Le salami Herta lui avait pourtant bien dit de se mettre à l’ouvrage au lieu de pousser la chansonnette. En matière de labeur intellectuel, il avait plein de tas de bonnes idées à lui fournir. Mais Mozzarella faisait partie de cette catégorie de personnes angoissées qui préféraient l’inertie à l’échec. Un fou avait formulé l’affirmation suivante – avec cette acuité de cœur qui échappe aux gens ordinaires – : « Lao Tseu l’a dit : il faut trouver la voie. Moi, je l’ai trouvée, il faut donc que vous la trouviez aussi. Je vais d’abord vous couper la tête. Ensuite, vous connaîtrez la vérité. » Peut-être que c’était finalement ce qu’il fallait se résoudre à faire, si l’on en croit cette séduisante métaphore, perdre la boule dans l’immédiat, pour mieux entrevoir les chemins de la transcendance, au lieu de galérer ad vitam aeternam auprès du feu de cheminée, la gamberge ratatinée entre les têtes de cerfs et de sangliers empaillés – souvenirs du siècle dernier que personne ne jette par superstition. Certes, Mozzarella, les pieds sous la couverture, devant le feu chatoyant, aurait pu échapper au pragmatisme qui l’assiégeait. Mais en même temps, il fallait être honnête : elle ne pourrait jamais se payer son voyage en Alaska si elle ne se bougeait pas un peu. Quoique le coup de Lao Tseu ne soit pas vraiment fun. La question se posait définitivement en ces mêmes termes : alors les gars, qu'est-ce qu'on fout là ?

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