une part de pizza fadasse, plus rien ne subsistait.
C'est là que se produisit un évènement dont on peut largement supposer qu'il appartient à la case "extraordinaire" dans la vie de Mozzarella : elle se résolut à aller faire les courses. Si cette décision semble, pour toute personne normalement constituée, ne pas avoir de réelle valeur intrinsèque, tant par la fréquence de sa répétition que par sa banalité, elle touchait une catégorie bien précise de trolls mongoloïdes dont Mozzarella faisait partie, et qui hissaient cette seule volonté au rang de l'exploit, voire de l'au-delà du possible. Et c'est ainsi que, pleine d'une énergie qu'elle savait fugitive, Mozzarella prit son petit panier et sautilla en mode schtroumphette jusqu'au supermarché le plus proche. Hélas, il existe des désillusions ; celle qui suit en est un parfait exemple.
Quelque part, on peut dire que le Pepsi est au Coca Cola ce que les rayons alimentaires furent à Mozzarella : un gros bullshit. Sans repères dans les immensités de la grande distribution, abrutie, elle se mit à zoner entre les produits laitiers et les sacs poubelle, les oeufs bio et le papier toilette, les surgelés et le dentifrice. Ses yeux s'embrouillaient entre sa liste et les étalages, où se reproduisaient comme des cochons tous les produits alignés en tentations infinies. Elle prit les articles en quadruple, bouscula une mamie et son chien, renversa trois piles de yaourts, glissa sur une banane égarée, s'écrasa sur le type de la sécurité et pour finir, se rua sans réfléchir sur la caisse où s'étendait la plus conséquente masse de caddies.
Mozzarella se demanda si elle devait pleurer. Mais Grand-Maman lui avait confirmé que la dignité était nécessaire à la survie de l'espèce humaine. Mozzarella respira alors un grand coup, pleine d'un dernier optimisme candide - et stupide - et rentra chez elle avec de jolies pensées fleuries dans la tête.
La journée se serait peut-être mieux terminée que prévu, si le sac en plastique qui contenait le vin n'avait rendu l'âme devant la porte, et si les bouteilles ne s'étaient pas, par conséquent, lamentablement explosées sur le sol, emportant dans leur fracas les derniers élans positifs de Mozza.
Allez, c'était toujours une journée de plus dans le calendrier. Comme dirait l'arrière-grand-oncle du cousin de la bicyclette à Jules : le temps passe, l'éternité s'avance, vous inquiétez pô les mecs.


lundi 3 août 2009

A fireworks, fusées de détresse

Lundi. Retour à la réalité, le fauteuil à roulettes du bureau endort brusquement les derniers souffles de bonheur du week-end. Tout est reparti comme en quarante, monotonie, conflits intérieurs, pensées absurdes, décompte des heures. La perspective est fabuleuse. Heureusement, il y a encore les bouquins, pour sauver Mozzarella de ce quotidien moléculaire, et pour brasser chimiquement dans son cerveau toutes ces phrases imprimées à l'encre noire, jusqu'à ce que sonne la cloche de 17h30.
Mozzarella aurait aimé continuer à marcher dans les rues de Paris, comme quelques heures plus tôt. Regarder passer les gens, les voitures, les scooters, écouter gronder les souterrains, tanguer sur les rues pavées, prendre toujours les mêmes photos de la Seine. Mais au lieu de cela, elle sentait ses jambes s'engourdir, ses yeux se fermer. Tout était si vide!
Il fallait activer l'esprit. Mais rien ne venait vraiment. Si Mozzarella avait rencontré le docteur Glückenstein, dont on connaît la profondeur d'esprit et la finesse légendaire, peut-être qu'elle aurait encore pu amorcer quelques idées. < Voyez-vous, docteur, quand je mange ma tartine de beurre et que les miettes tombent avec un petit crépitement dans mon assiette, cela m'exaspère, tout comme le chat de la voisine qui est revenu chasser le moucheron sur mon balcon l'autre soir. L'imbécile, il miaulait à minuit. De quoi rendre cinglés les poissons rouges de grand-maman. Et puis il y a l'alcoolique du 18e étage, qui balance encore son slip par la fenêtre quand il est en colère. J'aurais aimé l'aider, mais il s'enferme toujours en chantant du Aznavour à tue-tête, c'est tout bonnement impossible de lui parler. Et l'autre folle qui est venue me sonner hier soir, parce que la lumière de ma chambre était éclairée et qu'elle avait peur que j'engraisse EDF. Mais ce sont surtout ces tartines qui m'inquiètent. C'est à chaque fois la même chose, c'est lorsqu'on s'y attend le moins que la cassure fatale survient, ça vous prend au coeur, c'est comme si on avait brisé quelque chose dans l'intimité de votre petit déjeuner. Je vous assure, n'y voyez pas là un discours de névrosée. Entre nous, à la limite, je préfèrerais encore finir psychotique. Là au moins, je n'aurais pas conscience de mon cas. C'est tellement agaçant, docteur, d'être plantée au boulot durant 8 heures avec un ordinateur pour discuter de la pluie et du beau temps. Je ne sais pas vous, mais moi j'en ai des palpitations. Tenez, ça fait un peu la même impression que les carottes trop cuites : ca éveille une colère maladive, parce qu'on sait qu'on passe à côté d'un truc incroyable. Sauf si bien sûr, on croit à la destinée. Mais enfin, ça c'est un autre problème. Je songeais à écrire un petit traité sur les pâtes fraîches. Qu'en pensez-vous, docteur? En ce qui concerne la carbonara, quoi de plus fascinant qu'une extrapolation dans le domaine du narcissime? Bien sûr, vous vous dites que je ne suis pas lucide. Mais ne pensez-vous pas que c'est par l'absurdité poussée à son paroxysme que tout s'éclaire? N'est-ce pas dans le noir complet qu'on voit de grands flashes de lumières? Ah, je vous entends déjà répondre : des flashes, jamais rien que des flashes, aucun éclairage continu... oui, c'est vrai, mais c'est toujours ça. L'humain ne peut pas être clairvoyant en permanence, sa courbe de lucidité est fonction de son état d'esprit. Comment, vous ignoriez ça, docteur? On vous aurait menti sur le divin? Ou sur le divan? Ne vous en faites pas, il paraît qu'on en apprend à tous les âges. Vous savez, quand on a découvert que la terre était ronde, il devait y en avoir pas mal qui frôlaient la quarantaine. Vous me direz, quarante ans, c'est peu, mais pour l'époque... ils ne devaient pas en mener large. Bon, ça suffit. Je m'en retourne à mes moutons. N'oubliez pas d'épousseter ma chaise quand je serai partie, il paraît que la thérapie extrait de notre cerveau des émotions bien ancestrales qui soulèvent des nuages de poussière. Dommage, je suis allergique. Au revoir, docteur. >


vendredi 31 juillet 2009

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les PC (sans jamais oser le demander)

