Les aventures absolument tranquilles de Mozzarella (quoiqu'un type a dit : "tout est relatif") entrecoupées d'interludes qui ne sont pas sans contenir une inutilité obscure au profit d'un éphémère et léger divertissement.

vendredi 31 juillet 2009

Interlude - Au restaurant

On m'avait pourtant bien dit que ce restau n'était pas bon. Et ce vieux dégueulasse qui mange sa soupe avec ce bruit infernal. Et cette édentée dans le coin, qui mastique chaque bouchée pendant des heures. Et ce chat sinistre, qui monte sur les tables et y laisse les poils dégoûtants qu'il vient de lécher. Et ce lustre horrible, qui éclaire vaseusement la pièce. Et ce plancher, tordu et bruyant, sur lequel les clients font claquer leurs talons. Et cette table bancale, qui tangue lorsque je repose mon verre et que je coupe ma viande. Et cette patronne grasse, qui sourit vulgairement à chaque homme avec son décolleté provoquant. Et ces couverts sales, qui donnent la nausée à chaque fois qu'on les porte à la bouche. Et ce faux intellectuel, qui se planque derrière son journal pour mieux reluquer la patronne. Et ce chien agonisant, qui dort toute la journée au pied du comptoir et qui sent mauvais. Et ce serveur à l'oeil sombre, qui traîne des pieds. Et ce dandy mal fagotté, qui fume son cigare nauséabond. Et ce patron gras comme sa femme, qui surveille tout le monde d'un air soupçonneux. Et ces marées d'huile sur le tiroir-caisse, qui sentent jusqu'au dehors. Et ces parfums d'alcool fort, qui anesthésient les âmes. Et ce clochard sénile, qu'on jette à coups de pied. Et cet enfant maigre sur le trottoir, qui colle sa bouche contre la vitre. Et ce torchon pourri, qui sèche sur une chaise. Et cette tête de cerf empaillée, qui me regarde fixement. Et ces visages morts, qui contemplent leurs assiettes. Et ce bruit de casseroles, qui éclate les tympans. Et cette misère humaine, qui me fait fuir si loin.


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