Mozzarella s'était récemment découvert une addiction. Oh, rien de méchant bien sûr, une addiction qui somme toute, se révélait être tout à fait banale dans le quotidien des mortels. Mais c'était précisément cet aspect ordinaire de la chose qui perturbait Mozzarella. Elle aurait souhaité être accro à un produit qui soit un peu plus incroyable que ça. Et pour cause : il s'agissait du café.
Le premier café n'est jamais bon. Mozzarella, rétrospectivement, se demande pourquoi elle s'est tant forcée à en boire au début ; à peine avait-elle avalé la première gorgée qu'elle sentait la nausée monter, et elle continuait, en se disant que si tout le monde en buvait, c'est que ça devait être un truc chouette. Raisonnement parfaitement stupide, surtout quand on découvre, à l'heure de la rébellion, frappé par une courte crise de lucidité, que les goûts et les couleurs ne se discutent pas.
Mozzarella avait lu récemment, dans des magazines de bio-santé(-sérénité-mangez-léger-digestion-transit-conseils-docteur-hypochondrie-vas-y-tu-paies-10-euros), que le café était décidément très mauvais pour le foie et le corps et les nerfs. Mais à présent, Mozzarella avait basculé du côté obscur. Elle ne pouvait se passer d'en ingurgiter des litres et des litres, jusqu'à ce que son coeur s'emballe et qu'elle sente des palpitations jusqu'au bout des tripes. Alors là seulement, elle se disait : "Faut que j'arrête."
Arrêter, et puis alors? Elle aurait été bien avancée de se réjouir quotidiennement en se frottant les mains, sautillant, et se répétant " x jours maintenant que j'ai arrêté le café ! " comme ces types dépossédés d'une distance nécessaire sur les choses et qui se raccrochent désespérément à un changement dans leur existence, le plus infime soit-il. Elle aurait fini dans un état pitoyable, proche de la démence, et on l'aurait retrouvée errant seule dans les rues, en chemise de nuit, les yeux hagards et vides, traînant des chiens plein de tiques, et déclamant en boucle : "J'ai arrêté le café, j'ai arrêté le café". Triste fin. Surtout pour du café.
Du coup, Mozzarella trouvait sa liberté individuelle dans l'absorption de ce liquide dévastateur. Maintenant que les lois planaient sur le monde pour un oui ou pour un non, elle cultivait un idéal qui échappait aux règles : "Boire du café quand ça me chante"... ô Epicure sur ton chemin divin, tâche de toujours illuminer ceux qui ont la foi pour le foie.
Les aventures absolument tranquilles de Mozzarella (quoiqu'un type a dit : "tout est relatif") entrecoupées d'interludes qui ne sont pas sans contenir une inutilité obscure au profit d'un éphémère et léger divertissement.
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