Les aventures absolument tranquilles de Mozzarella (quoiqu'un type a dit : "tout est relatif") entrecoupées d'interludes qui ne sont pas sans contenir une inutilité obscure au profit d'un éphémère et léger divertissement.

samedi 5 décembre 2009

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Extrait d'un grand moment de solitude


lundi 27 juillet 2009

Il faudrait trouver un sujet. Ma tête est vide, creuse comme un fruit pourri qu'on aurait vidé de sa chair. Le temps passe ; il n'est pas vraiment élastique, mais long, froid, imperturbable. Les heures défilent dans une pesanteur affligeante. Je n'ai jamais su vraiment m'ennuyer ; mais maintenant qu'il faut s'occuper, tout paraît difficile. Bien sûr, j'ai de la chance. Ce travail est une chance. Je salue, poliment, avec un sourire timide, ceux qui se présentent à mes yeux. Certains fuient mon regard, d'autres le cherchent. Le passage des gens dans ce grand hall, cela donne aux évènements une courbe sinueuse et irrégulière. Des heures creuses, des heures pleines. Des visages différents, sans trop vraiment d'expression ; peut-être, de temps en temps, celle de l'usure ou de l'irritation. Quelques uns parlent entre eux, d'autres marchent accolés, sans échanger, fuyant leur bureau pour une pause furtive, ou y retournant la tête baissée et l'allure morne. On peut saisir une conversation légère, rarement, lorsque certains partent déjeuner. Il y a des mots prononcés à voix basse, qu'il faut voler pour pimenter un instant.
Et puis, il y a ceux qui viennent me saluer, souriants, attendris, presque pris de pitié pour la mission que j'exécute comme un robot ; huit heures par jour assise sur une chaise, à surveiller les passages des étrangers, à appuyer sur un bouton pour ouvrir une porte automatique, à envoyer un, deux courriers. Tout est méthodique, organisé, fade. Je réponds par des actes automatiques à des évènements ou des présences. Je suis les instructions sans trop réfléchir, je sais ce que j'ai le droit de faire, et ce qui m'est interdit. Les consignes sont claires, nettes et précises. Une ou deux fois dans l'après-midi, je sors fumer une cigarette dehors, derrière le bâtiment. Je mets un panneau rose qui signale ma brève absence à l'accueil, et m'éclipse par une porte métallique donnant sur une cour bétonnée, où viennent se perdre un ou deux carrés d'herbe. Le chemin de fer passe juste à côté ; les trains circulent, dans un sens, dans l'autre. Les wagons sont sinistres, sauf ceux des TGV ; des visages intrigués me regardent derrière les vitres. Je les fuie, je marche un peu. Quelques pas vers la route ; un accès barré par une grille noire. Cette route, derrière, je la prends tous les soirs, quand je rentre. La route de la liberté. Même si je me répète que je ne suis pas prisonnière ; que ce travail, c'est moi qui l'ai voulu, pour gagner un peu d'argent. Voilà, c’est du manque d’argent que je suis captive. Le salaire sera pour les vacances, pour voyager. Pour ne pas se priver au quotidien, avec la peur de ne jamais avoir assez.
Il faudrait trouver un sujet. Pour pouvoir m'évader, passer hors les murs. Pour me retrouver dans ce genre d'histoires qui n'appartiennent qu'à l'intimité de chaque âme. Mais on dirait que je suis éternellement condamnée à revenir à la réalité, par le moindre geste, le moindre bruit, que mon esprit guette machinalement. Le ciel est toujours un peu gris, un peu bleu. Tout m'est étrangement familier, et étrangement différent ; à chaque heure, chaque minute, chaque seconde, il y a quelque chose de neuf dans un quelque chose de vieux, ou le contraire, je ne sais pas vraiment. J'ai cru savoir, mais je me suis trompée. Je suis si fatiguée. Mes yeux se ferment, depuis huit heures trente, ce matin. Je rêve d'un long café très fort ; je sentirais le liquide chaud couler dans mon œsophage jusqu'à mon estomac. Ca me redonnerait un peu de vie. Mais est-ce que ça vaut le coup d'être vivant pour le néant?


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