Allons bon. L'ordinateur fait encore des siennes.
Dans ces moments-là, il faut prendre sur soi. Le self-control est un élément essentiel dans le processus de réflexion. Tout bien vérifier. Regarder si la prise est branchée. Si la petite lumière verte ne clignote pas. Si le disque dur ne fume pas. Mais non, tout est en ordre. Peut-être tapoter un peu l'écran, alors. Toujours rien. A moins que la souris soit mal branchée. Mais non, pourtant. Le fil est intact. Ah! et le clavier, la dernière fois, il y avait un souci avec l'infra-rouge. Curieux, ça aussi, ça a l'air en ordre. Bon bon bon, réfléchir encore un peu. Et si on redémarre...? Oui, mais dans ce cas, il faudrait y voir déjà quelque chose sur l'écran. Or il fait tout noir, là-dedans, là-dessus. On ne peut pas cliquer sur la petite fenêtre avec la flèche. Sinon, appuyer directement sur le gros bouton magique de la tour. Sacrés PC, ils n'auront jamais l'élégance des Mac. Et si jamais les données étaient endommagées? Oh, en même temps, il n'y a rien de spécial à sauvegarder, à part son sang-froid. Bon. Le gros bouton, alors. Et toc! Une pression efficace, pas trop lourde, juste ce qu'il faut. Patienter, patienter... rien. Mais enfin, c'est tout de même bizarre! Le self-control, le self-control. Une petite toux, un léger soupir. Un doigt grattant le crâne, le menton, le nez. Une main sur la hanche. Un petit trépignement de pied. Et puis toujours, cet écran noir. Un tout petit agacement qui vient de l'intérieur. Allons, reprenons. Polom pom pom. Et si on retapotait l'écran? Ah tiens, il s'est passé quelque chose...on dirait que le clavier a bougé. Enfin, c'est idiot, un clavier ne bouge pas tout seul! Bon. La prise...? Une nouvelle vérification s'impose. Mais c'est bien ça, elle est parfaitement branchée. Bon bon bon. Alors, la touche Echap, peut-être? Oui, évidemment, ça ne sert à rien. Allez, l'écran va bien s'allumer. Self-control. Encore un petit tapotement...BORDEL DE MERDE! FUCKING MACHINE! ET PRENDS CA DANS LA TRONCHE!

De toute façon, il fallait en acheter un autre.


Interlude - Au restaurant

On m'avait pourtant bien dit que ce restau n'était pas bon. Et ce vieux dégueulasse qui mange sa soupe avec ce bruit infernal. Et cette édentée dans le coin, qui mastique chaque bouchée pendant des heures. Et ce chat sinistre, qui monte sur les tables et y laisse les poils dégoûtants qu'il vient de lécher. Et ce lustre horrible, qui éclaire vaseusement la pièce. Et ce plancher, tordu et bruyant, sur lequel les clients font claquer leurs talons. Et cette table bancale, qui tangue lorsque je repose mon verre et que je coupe ma viande. Et cette patronne grasse, qui sourit vulgairement à chaque homme avec son décolleté provoquant. Et ces couverts sales, qui donnent la nausée à chaque fois qu'on les porte à la bouche. Et ce faux intellectuel, qui se planque derrière son journal pour mieux reluquer la patronne. Et ce chien agonisant, qui dort toute la journée au pied du comptoir et qui sent mauvais. Et ce serveur à l'oeil sombre, qui traîne des pieds. Et ce dandy mal fagotté, qui fume son cigare nauséabond. Et ce patron gras comme sa femme, qui surveille tout le monde d'un air soupçonneux. Et ces marées d'huile sur le tiroir-caisse, qui sentent jusqu'au dehors. Et ces parfums d'alcool fort, qui anesthésient les âmes. Et ce clochard sénile, qu'on jette à coups de pied. Et cet enfant maigre sur le trottoir, qui colle sa bouche contre la vitre. Et ce torchon pourri, qui sèche sur une chaise. Et cette tête de cerf empaillée, qui me regarde fixement. Et ces visages morts, qui contemplent leurs assiettes. Et ce bruit de casseroles, qui éclate les tympans. Et cette misère humaine, qui me fait fuir si loin.


Les philosophes bouchent les trous de l'univers avec les lambeaux de leurs robes de chambre

