Les aventures absolument tranquilles de Mozzarella (quoiqu'un type a dit : "tout est relatif") entrecoupées d'interludes qui ne sont pas sans contenir une inutilité obscure au profit d'un éphémère et léger divertissement.

jeudi 22 octobre 2009

Rira bien qui rira le dernier

« Docteur, j’ai fait une découverte qui en étonnera plus d’un : l’absurdité de ce monde est non seulement un puits sans fond, mais un sacré merdier. On n’est pas sortis de l’auberge, croyez-moi. Tenez, rien que le nombre de dingues est exponentiel. Et puis on se fourvoie sur la nature des désirs, on s’extasie sur des trucs bidon, on mélange compote et purée, on massacre le présent en trahissant le passé, on consomme la fuite en avant, on a soif d’éternels voyages, on papillonne, on butine, on abandonne, on jette. Non docteur, ne croyez pas que je me lamente. Je constate, c’est tout. Je la connais, la rengaine du « faut rebondir ma p’tite » et tutti quanti. Et puis, je suis de nature assez optimiste. Mais enfin là, franchement, ça sent le roussi. Je n’ai jamais été aussi découragée par la tournure des évènements. La lutte n’est même pas envisageable. Vous voyez ce que je veux dire ? Tenez, le sentiment est à peu près le même que celui qu’on éprouve quand on fait un gâteau et qu’on sait, dès les cinq premières minutes de cuisson, qu’il sera raté rien qu’en voyant sa gueule ; il y a quelque chose de l’ordre de l’impuissance, c’est terrifiant. Osez imaginer ce que ça donne quand ce sentiment surgit dans la vraie vie, je veux dire non pas face à un gâteau, mais face au monde, à des gens. Pas facile, hein, docteur. Allez gérer la cuisson avec des handicapés de la communication. Tout se dégonfle comme un vieux ballon. Enfin, il reste bien deux ou trois petites choses qui me font marrer. Tenez, par exemple, pas plus tard qu’hier je lisais une nouvelle d’Isaac Singer. Eh bien, vous me croirez si vous voudrez, mais j’ai ri, et pas qu’un peu ! Je me suis dit, dans mon for intérieur : « Tu vois Mozza, tout n’est pas perdu, même si on est rongé par l’absurde, on peut toujours largement pouffer. » De quoi redonner un petit souffle à l’existence, somme toute. Sans aller jusqu’à encenser les types qui se donnent rendez-vous à huit heures du matin sous vos fenêtres pour rire ensemble très fort et sans raison – rapport à un équilibre de vie qu’ils comptent entretenir parce qu’un type bouddhiste a dû leur expliquer que ça assainissait l’organisme de se bidonner – il faut bien reconnaître que la petite douleur abdominale qui fait plier le corps en deux quand la blague est bonne comble aisément le vide de l’existence. Ce que je crains le plus, en vérité, est l’humanisme sirupeux dont font preuve les plus mesquins. Finalement, un bon misanthrope est tout ce qu’il y a de plus fiable. Rapport qualité prix, on n’est jamais déçu. Allez docteur, je m’en retourne vers mes contrées lointaines. Télégraphiez-moi si je vous ai foutu le cafard, on en discutera autour d’une bonne bière. »



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