Les aventures absolument tranquilles de Mozzarella (quoiqu'un type a dit : "tout est relatif") entrecoupées d'interludes qui ne sont pas sans contenir une inutilité obscure au profit d'un éphémère et léger divertissement.

mardi 10 novembre 2009

Savoir se vendre

Il paraît que pour un entretien, il faut "oser" et "se mettre en valeur".



Mozzarella avait fini par se bouger un peu. Ayant compris que les lois de la nature s’apparentaient à une éternelle et terrible lutte pour creuser son trou dans la société pourrie et injuste qu’était la sienne, elle avait choisi de ne plus vraiment faire confiance à l’avenir que lui réservait la fac. « Allons, s’était-elle dit. Ce n’est pas Monsieur Lanterne ni Madame Ampoule, 136 ans à eux deux, profs englués dans leurs locaux universitaires, qui vont pouvoir m’ouvrir les portes de la réussite sociale. Ils ont surtout l’air de s’agripper à leurs postes et de chasser les premiers malheureux qui semblent vouloir leur succéder. Sans-cœurs, rats d’égout ! Je m’en vais frapper chez de nouvelles têtes. »
Et c’est ainsi que, durant de longues heures, l’espoir grandissant, la main fébrile, le cerveau agité, Mozzarella s’était pour une fois astreinte à la discipline ô combien sévère de la rédaction d’un CV. Elle en avait regardés sur internet, des conseils de présentation, elle en avait lues, des techniques stratégiques de mises en page pour séduire l’employeur et faire chavirer son cœur jusqu’à ce qu’embauche s’ensuive. Mais après tout, à quoi tout ça servait-il ? N’était-ce pas plutôt cette suprême rencontre, cette absolue confrontation avec l’individu parfumé et binoclard qui vous scrute de derrière son bureau, qui était décisive ? Les CV, les lettres de motivation… balivernes ! Aujourd’hui, on veut de l’action, de la ferveur, de l’auto-encensement, de la séduction, du culot. Se faire embaucher, c’est jouer un rôle pendant une heure. Il faut se vendre, se vendre ! Quelle angoisse, quand c’est contre-nature. Et si on a le tempérament de celui qui s’excuse de demander pardon ? Et si on n’est jamais que le palot du fond de la classe qui rougit dès qu’on l’interroge ? Et si on est ce qu’on est, ce timide pas à l’aise, on crève sur la paille ? On se fait jeter des cailloux à la tronche, parce qu’on a pas su se vendre ? Reste encore la solution salvatrice, se tartiner la gueule de maquillage blafard, porter des culottes sur des pantalons, superposer trois perruques, se camer et passer à la télé pendant quinze jours, histoire de jouer la bête de cirque pour gagner suffisamment d’argent et vivre peinard pendant dix ans, avant de faire un come-back.
Pfff, quelle vie ! Enfin, pourquoi pas tenter sa chance ? Prendre rendez-vous avec le big boss, gober des anxiolytiques deux jours avant l’échéance, avaler un whisky pour ne pas trembler pendant l’entretien, répéter devant sa glace quarante fois par jours, se faire violence, c’est ça, se faire violence… allez, peut-être qu’une âme charitable finira par prendre Mozza sous son aile ! En avant toute, il est temps de décrocher le téléphone.


1 commentaire:

Andrea a dit…

Salut!
Je suis enchanté d'avoir trouvé un blog avec lequelle lire et practiquer mon français. Tes vignettes sont tres amusées!

Au revoir! Si tu comprennes l'espagnol, tu peux visiter le mien.