Ca y est. Vendredi. La libération était proche. Résolument déterminée à s'encanailler de la théorie du verre à moitié plein, Mozzarella ne voyait plus que de petites heures avant un envol joyeux vers les cieux du week-end. Finalement, la semaine était passée vite. Du lundi au vendredi, il n'y avait qu'un petit pas.
Ce qui était effrayant, c'est qu'une majeure partie de la population vieillissante affirmait, sans avoir le souci d'apaiser les angoisses de la jeunesse, que plus on avançait dans l'âge, plus le temps passait vite. Ainsi, Mozzarella avait fini par se convaincre que les semaines défilaient décidément d'une façon exponentielle. Que le monde n'était plus ce qu'il était. On avait beau lui dire: "Mais enfin, tu es jeune, tu crois vraiment que tu as besoin de t'encombrer de ces réflexions pour te faire gober par la métaphysique?", elle répondait qu'elle préférait se mettre au parfum plutôt que de sombrer dans la désillusion tôt ou tard.
Tout de même, elle en voulait un peu aux incontinents. Elle les sentait, au mieux, résignés sur leur sort et emprunts d'un dérangeant renoncement - qu'ils communiquaient avec le pathos d'un animateur de show télévisé - , au pire, maladivement jaloux des candides innocents - ce qui les traînait tout droit vers une forte décrépitude. Seule Grand-Maman et quelques autres personnages semblaient échapper à cette monstrueuse auto-condamnation.
Mozzarella réalisait tout à coup ô combien il était important d'orienter son existence. Et tandis qu'elle se gavait de bonbons pour éviter de sombrer dans un état comateux dès dix heures du matin, elle pensait à Freud, ce dingue qui avait balancé à la pause déjeuner : "Si tu veux faire une analyse, il faut que tu sentes les billets qui foutent le camp." Et si l'existence prenait un sens en ce qu'elle contenait d'inutile? Mozzarella s'égarait trop. Mais enfin, dès lors qu'un sandwich avarié, un genou cassé, une ampoule de chiottes grillée, un train raté, ne devaient pas poser de problème, si RIEN n'était grave, si on devait se foutre de ce fameux TOUT royalement, jusqu'à ce qu'il glisse parfaitement sur les fourmis humaines, même sur la peau résistante et rugueuse des dubitatifs, que restait-il alors, sinon que dalle, sinon cet incroyable néant qui nous chuchotait : "Hé hé, c'est moi, c'est pour ça la vie, pour rien, comme ça, un pari avec un pote." De quoi s'en prendre à tout et n'importe quoi - et aussi n'importe qui. Quelle injustice! Platon aurait mieux fait de la fermer plutôt que de donner à ses petits successeurs la mauvaise idée de continuer dans sa branche et de développer des théories de plus en plus hasardeuses. Lui et son étonnement à la noix! On ne l'aurait pas invité au banquet, tout se serait très bien passé. Bande de nuls.


jeudi 30 juillet 2009

Interlude - Si par les saisons des pigeons

La vieille se tenait là, assise sur son banc sale, et jetait des graines aux pigeons. Ses gestes, mesurés, un peu las, se répétaient indéfiniment, tous semblables. Le bras se levait, se pliait, plongeait une main mécanique dans le sac de graines, ressortait lentement, se dépliait, et dans un geste imperceptible, projetait la main au-dessus du sol jusqu'à ce qu'elle s'ouvre entièrement et lâche au gré du vent ce qui devait nourrir la volaille imbécile.
Tout était immuable; seul, le ciel changeait de couleurs, par-delà les heures.
La vieille était bien, là, sur son banc sale. Rien n'aurait pu la détrôner, si ce n'est le sifflet d'un agent de police, qui la faisait régulièrement déguerpir à une heure avancée. Elle se levait alors douloureusement, époussetait avec colère sa robe de laine trouée, et s'en allait clopin-clopant se jeter dans les brumes de la ville assombrie.
Puis, il y eut un jour où les pigeons attendirent leur repas, en vain. A la tombée de la nuit, les ingrats s'en furent trouver un autre banc sale, près d'une autre vieille.


Interlude - Sur les toits

" - Hé, toi là-bas!
- Moi?
- Non toi!
- Qui ça, moi?
- Oui, toi, là!
- Moi?
- Mais non, pas toi! Toi!
- Moi?
- Oui, oui, toi!
- Ben quoi?
- Ben toi, là!
- Ah!
- C'est toi?
- Oui c'est moi!
- Ah bon, je croyais que c'était toi."


Mozza en pause café

Mozzarella s'était récemment découvert une addiction. Oh, rien de méchant bien sûr, une addiction qui somme toute, se révélait être tout à fait banale dans le quotidien des mortels. Mais c'était précisément cet aspect ordinaire de la chose qui perturbait Mozzarella. Elle aurait souhaité être accro à un produit qui soit un peu plus incroyable que ça. Et pour cause : il s'agissait du café.
Le premier café n'est jamais bon. Mozzarella, rétrospectivement, se demande pourquoi elle s'est tant forcée à en boire au début ; à peine avait-elle avalé la première gorgée qu'elle sentait la nausée monter, et elle continuait, en se disant que si tout le monde en buvait, c'est que ça devait être un truc chouette. Raisonnement parfaitement stupide, surtout quand on découvre, à l'heure de la rébellion, frappé par une courte crise de lucidité, que les goûts et les couleurs ne se discutent pas.
Mozzarella avait lu récemment, dans des magazines de bio-santé(-sérénité-mangez-léger-digestion-transit-conseils-docteur-hypochondrie-vas-y-tu-paies-10-euros), que le café était décidément très mauvais pour le foie et le corps et les nerfs. Mais à présent, Mozzarella avait basculé du côté obscur. Elle ne pouvait se passer d'en ingurgiter des litres et des litres, jusqu'à ce que son coeur s'emballe et qu'elle sente des palpitations jusqu'au bout des tripes. Alors là seulement, elle se disait : "Faut que j'arrête."
Arrêter, et puis alors? Elle aurait été bien avancée de se réjouir quotidiennement en se frottant les mains, sautillant, et se répétant " x jours maintenant que j'ai arrêté le café ! " comme ces types dépossédés d'une distance nécessaire sur les choses et qui se raccrochent désespérément à un changement dans leur existence, le plus infime soit-il. Elle aurait fini dans un état pitoyable, proche de la démence, et on l'aurait retrouvée errant seule dans les rues, en chemise de nuit, les yeux hagards et vides, traînant des chiens plein de tiques, et déclamant en boucle : "J'ai arrêté le café, j'ai arrêté le café". Triste fin. Surtout pour du café.
Du coup, Mozzarella trouvait sa liberté individuelle dans l'absorption de ce liquide dévastateur. Maintenant que les lois planaient sur le monde pour un oui ou pour un non, elle cultivait un idéal qui échappait aux règles : "Boire du café quand ça me chante"... ô Epicure sur ton chemin divin, tâche de toujours illuminer ceux qui ont la foi pour le foie.


