Ca y est. Vendredi. La libération était proche. Résolument déterminée à s'encanailler de la théorie du verre à moitié plein, Mozzarella ne voyait plus que de petites heures avant un envol joyeux vers les cieux du week-end. Finalement, la semaine était passée vite. Du lundi au vendredi, il n'y avait qu'un petit pas.
Ce qui était effrayant, c'est qu'une majeure partie de la population vieillissante affirmait, sans avoir le souci d'apaiser les angoisses de la jeunesse, que plus on avançait dans l'âge, plus le temps passait vite. Ainsi, Mozzarella avait fini par se convaincre que les semaines défilaient décidément d'une façon exponentielle. Que le monde n'était plus ce qu'il était. On avait beau lui dire: "Mais enfin, tu es jeune, tu crois vraiment que tu as besoin de t'encombrer de ces réflexions pour te faire gober par la métaphysique?", elle répondait qu'elle préférait se mettre au parfum plutôt que de sombrer dans la désillusion tôt ou tard.
Tout de même, elle en voulait un peu aux incontinents. Elle les sentait, au mieux, résignés sur leur sort et emprunts d'un dérangeant renoncement - qu'ils communiquaient avec le pathos d'un animateur de show télévisé - , au pire, maladivement jaloux des candides innocents - ce qui les traînait tout droit vers une forte décrépitude. Seule Grand-Maman et quelques autres personnages semblaient échapper à cette monstrueuse auto-condamnation.
Mozzarella réalisait tout à coup ô combien il était important d'orienter son existence. Et tandis qu'elle se gavait de bonbons pour éviter de sombrer dans un état comateux dès dix heures du matin, elle pensait à Freud, ce dingue qui avait balancé à la pause déjeuner : "Si tu veux faire une analyse, il faut que tu sentes les billets qui foutent le camp." Et si l'existence prenait un sens en ce qu'elle contenait d'inutile? Mozzarella s'égarait trop. Mais enfin, dès lors qu'un sandwich avarié, un genou cassé, une ampoule de chiottes grillée, un train raté, ne devaient pas poser de problème, si RIEN n'était grave, si on devait se foutre de ce fameux TOUT royalement, jusqu'à ce qu'il glisse parfaitement sur les fourmis humaines, même sur la peau résistante et rugueuse des dubitatifs, que restait-il alors, sinon que dalle, sinon cet incroyable néant qui nous chuchotait : "Hé hé, c'est moi, c'est pour ça la vie, pour rien, comme ça, un pari avec un pote." De quoi s'en prendre à tout et n'importe quoi - et aussi n'importe qui. Quelle injustice! Platon aurait mieux fait de la fermer plutôt que de donner à ses petits successeurs la mauvaise idée de continuer dans sa branche et de développer des théories de plus en plus hasardeuses. Lui et son étonnement à la noix! On ne l'aurait pas invité au banquet, tout se serait très bien passé. Bande de nuls.
Les aventures absolument tranquilles de Mozzarella (quoiqu'un type a dit : "tout est relatif") entrecoupées d'interludes qui ne sont pas sans contenir une inutilité obscure au profit d'un éphémère et léger divertissement.
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