Les aventures absolument tranquilles de Mozzarella (quoiqu'un type a dit : "tout est relatif") entrecoupées d'interludes qui ne sont pas sans contenir une inutilité obscure au profit d'un éphémère et léger divertissement.

samedi 3 janvier 2009

Mozzarella chez Grand-Maman


Aujourd’hui sonnent les cloches d’un nouveau monde. Tandis que Mozzarella et ses amies se débattent dans l’immense absurdité de leurs passions amoureuses, Grand-Maman, quatre-vingt-un ans, veuve depuis un certain temps, s’entiche de son voisin, un homme de dix ans son cadet. Il est beau, dit-elle. Il a de la prestance et de la présence. Il parle peu, se montre très courtois. Il fait des bien gracieux sourires. Oh non, il ne serait pas du genre à rentrer dans l’ascenseur avant vous. Et il n’oublie jamais de vous demander à quel étage vous habitez, pour vous épargner ce geste lourd, cet indispensable pression sur le bouton, le petit effort du doigt qui s’effectue juste avant que vous ne sortiez, à l’agonie, vos clés d’un sac encombré pour pénétrer dans votre chez-vous.
Grand-Maman revit donc. A quatre-vingt-un ans, soucieuse de séduire l’objet de ses nouveaux espoirs amoureux, elle se pomponne chaque jour avant d’aller acheter le pain – on ne sait jamais, il pourrait sortir de chez lui au même moment. Elle s’est procuré du maquillage de luxe et a ressorti ses plus belles robes. A chaque fois qu’on l’embrasse, des effluves de parfum capiteux flottent dans l’air. Elle est gaie et drôle, et vit ses rêves de cinéma.
Quand elle regarde Grand-Maman évoluer avec autant de légèreté du haut de son bel âge, Mozzarella songe à faire une entrée résignée dans la CJFSDV(LP), la Congrégation des Jeunes Filles qui se Sentent Déjà Vieilles (Les Pauvres). Mozzarella en a bien, de l’amour à revendre, des projets, des envies, des soifs, mais elle se sent tellement petite face aux réalités du monde. Et puis ce discours moralisateur, un brin fataliste, de ses aînés et congénères expérimentés, qui prônent la volonté, cette simple et usante volonté, pour la réussite ! Si seulement la passion pouvait conduire la destinée. Mais ça n’est que dans l’amour que ça semble arriver. Et encore, les Bovary et les Grandet se sont trop pris la tête. Aujourd’hui, la tendance s’inverse : il est plus romantique de poser dans des magazines people pour la gloire d’une passade avec Tom Cruise ou Georges Clooney. Paix aux exaltées, Mozzarella ne lâchera pas prise. Elle se sent l’âme d’une femme fatale à qui rien ne résiste, excepté le sac poubelle qu’elle a voulu déchirer, de rage, lors de la dernière dispute conjugale, rapport aux chaussettes sales sous le lit. Décidément, Grand-Maman aura toujours un train d’avance ou un pédalo de retard.


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