mercredi 29 juillet 2009

Interlude - "Et tout ça pour du beurre"

Midi. L'heure du crime. Un homme sort son couteau. C'est sur la tartine qui se présente presque face à lui, à quelques degrés de différence selon l'axe résolument déterminé par la pointe de son nez grec et le centre de la fenêtre de la cuisine, qu'il étalera, avec application et monotonie, la margarine que sa femme a ramené ce matin même du supermarché, rapport à un taux de cholestérol élevé.
L'homme est méticuleux. Et gros. Et gras. Il ne se lassera pas de répartir uniformément la margarine, jusqu'à ce qu'elle soit blanche. Vingt ans qu'il étale du beurre. Le changement avec la margarine l'a surpris, mais il s'en accommode. Il siffle un air joyeux, et s'arrête de temps à autre pour soupirer fort. Comme il est méticuleux, gros et gras, il sue. Sa femme a toujours détesté le voir suer, mais il n'y peut rien, c'est ainsi que la nature l'a fait. Alors même si elle est dégoûtée, elle s'est accommodée de cet état de fait, tout comme lui s'accommode de la margarine. Tout est une question d'habitude. L'homme sait qu'il s'habituera à étaler sa margarine comme il s'est habitué à étaler son beurre.
Le beurre lui avait demandé davantage de maîtrise technique que la margarine, en le sens que sa consistance était moins molle. Il avait dû, avec patience et application, apprendre au fil des jours à tartiner la biscotte selon l'acuité des perfectionnistes. Il commençait toujours par le bord, puis revenait au milieu progressivement, pour qu'il n'y ait point de cassure ni d'émiettage. L'homme méticuleux, gros et gras, était fier de lui.
A midi trois, sa femme ouvrit la porte d'entrée. Il entendit ses talons aiguilles claquer contre le parquet. Cela le contraria. Il poussa un grognement exaspéré, se recula brusquement de la table, et hurla: "Combien de fois t'ai-je dit: pas de talons sur le parquet!" Sa femme, dans un élan philosophique, s'écria: "Il y a des choses auxquelles on ne s'habitue pas." L'homme méticuleux, gros et gras dit alors: "La margarine c'est dégueulasse, il y a des choses auxquelles on ne s'habitue pas." Et ils divorcèrent promptement.


Avec ou sans glaçons?

Un célèbre proverbe esquimau dit: "Petite poussière dans l'oeil cache grand iceberg". C'est avec l'incontestable profondeur de la symbolique prêtée à cette phrase que Mozzarella, en ce jour, s'installa sur son siège de bureau. Elle se dit: "Voilà le problème. Il doit y avoir quelque chose qui m'empêche de voir la réalité telle qu'elle est. Il faut que j'en parle à mon cheval." Elle décida donc d'aller s'épancher auprès d'un pur-sang, et ce dès la sortie du boulot. Le pur-sang, du reste, était un vieil ami, dont les conseils se révélaient toujours sages et intelligents. Lorsqu'elle se trouva face à lui, Mozzarella lui fit part de ses interrogations sur le monde qui l'entourait. "Tu comprends, pleurnichait-elle, s'il y a des choses qui m'échappent, ma réalité est biaisée. Et je ne veux pas de ça. Il faut que tout soit transparent, maintenant. Ou alors je vais finir comme ces névrosés qui laissent glisser sur eux tout ce qui les entoure. Jean-Sol Partre aurait pu donner un petit coup de punch à l'existence, quand même. Et au lieu de ça, il a conditionné les plus faibles pour subir tout et n'importe quoi." Le pur-sang écoutait avec beaucoup d'attention, sans rien dire. Il laissait Mozzarella s'enfoncer dans un discours dont le pathétisme n'allait pas sans une pointe d'incohérence. Finalement, il la stoppa en soufflant fort par les nasaux, et dit simplement: "Tu te montes le bourrichon pour rien. C'est l'été, il y a des oiseaux qui chantent, du soleil, de la verdure pas trop sèche. Et toi, au lieu de profiter de ce que la nature nous accorde, tu pourris ta vie intérieure. Est-ce que je te parle du foin que ces imbéciles me donnent à manger tous les jours, alors que ça fait des lustres que ça me rend malade parce que j'étais carnivore dans une autre vie? Mais j'ai toujours mon auge pleine. Je suis positif ; soit positive un peu aussi."
Mozzarella rentra chez elle toute déconfite. Le pur-sang l'avait achevée. Et puis elle eut un mouvement de colère: "Oh celui-là aussi, avec ses grandes leçons moralisatrices et son désir de toujours voir le verre à moitié plein! Je vais trouver un autre moyen de m'en sortir."
Ainsi, tout le soir durant, Mozzarella resta assise dans son canapé, les bras croisés, à chercher une solution à son problème. Elle n'en trouva pas, et cela la rendit bien triste. "Il faudrait que je pense à faire mes lessives, se dit-elle. Je n'ai plus rien à me mettre." Et voilà comment soudain, au milieu des effluves de poudre Ariel et des tourbillons du tambour de la machine, à mi-chemin entre le matérialisme terrifant du quotidien et une inévitable spiritualité salvatrice, Mozzarella commença à entrevoir l'iceberg.


mardi 28 juillet 2009

Interlude en ut

Flûte
J'ai oublié mon luth
Dans ma hutte
Tiens! Et bien zut!
Et re-flûte!
Et ces poules en rut
Qui culbutent
Sur... TUT TUT!!!
Quoi? C'est quoi ton but?
Tu vois pas que je lutte
Assez sur cette bute?
Chut!
Et l'autre hirsute!
Flûte!


