Mozzarella se posait beaucoup de questions sur sa vie, son futur. En somme, sur cet avenir incertain, ces projets inaboutis, cette ultime perdition dans les eaux troubles de la jeunesse. Elle réalisait tout à coup qu’elle était à l’aube de son quart de siècle et que rien de sérieux n’était établi. Les esprits efficaces et pragmatiques lui demandaient dans un langage – presque obscur – ce qu’elle avait décidé d’entreprendre pour éclairer sa destinée, et elle ne savait que répondre. Le problème, c’est qu’après tout, elle avait ses rêves, se berçait d’utopies, et que toutes ces bien jolies choses se superposaient en filigrane à la réalité (réalité du reste assez problématique). Les plus énergiques seraient sans doute là pour marteler : « Rhôôô, les désirs, les désirs! Quand on veut, on peut ! » QUI est l’abruti qui a eu l’idée de sortir cette phrase grotesque? C’est le désengagement moral le plus total qui puisse exister face à l'aberration de la société. Non, quand on veut, on ne peut pas toujours. Oui, 100 % des gagnants au loto ont acheté un billet. Et après ? Ca nous fait une belle jambe, tiens. Aujourd’hui, tout le monde veut défendre son bout de gras, mais tout le monde bouffe surtout le gras de l’autre, parce que personne n’a assez de gras pour soi. S’il reste les os, c’est qu’on a de la chance. Les vautours du monde du travail zonent jusqu’à ce que dépression s’ensuive ; ou sinon, ce sont les plus redoutables qui, eux, chassent la charogne avant d’entrer dans la mafia. Enfin, c’est un bon paquet d’emmerdes, tout ça. Dès qu’on croit pousser plein d’espoir le portail du Possible, c’est pour se faire bouffer le mollet par les chiens du jardin. Très sympathique, non merci. « Il faut savoir creuser son trou, Mozza » reprennent en chœur les acharnés du combat. Mais quel est l’intérêt du combat ? Qui est le con qui se jette dans la fosse aux lions ? Qui lui a demandé de faire ça ? Même les gladiateurs devaient être dopés à la coke, quand on y réfléchit bien. La soif de gloire a ses limites.
En attendant, Mozzarella avait décidé de procéder par élimination en ce qui concernait une potentielle profession. Elle avait bien pensé à l’enseignement ; mais enfin, elle ne se sentait ni la robustesse ni l’autorité nécessaires pour mettre un pied dans ce monde. Au pire, elle recevrait des tomates et des œufs pourris à la tronche ; au mieux, elle se verrait chaque matin contrainte d’effacer moult caricatures et grossièretés sur le tableau noir du malheur. Non, vraiment, elle n’était pas faite pour ça. Mais voilà, elle avait déjà coché un premier métier qu’elle n’exercerait pas. Et ça, c’était un petit pas pour le futur, et un grand pas pour Mozza.

Tout de même : l'aube finira carrément par devenir un crépuscule, et ça, c'est emmerdant.
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