Mozzarella fut rattrapée par la morale : même si l’idée de la manifestation l’angoissait, en ce qu’elle contenait d’inconstant et d’imprévisible, elle se dit qu’elle agirait pour la bonne cause et qu’elle pourrait avoir l’occasion d’y déverser ses rages contenues depuis plusieurs jours, en considérant le lieu de l’action comme un parfait défouloir. Elle pourrait y cracher des gros mots, des injures, des insanités, on n’y verrait que du feu. Au pire, on penserait que c’est pour insulter le Président de la République, et elle finirait portée par les bras vigoureux des plus militants et des plus acides, adulée par une foule en délire : « Elle a osé ! Elle a osé ! Elle l’a dit ! » Puis, des journalistes se l’arracheraient au JT de 20 heures, où elle devrait expliquer ce qui l’avait conduite à se débarrasser de toute inquiétude, à se libérer de tout interdit concernant le petit Nicolas. Après tout, on était encore en démocratie, elle pouvait bien se mettre un entonnoir sur la tête et raconter avec la plus grande gravité comment elle avait fait le choix de se lancer à corps et à cris dans ce combat révolutionnaire par l’insulte. A l’image des types qui se rendaient plein de bière et de rage à un match de foot, Mozzarella allait finir par prôner le concept du rassemblement de foules pour lâcher ses fureurs. Elle eut soudain un cas de conscience : manif ou exutoire?
Les aventures absolument tranquilles de Mozzarella (quoiqu'un type a dit : "tout est relatif") entrecoupées d'interludes qui ne sont pas sans contenir une inutilité obscure au profit d'un éphémère et léger divertissement.
mardi 10 février 2009
Grand beau
Mozzarella regardait béatement par la fenêtre. Il faisait beau, pour une fois. La petite madame de la météo, qu’elle aurait insultée la veille pour incitation à la dépression nerveuse (cela faisait une semaine qu’elle annonçait toujours de la pluie), fut chassée de son esprit par les rayons de soleil qui entraient par la fenêtre. Il faisait doux, il n’y avait pas de vent ; c’était décidément bien un temps à aller se promener. D’ailleurs, ça tombait bien : une petite manifestation nationale contre une vague réforme des universités était annoncée pour l’après-midi. Au programme : condamnation d’un président dingue pour délit de sale gueule et de mauvaise foi, apprentissage de l’art et la manière de taper du poing sur la table, première expérience d’agoraphobe en terrain inquiétant – quoi de plus intéressant que de vivre son ultime traumatisme au milieu d’une manifestation de cinglés hargneux et hystériques ? Non pas que ce soit la cause défendue qui heurte Mozzarella, bien au contraire, mais c’est cet engouement hostile pour le cri sauvage et la violence du poing levé ; après tout, on avait bien fini par connaître l’issue de 1789 et mai 68 – tous des excités.
Mozzarella fut rattrapée par la morale : même si l’idée de la manifestation l’angoissait, en ce qu’elle contenait d’inconstant et d’imprévisible, elle se dit qu’elle agirait pour la bonne cause et qu’elle pourrait avoir l’occasion d’y déverser ses rages contenues depuis plusieurs jours, en considérant le lieu de l’action comme un parfait défouloir. Elle pourrait y cracher des gros mots, des injures, des insanités, on n’y verrait que du feu. Au pire, on penserait que c’est pour insulter le Président de la République, et elle finirait portée par les bras vigoureux des plus militants et des plus acides, adulée par une foule en délire : « Elle a osé ! Elle a osé ! Elle l’a dit ! » Puis, des journalistes se l’arracheraient au JT de 20 heures, où elle devrait expliquer ce qui l’avait conduite à se débarrasser de toute inquiétude, à se libérer de tout interdit concernant le petit Nicolas. Après tout, on était encore en démocratie, elle pouvait bien se mettre un entonnoir sur la tête et raconter avec la plus grande gravité comment elle avait fait le choix de se lancer à corps et à cris dans ce combat révolutionnaire par l’insulte. A l’image des types qui se rendaient plein de bière et de rage à un match de foot, Mozzarella allait finir par prôner le concept du rassemblement de foules pour lâcher ses fureurs. Elle eut soudain un cas de conscience : manif ou exutoire?
Mozzarella fut rattrapée par la morale : même si l’idée de la manifestation l’angoissait, en ce qu’elle contenait d’inconstant et d’imprévisible, elle se dit qu’elle agirait pour la bonne cause et qu’elle pourrait avoir l’occasion d’y déverser ses rages contenues depuis plusieurs jours, en considérant le lieu de l’action comme un parfait défouloir. Elle pourrait y cracher des gros mots, des injures, des insanités, on n’y verrait que du feu. Au pire, on penserait que c’est pour insulter le Président de la République, et elle finirait portée par les bras vigoureux des plus militants et des plus acides, adulée par une foule en délire : « Elle a osé ! Elle a osé ! Elle l’a dit ! » Puis, des journalistes se l’arracheraient au JT de 20 heures, où elle devrait expliquer ce qui l’avait conduite à se débarrasser de toute inquiétude, à se libérer de tout interdit concernant le petit Nicolas. Après tout, on était encore en démocratie, elle pouvait bien se mettre un entonnoir sur la tête et raconter avec la plus grande gravité comment elle avait fait le choix de se lancer à corps et à cris dans ce combat révolutionnaire par l’insulte. A l’image des types qui se rendaient plein de bière et de rage à un match de foot, Mozzarella allait finir par prôner le concept du rassemblement de foules pour lâcher ses fureurs. Elle eut soudain un cas de conscience : manif ou exutoire?
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2 commentaires:
Essayes d'abord d'entrer seule dans un café plein à craquer, de t'asseoir à une table et siroter un café, tranquillement, comme si de rien n'était, Pom Polom Pom Pom..
Si tu tiens une heure, tjs seule à ta table, sans te sentir menacée par les regards qui se posent sur toi, alors tu seras mûre pour la manifestation et les gros mots..
Cordialement.
L'idée peut être séduisante... art de découvrir les limites de son aplomb, ou petit traité du déjà-vécu sur "le regard de l'autre ne tue pas"? Ces situations ne sont jamais vraiment confortables...ah nos grands moments de solitude.
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