Métaphysique de la tapette à mouche

Ca y est. La crise était proche. Au boulot, Mozzarella, assise d'un air ahuri, comptait le nombre de mouches qui passaient devant elle. Elle se plut à établir des concepts mathématiques sans queue ni tête, rapport à des probabilités stupides et des calculs inintéressants. Ainsi, elle en vint à une théorie dont la suprématie n'avait d'égale que l'inutilité:
Si la courbe du vol de chaque mouche a pour fonction le carré de la distance du point de départ au point d'arrivée, divisé par la moitié du strabisme de Joe Dassin, alors le capitaine Crochet s'est converti au nihilisme et les Danone brassés ne sont plus ce qu'ils étaient. (Notons qu'entre les vols de chaque mouche est établie une interdépendance dont les plus sceptiques de nature seraient les premiers convaincus).
Et tandis que Mozzarella, soudain rêveuse, se félicitait de ce jeu d'esprit, elle élaborait un plan pour confectionner des tapettes à mouches révolutionnaires. Rien ne pouvait l'extraire de sa réalité intérieure. Des visages sans nom défilaient devant elle. Elle avait tout de même pu, au fil des jours, trouver quelques sosies de célébrités, et se vantait le soir, en mangeant ses pâtes au beurre, d'être une bien fine physionomiste.
Mais Mozzarella se rendait compte que quelque chose clochait. Et puis, elle était en colère, parce que Don Superhéro n'avait pas donné de nouvelles, rapport au manuel de superpouvoirs. "Enfin, après tout, il peut bien aller voir ailleurs si j'y suis, celui-là", se répétait-elle de temps à autre pour se donner de la contenance. Du reste, elle était trop hébétée pour avoir une pensée construite et fructueuse. La plupart du temps, elle se trouvait assise sur sa chaise, donnait des renseignements, envoyait des mails cordiaux, et tâchait de lire tout ce qu'elle pouvait lire.
Grand-maman l'appelait de temps en temps sur le poste fixe pour prendre des nouvelles et lui raconter ses dernières recherches actives de compagnon de route. Ca mettait un peu de piment, c'était drôle et sympathique. Puis Mozzarella revenait à la construction théorique de ses tapettes à mouches révolutionnaires, et l'après-midi se terminait ainsi. Elle rentrait le soir chez elle avec un épouvantable mal de dos, et s'endormait en s'acharnant contre les papillons de nuit qui surgissaient de son placard à chaussettes. Bienheureuse Mozzarella, rien ne pouvait détruire son petit train de vie tranquille où quelque chose clochait.


lundi 27 juillet 2009

Nouvel interlude

La patiente entra dans le cabinet du docteur.
Il la fit asseoir, la questionna sur ses maux.
Elle répondait par quelques phrases peu claires.
Le docteur décida de l'examiner. Il se réjouissait à l'avance de l'acte médical, car la patiente était très belle.
Il ne découvrit rien d'anormal. La patiente souffrait de troubles psychosomatiques. Il se dit qu'il ne pouvait rien faire pour elle, et l'envoya consulter un confrère.
Le confrère, après examen de la patiente, téléphona au docteur et lui demanda pourquoi il lui avait envoyé un cas pareil. Le docteur dit qu'il ne savait pas. Le confrère dit que ce n'était pas grave, car la patiente était très belle, et il envoya cette dernière chez un autre confrère.
La scène se reproduisit, identique à elle-même. Le second confrère téléphona au premier, lui demanda pourquoi il lui avait envoyé la patiente ; le premier confrère dit qu'il ne savait pas. Le second confrère dit que ce n'était pas grave, car la patiente était superbe, et il l'envoya chez un autre confrère.
La logique du déroulement, s'il en existe une, se répéta encore et encore, jusqu'à ce que la patiente soit de nouveau envoyée chez le premier docteur.
Lorsqu'elle entra dans son cabinet, elle dit : "Je ne sais pas pourquoi je suis venue chez vous, vous ne pourrez rien faire de plus pour moi que la précédente fois." Le docteur eut alors un large sourire, et dit: "Vous êtes sur la voie de la guérison. Votre mal réside en ce qu'on nomme le manque affectif. Vous avez été présentée à tous mes confrères, mais aucun ne vous a plu. Vous êtes revenue me voir, tout en sachant que je serais impuissant face à votre mal ; vous êtes donc ici pour d'autres raisons ; je devais un peu vous plaire. Marions-nous, et vous serez guérie." La patiente rougit, et dit oui. Les confrères assistèrent à la noce, et chacun se jura de ne plus se faire avoir.


Interlude

L'homme marchait dans les rues sombres. Il portait un imperméable gris foncé. Cependant, la mention de ce détail contient une menue importance, puisqu'il faisait nuit, et que la nuit, tous les chats sont gris.
L'homme sortit un paquet de cigarettes. Il en retira une, l'alluma d'un air nonchalant, à la façon des gangsters prêts à faire un coup magistral.
Il fit un petit signe de la main droite. Deux autres hommes vêtus d'imperméables jaunes le rejoignirent au bas d'un immeuble. Mais, la nuit, tous les chats sont gris.
Les imperméables jaunes-gris longèrent l'immeuble jusqu'à l'angle. L'homme en gris foncé se mit un peu en retrait derrière eux. Une lumière jaillit d'une fenêtre au-dessus de lui, et une femme en nuisette apparut. Ses cheveux tombaient souplement sur ses épaules dénudées, et s'il avait fait jour, on l'aurait trouvée très belle. Mais, la nuit, tous les chats sont gris.
L'homme en gris foncé fit un grand signe à la nuisette. Elle le lui rendit, puis disparut de la fenêtre quelques secondes. Les deux imperméables jaunes-gris guettaient toujours. La nuisette refit une apparition, et claqua dans ses doigts. Aussitôt, l'homme en gris foncé s'engouffra dans une petite allée sous la fenêtre. On entendit des pas dans un escalier, une porte s'ouvrir, un baiser furtif, un bruit de vaisselle, une conversation légère, un rire étouffé, puis un cri, une détonation. Le silence.
L'homme en gris foncé réapparut. Il alluma une autre cigarette. Les imperméables jaunes-gris abandonnèrent leur angle et le rejoignirent. Ils s'adossèrent au mur et croisèrent les bras en même temps. L'un demanda: "Alors, Al?" L'homme cracha la fumée tranquillement, et dit : "On y va, les gars. La soupe était ratée."


