Un célèbre proverbe esquimau dit: "Petite poussière dans l'oeil cache grand iceberg". C'est avec l'incontestable profondeur de la symbolique prêtée à cette phrase que Mozzarella, en ce jour, s'installa sur son siège de bureau. Elle se dit: "Voilà le problème. Il doit y avoir quelque chose qui m'empêche de voir la réalité telle qu'elle est. Il faut que j'en parle à mon cheval." Elle décida donc d'aller s'épancher auprès d'un pur-sang, et ce dès la sortie du boulot. Le pur-sang, du reste, était un vieil ami, dont les conseils se révélaient toujours sages et intelligents. Lorsqu'elle se trouva face à lui, Mozzarella lui fit part de ses interrogations sur le monde qui l'entourait. "Tu comprends, pleurnichait-elle, s'il y a des choses qui m'échappent, ma réalité est biaisée. Et je ne veux pas de ça. Il faut que tout soit transparent, maintenant. Ou alors je vais finir comme ces névrosés qui laissent glisser sur eux tout ce qui les entoure. Jean-Sol Partre aurait pu donner un petit coup de punch à l'existence, quand même. Et au lieu de ça, il a conditionné les plus faibles pour subir tout et n'importe quoi." Le pur-sang écoutait avec beaucoup d'attention, sans rien dire. Il laissait Mozzarella s'enfoncer dans un discours dont le pathétisme n'allait pas sans une pointe d'incohérence. Finalement, il la stoppa en soufflant fort par les nasaux, et dit simplement: "Tu te montes le bourrichon pour rien. C'est l'été, il y a des oiseaux qui chantent, du soleil, de la verdure pas trop sèche. Et toi, au lieu de profiter de ce que la nature nous accorde, tu pourris ta vie intérieure. Est-ce que je te parle du foin que ces imbéciles me donnent à manger tous les jours, alors que ça fait des lustres que ça me rend malade parce que j'étais carnivore dans une autre vie? Mais j'ai toujours mon auge pleine. Je suis positif ; soit positive un peu aussi."
Mozzarella rentra chez elle toute déconfite. Le pur-sang l'avait achevée. Et puis elle eut un mouvement de colère: "Oh celui-là aussi, avec ses grandes leçons moralisatrices et son désir de toujours voir le verre à moitié plein! Je vais trouver un autre moyen de m'en sortir."
Ainsi, tout le soir durant, Mozzarella resta assise dans son canapé, les bras croisés, à chercher une solution à son problème. Elle n'en trouva pas, et cela la rendit bien triste. "Il faudrait que je pense à faire mes lessives, se dit-elle. Je n'ai plus rien à me mettre." Et voilà comment soudain, au milieu des effluves de poudre Ariel et des tourbillons du tambour de la machine, à mi-chemin entre le matérialisme terrifant du quotidien et une inévitable spiritualité salvatrice, Mozzarella commença à entrevoir l'iceberg.
Les aventures absolument tranquilles de Mozzarella (quoiqu'un type a dit : "tout est relatif") entrecoupées d'interludes qui ne sont pas sans contenir une inutilité obscure au profit d'un éphémère et léger divertissement.
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