Et alors, quoi?

Mozzarella jeta hâtivement ses chaussures sur le parquet de l'entrée. Tout de même, quel imbécile, ce Gaston! Le narcissisme et la soif de gloire étaient des caractéristiques bien effrayantes. Gaston de la Narcolepsie, d'ordinaire si humble! Comme quoi, tout le monde pouvait à un moment donné virer de la carafe. Il n'y avait pas vraiment de règle à ce sujet, et l'humanisme dont tout individu faisait preuve dans sa vie était susceptible d'être rapidement balayé si le malheureux croyait un peu trop à son génie. Paix à l'âme des ambitieux.
Mozzarella regarda le courrier ; quelques jolies cartes postales qu'elle s'empressa de placarder contre le frigo, une ou deux factures qu'elle mit soigneusement de côté, des publicités dont elle lut le contenu en mangeant des céréales multivitaminées. Elle était à présent un peu désoeuvrée ; il lui faudrait prendre le taureau par les cornes pour se convertir à de nouvelles choses. Tout nécessitait un peu de pragmatisme, de ferveur, d'enthousiasme, d'authenticité. Elle le savait ; et alors, quoi! Tout le monde devait en passer par là, pourquoi pas elle?
Mozzarella s'écroula de fatigue sur le canapé. Elle aurait voulu boire un café glacé avec beaucoup de sucre dedans, jeter un oeil au magazine IKEA pour acheter une bibliothèque où elle mettrait plein de choses sympathiques. Mais elle ne bougeait pas ; un idiot avait dû faire une farce et mettre du plomb dans ses chaussures. A moins que ce ne soit un docteur qu'il eût fallu voir dans l'immédiat? Mais non, enfin, Mozzarella n'était pas malade. D'ailleurs, on lui avait conté une histoire qui l'avait refroidie à propos d'une visite médicale : le médecin, sans doute pressé de finir sa journée, avait tapé un peu trop fort sur le genou d'un patient lors des tests de réflexes ; le coup de marteau avait été fatal. Mozzarella se dit qu'elle échapperait bien à cet outil, surtout s'il devait se transformer, par la force des choses, en un instrument de torture. "Prudente pour prudente, je ne bougerai pas." Et elle fit bien, d'ailleurs ; car elle apprit le surlendemain que le médecin en question avait répété la bourde, et pleurait désormais amèrement en disant qu'il était temps de prendre sa retraite à défaut de vacances.
Mozzarella regarda les informations à la télévision. Une vieille dame avait été retrouvée égarée sur une grande avenue, alors qu'elle était invitée à déjeuner chez sa fille, et frappait les passants à coups de canne, il avait fallu la mettre de toute urgence en cellule de dégrisement ; à Ploucville, un jeune chien avait renversé un piéton, mais rien de grave, le village s'était remis de l'histoire et buvait un verre pour trinquer à la santé de tout le monde ; l'école reprenait dans un mois, les fournitures scolaires étaient à acheter d'urgence ; un groupe de touristes gravissaient le Mont-Blanc ; un concept révolutionnaire de machine à café ; les 35 heures ; le premier homme sandwich ; Jean-Paul Sartre ; la construction de la tour Eiffel; l'élevage de porcs ; enfin, documents annexes, soixante-dix-neuf bombes au Moyen-Orient. Mozzarella marmonnait toute seule: "Non mais sans blague, regardez-moi ça, ils sont tous maquillés comme des Louis XIV et infoutus de mettre les priorités dans l'ordre ! Monde de fous, monde de fous! Et délit de faciès pour la blonde avec son brushing!"
Voilà à quoi Mozzarella se trouvait réduite : ronchonner délibérément sur son canapé, en gobant des cacahuètes. Elle se dit soudain : "Quoi! J'aurais donc fait tout mon voyage pour CA?" Et elle éteignit la télévision.
"Il faut que je cherche un emploi, se dit-elle. Ca m'occupera et me forcera à me lever le matin." Aussitôt dit, elle se planta confortablement devant son ordinateur, et fit défiler les annonces d'emploi.


mardi 21 avril 2009

Fly together

Le vol, qui était sans aucune escale, se passa plutôt bien. De temps à autre, l’avion subissait quelques secousses, et Gaston de la Narcolepsie faillit bien vomir sur l’indic, qui, à cette idée dégoûtante, devint fou de rage. Le policier dut intervenir une nouvelle fois pour calmer le jeu. Mlle Huguetta, qui trouvait tout cela décidément très drôle, rit une bonne partie du voyage à gorge déployée, ce qui finit par user l’indic – par conséquent ce dernier redoubla d’énervement. Don Superhéro et Mozzarella avaient décidé de ne pas se mêler de tout cela et discutaient avec les Suisses de leurs fouilles dans le désert. Mozzarella avait d’ailleurs fini par comprendre qu’en réalité, le couple avait surtout décidé de prendre des vacances en se rendant vers les terres de So Easy, et que ses recherches n’étaient qu’un vague prétexte pour répondre à l’appel du transat. Don Superhéro posa beaucoup de questions quant aux précédentes découvertes des Suisses. Le Suisse raconta qu’ils avaient trouvé il y a deux ans le presse-papier en or massif de Toutankhamon, lorsqu’ils s’étaient jetés à corps perdu dans un tombeau inexploré. Mozzarella se dit que les Suisses étaient décidément des flambeurs, et tourna la tête pour regarder le ciel et les nuages à travers un hublot de l’avion.
Tous finirent par s’endormir. Ce fut l’atterrissage chaotique qui les réveilla. Gaston de la Narcolepsie rejeta toute forme d’athéisme et fit sa dernière prière. L’indic enveloppa Mlle Huguetta de ses bras solides, espérant amortir un choc trop violent. Mozzarella et Don Superhéro s’allongèrent à plat ventre sur le sol. Enfin les Suisses, dans des gestes précis et dynamiques, sortirent tout un attirail de protection, tel que maxi Airbag et masque respiratoire.
Finalement, tout se passa bien. Le commandant de bord avait juste un peu forcé sur le rhum de quinze heures, semblait-il, mais il maîtrisait parfaitement la situation. L’avion s’arrêta tranquillement et tous sortirent sains et saufs de l’engin.
Ils furent alors accueillis par des séries de flashes et d’acclamations délirantes. Des dizaines de journalistes s’étaient rués devant l’escalier pour immortaliser le retour triomphal des baroudeurs du désert. L’un d’entre eux, veste à carreaux et chapeau de feutre, s’avança près d’eux jusqu’à ce qu’il puisse leur glisser son micro sous le nez et leur poser une multitude de questions, que personne ne parvenait à entendre. La plus blonde des hôtesses de l’air le fit reculer péniblement jusqu’à ses petits camarades.
Mozzarella, rouge de rage, lança à Gaston de la Narcolepsie un regard accusateur, auquel il répondit par une tête piquant vers le sol. Mozzarella s’écria: « C’est vous qui avez eut l’idée géniale de prévenir les journalistes ? Au nom de quoi, en plus ? De l’arrivée d’un héros qui n’est même pas capable d’exploiter le moindre de ses pouvoirs, faute d’avoir utilisé son manuel correctement ? Ah, mais elle est belle, la victoire, mon vieux ! C’est moi qui vous le dit, le discours vous revient ! Libre à vous d’expliquer quoi que ce soit au sujet de Don Superhéro de mes fesses, moi, je rentre chez moi ! » Puis elle se tourna vers les journalistes et hurla pour qu’on l’entende : « Messieurs, nous voici de retour d’un beau voyage. Les personnes ici présentes, Gaston de la Narcolepsie, et Don Superhéro, se feront un plaisir de répondre à toutes vos questions. » Tous se ruèrent alors vers les principaux concernés, et Mozzarella se glissa dans la foule pour se frayer un passage. Elle salua de loin les Suisses, l’indic, le policier et Mlle Huguetta, qui lui rendirent son signe. De toute façon, ils s’étaient échangé leurs coordonnées, ils s’appelleraient pour une bouffe. Pour le moment, Mozzarella n’aspirait qu’à une chose, rentrer à la maison. Ah, que la vie était douce maintenant !


jeudi 9 avril 2009

A jurons déplacés Nutella renversé

Ils s’étaient tous levés au petit matin. Bien sûr, Gaston de la Narcolepsie et l’indic avaient failli s’étriper pour une barre de céréales, dont chacun revendiquait la propriété. Finalement, pour calmer le jeu, le flic avait décrété que la barre lui appartenait, et l’avait mangé sous leurs yeux ahuris. Les Suisses, envahis par un souffle de générosité, avaient alors donné aux deux affamés des compotes Andros et une boîte de Pim’s à la fraise, qu’ils s’étaient empressés d’engloutir sauvagement. Enfin, tout le monde s’était remis en route. Les Suisses suivaient minutieusement leur boussole, qui du reste était quelque peu particulière, parce que très sophistiquée. Ainsi, elle pouvait tour à tour servir de poste radio, de rayon laser, de montre, de réveil, et de talkie-walkie (en admettant qu’il y ait DEUX boussoles, ce qui n’était malheureusement pas le cas, et à fortiori complètement inutile).
Quand le soleil fut au zénith, les Suisses dirent en chœur : « Voilà, nous y sommes presque. » Mozzarella partit dans un grand éclat de rire, parce qu’il n’y avait précisément rien qui puisse signaler une quelconque arrivée. A part les éternelles dunes de sable, qu’elle ne pouvait plus voir en peinture, tout était vide. Les Suisses se tournèrent vers Mozzarella, un peu vexés, et répétèrent en chœur : « Mais si, voilà, nous y sommes presque ! » La Suissesse ajouta : « C’est par ici qu’on vient nous chercher. L’avion doit se poser d’ici une heure. Nous avons tout juste le temps de casser la croûte. » Mozzarella se dit qu’elle s’était vraiment fait rouler dans la farine. Ils avaient quitté la terre de So Easy la veille, et ils se retrouvaient déjà vers l’endroit où ils avaient atterri au début de l’aventure. Elle regarda Don Superhéro et dit avec colère : « Hé dites donc, vous avez intérêt à lire le manuel de vos superpouvoirs dans l’avion, vous, hein ! Sinon vous allez voir, quand on rentrera, de quel bois je me chauffe ! » Don Superhéro, qui ne comprenait pas l’énervement soudain de Mozzarella, secoua la main vers sa tempe en lançant un regard interrogateur à l’indic, qui haussa les épaules. Il semblait davantage préoccupé par le cas de Mlle Huguetta, dont la principale activité du moment était de fredonner des airs de Joe Dassin en se recoiffant devant un miroir de poche.
Ils déjeunèrent en aventuriers – le repas s’était limité à quelques gaufres que l’indic avait volées dans un « point alimentation » de So Easy. Elles étaient un peu molles et Gaston de la Narcolepsie râla pendant plusieurs minutes. Comme il ne se taisait pas, Don Superhéro finit par lui renverser une partie du pot de Nutella sur la tête, acte qui fit bondir les Suisses de rage et de désespoir, offusqués par tant de gaspillage, surtout que c’était tout de même du Nutella, et que le Nutella, ça ne se laisse pas traiter comme ça, et puis quoi, la maîtresse d’école n’avait-elle donc pas enseigné les rudiments des bonnes manières, qu’est-ce que c’était que cette éducation scandaleuse en France, et qui plus est, ces grossièretés étaient nées de la génération précédente, de celle qui se devait de cultiver encore quelque art du raffinement, alors que non, définitivement, non, ces bons vieux quadra, quinqua, s’inscrivaient déjà en marge du système, et nourrissaient et transmettaient des exemples comportementaux absolument scandaleux…
Gaston de la Narcolepsie abdiqua. Don Superhéro aussi. De toute façon, l’avion allait arriver, on entendait le moteur gronder au loin. A moins que ce ne soit un orage. Ah non, tiens, il faisait beau.
Effectivement, ils finirent par apercevoir l’engin dans le ciel. Tous sautillèrent gaiement en faisant de grands signes. Seulement, ils se fatiguèrent vite, car l’avion mit environ trois quarts d’heure à atterrir, suivant un mouvement de spirale infinie. Il fut accueilli dans le sable par des applaudissements rassurés. Tous embarquèrent vite. L’avion décolla comme une fusée. C’était chouette.


mercredi 1 avril 2009

Baby come back

Finalement, la soirée fut très sympathique. Mlle Huguetta, après quinze cocktails, roulait sous la table ; l’indic en avait d’ailleurs profité pour l’embrasser fougueusement avant qu’elle ne régurgite. Le policier s’était entiché d’une So Easy Girl blonde et pulpeuse, les Suisses avaient joyeusement participé à une farandole, Gaston de la Narcolepsie relançait des culs secs avec White Spirit, et Mozzarella et Don Superhéro avaient inlassablement dansé des rocks argentins. Il était très tard. L’aube arrivait. Tous décidèrent d’aller se reposer quelques heures avant de repartir – à l’exception de White Spirit, titubant, qui cherchait un kebab ouvert, et qui se réjouissait à l’idée de son séjour, et Mlle Huguetta, qui se trouvait dans la totale incapacité de parler.
Tous dormirent chez les Suisses ; ils avaient une très grande hutte jaune, avec des lits superposés un peu partout, ce qui était très pratique. La nuit fut courte. Le lendemain, le policier siffla le réveil, et tout le monde se mit au garde à vous. Seul White Spirit ronflait encore. Il y eut un grand débat pour savoir ce qu’il fallait faire de lui. L’indic conseillait de le laisser dormir. D’un autre côté, il fallait que la hutte soit libérée pour le soleil au zénith, et White Spirit se ferait alors réveiller par des inconnus, ce qui serait désagréable. Mlle Huguetta tenta de le secouer doucement, en lui parlant avec tendresse, chose que l’indic prit très mal. Finalement, le policier et Don Superhéro se mirent d’accord pour porter le soulard jusqu’à la hutte rose. White Spirit grogna un peu dans son sommeil lorsqu’il se fit ballotter dans tous les sens, mais il s’abandonna vite à un coma profond. La Suissesse sortit un carnet de sa poche, et en arracha une feuille. Tous lui écrirent un gentil mot d’au revoir, signèrent, puis fermèrent délicatement la porte.
Le village était encore calme. On sentait monter de la terre l’effervescence d’un nouveau jour, et les Suisses dirent qu’il ne fallait pas tarder. Ils ouvrirent la marche. Gaston de la Narcolepsie suivit, secondé par le policier. L’indic prit le pas un peu plus loin derrière, tenant par la main une Mlle Huguetta nonchalante. Mozzarella se cala sur leur rythme. Don Superhéro ferma la file. A la sortie du village, les Suisses montrèrent la direction à suivre, et tout le monde regarda au loin le vide du désert en hochant la tête sans trop savoir pourquoi. Il faisait déjà très chaud, et Mlle Huguetta se plaignait de vertiges. Elle se tourna une dernière fois vers le village, et dit : « Au revoir, chère terre de So Easy. C’était chouette. Bye bye love… » L’indic eut un tour de sang – puis il réalisa qu’il ne fallait pas être jaloux d’un village, et se calma.
Ils marchèrent d’un pas régulier, un certain temps. Au départ, l’ordre de file fut strictement respecté. Puis Mlle Huguetta recommença à courir de manière aléatoire, comme à son habitude, et brisa la chaîne. L’indic aussi, puisqu’il s’était mis à la poursuivre. Du coup, Gaston de la Narcolepsie s’était arrêté pour attendre Don Superhéro et parler superpouvoirs, ce qui avait poussé Mozzarella à remonter jusqu’aux Suisses et à les questionner sur leurs recherches aux points mentionnés au début de leur rencontre (« Alors, ça a donné quoi, vos fouilles ? »). Le policier s’était, il faut bien le dire, retrouvé tout seul comme un imbécile. Mais il s’en fichait, parce que, rêveur, il repensait à la blonde pulpeuse de la nuit dernière, et repassait en boucle dans sa tête les images de sa chevelure à paillettes qui virevoltait sous les projecteurs et les cocotiers.
A la tombée de la nuit, les Suisses, très organisés, sortirent de leur sac à dos une mini pochette, qu’ils jetèrent au loin, d’un petit coup sec. Aussitôt, une immense tente se déplia – qui ressemblait davantage à un chapiteau qu’à une tente, d’ailleurs. Mozzarella n’en revenait pas : « Mais, mais c’est fantastique, dites donc, votre petite merveille ! C’est comme dans la pub ! Je veux la même, et Mary Poppins comme fournisseuse officielle, et des Bounty aussi ! » Tous s’installèrent avec enthousiasme dans la tente-chapiteau. Tous se souhaitèrent la bonne nuit très gaiement, après avoir avalé une purée de pois cassés. « Bonne nuit, les Suisses. » « Bonne nuit Mozza. » « Bonne nuit, Gaston. » « A vous aussi, l’indic. » « Bonne nuit, le policier. » « Oui, c’est ça, bonne nuit, Don Superhéro. » « J’ai rien dit. » « Heu, je veux dire, le Suisse. » « Ah non, ça ce n’était pas moi. » « Ah, alors bonne nuit, l’indic. » « Quoi ?. » « Quelqu’un se fout de ma gueule ? » « Non, bien sûr que non. Détendez-vous, quoi. » « Bonne nuiiiiiiiit. » « Ca, c’est Mlle Huguetta. » « Non, c’était Mozzarella, je me suis fait piquer par une guêpe. » « Y en a pas. » « Bon, bref, bonne nuit. » « Oui, hein. » « Oui. » « … » « Zzzzzz » « Qui ronfle ? » « Oh, bonne nuit à la fin, vous allez nous casser les pieds jusqu'à quand ?. »